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SÉANCES BÉBÉS
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PAS DE VAGUES

Teddy LUSSI-MODESTE - France 2024 1h31mn - avec François Civil, Shaïn Boumedine, Toscane Duquesne, Mallory Wanecque... Scénario de Teddy Lussi-Modeste et Audrey Diwan.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

PAS DE VAGUES« Leslie, tu ne crois pas que tu exagères avec tant de beauté ? ». Phrase qui pourrait sembler équivoque mais qui est prononcée sans aucune arrière-pensée par Julien Keller, jeune professeur de français qui tente d’expliquer le concept d’astéisme (faire l’éloge de quelqu’un en faisant semblant de le critiquer) à sa classe de 4e, en prenant une des élèves comme exemple. Est-ce à ce moment précis que tout bascule ? Ou était-ce plutôt ce jour où il a décidé d’emmener ses meilleurs élèves manger un kebab pour les récompenser, laissant sur la touche les autres, un peu jaloux ? Notamment Océane et Sihem, décidément pas premières de la classe mais jamais les dernières en ce qui concerne les embrouilles. Et qui ne seront pas étrangères à toute l’affaire.
Quoi qu’il en soit, c’est à la fin de ce fameux cours sur l’astéisme que le prof est convoqué par la Conseillère Principale d’Éducation. Leslie lui a écrit une lettre qui relate l’échange sur la beauté, une lettre qui exprime le malaise d’une élève timide et très gênée, une lettre qui accuse quand même M. Keller de harcèlement. Ni une ni deux, et sans doute un peu trop précipitamment, on décide de s’expliquer dans le bureau, on appelle les parents mais c’est le grand frère qui se présente, et il n’est pas très diplomate, le grand frère, et même un tantinet inquiétant.

À partir de là, tout s’emballe. Au début Julien peut compter sur ses collègues qui refusent de retourner en cours si le proviseur (qui lui conseille de « ne pas faire de vagues »…) ne fait pas quelque chose pour l’aider. Mais lorsque l’affaire prend de l’ampleur, suite à une plainte déposée à la police, suite aux menaces à peine déguisées du grand frère, les comportements changent, doucement mais sûrement, les doutes commencent à s’exprimer…
Heureusement, Julien peut compter sur son compagnon Walid, inquiet pour lui et présent quoi qu’il en coûte. Son homosexualité, Julien l’a gardée pour lui, n’en a parlé à aucun de ses collègues parce qu’il estime que ça ne les regarde pas. « Je ne vais quand même pas dire au collège que je suis gay pour prouver que je n’ai pas dragué une gamine ! » se défend-il face à Walid, qui ne comprend pas pourquoi il n’en parle pas pour mettre un terme à ces accusations idiotes.
On assiste, impuissants et estomaqués, à l’instar de Julien, à un terrible engrenage qui se met en route et que personne ne semble pouvoir arrêter. Tous les personnages nous apparaissent finalement comme des victimes, pris au piège de cette situation qui dégénère.

Teddy Lussi-Modeste a lui-même vécu une situation semblable il y a quelques années, alors qu’il était professeur. « Mon film est un cri. Et s’il y a cri, c’est qu’il y a espoir. Car un cri est fait pour être entendu. La société, pour être société, a plus que jamais besoin que se fasse cette transmission entre les professeurs et les élèves. Pour faire socié­té, il faut un socle commun. On a besoin au­jourd’hui de se rassembler autour de valeurs humanistes, celles qu’on apprend précisément à l’école. Ce sont ces valeurs qui nous per­mettront de déconstruire tous les discours de haine qui traversent la société et qui tentent de nous monter les uns contre les autres. »
Nous sommes véritablement happés par cet engrenage qui nous tient en haleine d’un bout à l’autre du film et nous en ressortons avec une multitude de questions sur les phénomènes de groupe, la pression, l’emballement des réseaux sociaux, le manque de discernement et de recul nécessaire face à la gestion d’une situation délicate qui traduit un lourd malaise général. Et c’est notre propre réaction qui est interrogée face à une telle situation. Que l’on en soit victime ou simple spectateur.