LA GAZETTE
(à télécharger au format PDF)

NOUS APPELER

NOUS TROUVER
(et où trouver la gazette)

NOS TARIFS :
TARIF NORMAL : 7€
CARNET D'ABONNEMENT : 50€ (10 places, non nominatives, non limitées dans le temps, et valables dans tous les Utopia)
Première séance à 4,5€

RSS Cinéma
RSS Scolaires
RSS Blog

(Quid des flux RSS ?)

EN DIRECT D'U-BLOG

Le blog des profondeurs...
(de champ)

Le cinéma et le bistrot d'Utopia Tournefeuille sont fermés jusqu'au 12 août
Le lieu sera fermé jusqu’au 12 août pour réalisation des grosses œuvres afin de conforter le terrain qui héberge le cinéma. En effet un affaissement du terrain concernant l’annexe de la salle 1, sortie de secours côté bistrot, a mis à rude épreuve notre bâtiment, comportant de problèmes divers e...

SOS Méditerranée lance un appel aux dons
Chères citoyennes, chers citoyens,À l’heure où nous vous écrivons, l’Ocean Viking fait route vers la Méditerranée centrale pour porter secours aux personnes en détresse en mer. Durant ces dernières semaines et suite à la fin de notre partenariat médical avec Médecins Sans Frontières, nous avons dû n...

Pour un cinéma durable et des rencontres d’une nuit (par Anna Pitoun)
La chance quand on est réalisatrice de films documentaires c’est que vos travaux suscitent des débats. Alors on vous invite. Pour une soirée, une matinée. A une rencontre avec le public. C’est l’une des choses que je préfère. Ces moments d’échange, quand la lumière se rallume et que les spectateurs ...

Atelier d'écriture YAKSA 7 : Kévin
La première fois que je l’ai vu, c’était à mon anniversaire, il était sorti d’un énorme gâteau avec des oreilles de lapin et un pompon blanc coincé entre les fesses. On peut pas vraiment dire que ce soit mon genre de mec mais il s’était passé un truc, je ne sais pas quoi exac...



FATIMA

Écrit et réalisé par Philippe FAUCON - France 2015 1h19mn - avec Soria Zeroual, Zita Hanrot, Kenza Noah Aïche, Chawki Amari, Mehdi Senoussi, Franck Andrieux, Yolanda Mpele... Scénario librement inspiré des ouvrages de Fatima Elayoubi : Prière à la lune et Enfin, je peux marcher seule. Prix Louis Delluc du meilleur film.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

FATIMAFatima, c'est plus qu'un magnifique portrait de femme, c'est le portrait d'une foultitude d'autres et même, en filigrane, celui de notre société. C'est un film qui vient plonger au plus profond de nous-mêmes, nous bousculer à tel point qu'il sera impossible de regarder de la même manière les passantes inconnues que l'on croise dans la rue têtes nues ou discrètement voilées. Il n'y a qu'une chose à faire : éteindre complètement son portable, se lover dans son siège préféré puis se laisser porter pendant une petite heure dix neuf minutes où tout est merveilleusement dit et montré, avec une justesse de ton et une élégance discrète qui confirment que Philippe Faucon est décidément un grand cinéaste (on n'a pas oublié Samia, Dans la vie, le prémonitoire La Désintégration…). Et au fait, plus que jamais : arrivez à l'heure ! Il est impensable de louper le premier plan !

Fatima, un prénom de princesse presque devenu un nom commun tant on l'associe aux dames de ménage corvéables à merci, prolétaires de l'ombre destinées à la serpillière. Notre Fatima ne rompt pas avec ce cliché. Le pâle sourire qui illumine son visage débonnaire, son allure de quarantenaire plantureuse, vêtue soigneusement mais sans souci d'effets de mode, son voile qui cache ses cheveux : tout contribue à en faire une Fatima semblable à ces milliers d'autres qu'on voit circuler dans l'indifférence générale de nos cités. Dans la grisaille du petit jour, elle semble presque glisser, anodine et frêle, pour aller travailler dans divers lieux où l'on s'adresse à elle avec une condescendance déshonorante (plus encore d'ailleurs pour ceux qui en font preuve que pour elle qui la subit). Le soir, rentrée à l'appartement, il lui reste encore à affronter l'arrogance de sa plus jeune fille, Souad, qui du haut de ses quinze ans la juge de manière tranchante. Comme si Fatima était le symbole de l'entrave à son intégration, l'empêcheuse de se normaliser en rond. Sa révolte se trompe d'ennemie, elle est le fruit d'une société qui l'incite à avoir honte d'une mère qui n'est bonne qu'à « laver la merde des Français » et qui ne sait même pas parler leur langue…
Heureusement, son aînée, Nesrine, remet un peu sa cadette en place. Elle connaît le prix de l'ascension sociale, les sacrifices maternels pour qu'elle parvienne jusqu'au concours de médecine… Tout un discours tellement ressassé par la voix haut perchée de Fatima que Souad le rejette en bloc et ne veut plus l'entendre. Elle mériterait bien des baffes parfois, et on aurait presque envie de secouer Fatima qu'on pourrait prendre tout d'abord, bêtement, comme le fait une bonne partie de son entourage, pour le prototype de la femme soumise. Progressivement on découvre combien on a tout faux, à quel point on est tombé dans le piège du délit de faciès et on fond d'admiration pour cette bonne femme à la volonté tenace, pour son obstination à ne céder ni à la violence ni au mépris qu'on lui renvoie de toutes parts. Elle a cette force insoupçonnable de celle qui n'a rien à prouver. On peut bien la prendre pour une imbécile, cela n'altère en rien ce qu'elle est, ses mérites. Si elle ne fait pas de vagues, c'est qu'elle reste tendue vers son but, ne s'en détourne jamais : amener ses filles vers un rivage qui l'a elle même rejetée ou en tout cas bien mal accueillie. Et la traversée est tellement semée d'embûches que dans la bataille, cette altruiste s'est tout simplement oubliée, sacrifiant une part d'elle-même.

Plus on rentre dans son intimité, plus on dépasse sa difficulté à s'exprimer, cette barrière de la langue qui crée un fossé infranchissable entre les humains, plus sa beauté intérieure se dévoile, irradie. Personnage complexe et subtil, à l'intelligence vive, aux propos pertinents. On souhaiterait tous avoir une telle Fatima dans sa vie ! Pour l'heure Philippe Faucon nous l'offre dans son film : ne la laissons pas passer !