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CINÉMA UTOPIA BORDEROUGE : ouverture le mercredi 12 juin
Jouez hautbois, résonnez musettes ! L’autorisation d’ouverture tant attendue est enfin arrivée. On brique les projecteurs, l’association Domino donne un coup de râteau dans le jardin, le mûrier exulte… et nous donc ! Attention ! ne vous trompez pas, ce mois-ci except...

Borderouge : L'attente et le désir…
Borderougeoises, Borderougeois !… Habitants des quartiers et petites villes alentours, Tournefeuillus en vadrouille… pardonnez nous ! Nous nous couvrons la tête de cendres, nous nous flagellons, nous nous mortifions, nous revêtons le cilice, dépités d’avoir dû annuler projections et ...

Contre temps : le ciné Borderouge ouvrira plus tard que prévu !
Nous en sommes tout désappointés, mais la Commission de Sécurité qui s’est réunie le 4 avril a demandé des compléments de dossier concernant les quelques modifications apportées au permis de construire… Nos architectes et bureau d’étude transmettent les pièces demandées cette semaine, mais la no...

Osez Le Féminisme ! Appel à contribution
Pendant le mois de mars Utopia et l’association Osez Le Féminisme Toulouse s’associent pour organiser une collecte de produits d’hygiène intime pour les femmes en situation de précarité.Les violences économiques contre les femmes les fragilisent. Trop souvent, les femmes migrantes ou SDF sont in...



HIGH-RISE

Réalisé par Ben Wheatley - GB 2015 1h59mn VOSTF - avec Tom Hiddleston, Jeremy Irons, Sienna Miller, Luke Evans, Elisabeth Moss, James Purefoy... Scénario de Amy Jump, d'après le roman de J. G. Ballard. Musique de Clint Mansell.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

HIGH-RISEC’est un des films que certains d’entre nous attendaient le plus cette année, nouvel opus de Ben Wheatley, connu en France pour sa comédie grinçante très british Touristes, moins connu pour son film horrifique Kill list (qui avait eu une sortie plus discrète), et alors pas connu du tout pour ses deux autres films qui ne sont même pas sortis en France, A field in England, film médiéval surréaliste, et Down Terrace, mélange improbable et pourtant réussi entre Mike Leigh et les frères Coen (à noter qu’il fut aussi producteur du très sophistiqué et sexy Duke of burgundy, de Peter Strickland, un autre britannique à suivre). Pour ce cinéaste aux multiples facettes fan de Zardoz, adapter le roman culte de J. G. Ballard I.G.H. (Immeuble de Grande Hauteur, « High Rise » en anglais), c’était « l’éléphant dans la pièce », le gratte-ciel dans la banlieue pavillonnaire.

Écrivain de l’urbanité violente et des traumas modernes, auteur phare de la nouvelle vague SF britannique, J.G. Ballard fut le premier à débusquer la cruauté intrinsèque à notre civilisation de l’argent, très influencé par la psychanalyse et le mouvement surréaliste. I.G.H. est le troisième volet de la Trilogie de béton, qui explore les perversions auxquelles mènent les valeurs inhumaines imposées par les mégalopoles. Le premier opus, Crash, fut adapté au cinéma par David Cronenberg et produit, tout comme High Rise, par Jeremy Thomas. La présence du « cronenberguien » Jérémy Irons fait subtilement le lien entre ces deux adaptations, pourtant très différentes dans leur approche. Le film de Cronenberg propulsait le roman dans notre contemporanéité. Ben Wheatley et Amy Jump ont fait le choix d’ancrer leur histoire dans les années 70, période d’écriture du roman d’anticipation, comme si, depuis le futur, ils observaient le passé observant lui-même le futur, une vertigineuse M.A.G.H. (Mise en Abime de Grande Hauteur).

1975, le docteur Robert Laing emménage dans une tour d’un concept nouveau, quarante étages dans lesquels se répartissent mille appartements et les avantages et commodités de la vie moderne : commerces, école, piscine… La tour semble isoler ses occupants du monde extérieur. La hiérarchie des classes sociales correspond à la hiérarchie des étages de l’immeuble, de sorte que les habitants du gratte-ciel se répartissent géographiquement en trois classes : la classe moyenne inférieure logeant dans les bas étages, la classe moyenne supérieure aux étages à mi-hauteur et la classe aristocratique dans les appartements luxueux des étages supérieurs, avec au sommet l’architecte qui, telle une divinité, reste invisible au plus grand nombre mais est sur toutes les lèvres.
Tout va pour le mieux dans ce monde sans histoire, sans événements, aux produits standardisés industriels, organisant des fêtes contenant difficilement l’ennui et la violence des rapports de classe. Une coupure d’électricité, une panne d’ascenseur (social)… les premiers rouages de l’édifice grincent, conduisant d’abord à des orgies alimentées par les drogues, puis à l’hostilité de classes entre étages, jusqu’à une guerre ouverte… On n’est plus dans la lutte des classes telle que décrite dans Métropolis, mais dans cette zone grise béton des classes moyennes individualistes modernes, « quelque chose de plus transversal, de plus insidieux ». Psychopathes civilisés, ils vont au bout des fantasmes qu’impose la ville occidentale en les libérant de toute retenue et du respect de l’autre. Ainsi, Wilder (littéralement « plus sauvage ») dit à Laing : « Ceux qui sont le véritable danger sont les individus autosuffisants comme toi ».

Complexe, aux multiples « étages » de lecture, fourmillant de détails raffinés dans les décors, servi par une mise en scène sophistiquée, High-Rise est à la dystopie ce que la boule à facettes est au disco, brillant, sexy et festif. De plus en plus chaotique au fur et à mesure qu’on s’enfonce dans le récit, il fait sourire, rire, tour à tour attire, dérange et fascine… Il ne vous laissera pas indifférent car comme le disait Hitchcock, cet autre britannique grinçant, « la logique est ennuyeuse ».