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CINÉMA UTOPIA BORDEROUGE : ouverture le mercredi 12 juin
Jouez hautbois, résonnez musettes ! L’autorisation d’ouverture tant attendue est enfin arrivée. On brique les projecteurs, l’association Domino donne un coup de râteau dans le jardin, le mûrier exulte… et nous donc ! Attention ! ne vous trompez pas, ce mois-ci except...

Borderouge : L'attente et le désir…
Borderougeoises, Borderougeois !… Habitants des quartiers et petites villes alentours, Tournefeuillus en vadrouille… pardonnez nous ! Nous nous couvrons la tête de cendres, nous nous flagellons, nous nous mortifions, nous revêtons le cilice, dépités d’avoir dû annuler projections et ...

Contre temps : le ciné Borderouge ouvrira plus tard que prévu !
Nous en sommes tout désappointés, mais la Commission de Sécurité qui s’est réunie le 4 avril a demandé des compléments de dossier concernant les quelques modifications apportées au permis de construire… Nos architectes et bureau d’étude transmettent les pièces demandées cette semaine, mais la no...

Osez Le Féminisme ! Appel à contribution
Pendant le mois de mars Utopia et l’association Osez Le Féminisme Toulouse s’associent pour organiser une collecte de produits d’hygiène intime pour les femmes en situation de précarité.Les violences économiques contre les femmes les fragilisent. Trop souvent, les femmes migrantes ou SDF sont in...



THE NEON DEMON

Nicolas WINDING REFN - USA/Danemark/France 2016 1h57mn VOSTF - avec Elle Fanning, Karl Glusman, Jena Malone, Christina Hendricks, Keanu Reeves, Bella Heathcote, Abbey Lee... Scénario de Nicolas Winding Refn, Mary Laws et Polly Stenham. Musique de Cliff Martinez.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

THE NEON DEMONNicolas Winding Refn fait preuve d'une exigence formelle et d'une liberté créatrice qui le rapprochent d'un Kubrick, mais aussi par la puissance de sa vision corrosive. Montrer son film à Cannes pour la première fois, vitrine du cinéma mais aussi du monde de la mode (qu'il connaît très bien pour avoir réalisé des clips pour plusieurs maisons célèbres de haute couture), ne pouvait que provoquer des réactions excessives par cette mise en abime de la mise en scène de la beauté sur les marches du Palais des Festival. S'il emprunte des codes, une esthétique au film d'épouvante (on pense à Suspiria de Dario Argento), The Neon Demon n'est pas pour autant horrifique, plutôt un brûlot surréaliste sur la beauté, éclairant de la lumière froide du néon la perversion démoniaque du fétichisme qui entoure sa marchandisation. Co-écrit avec deux femmes, dramaturge et romancière, le scénario donne par le piquant des dialogues et la construction des personnages une chair narrative vivante au film (certaines répliques apportent une saveur humoristique toute particulière), et n'en font pas une vision certes brillante mais désincarnée comme l'était Only God Forgives.

La première scène donne le ton, on découvre une jeune femme alanguie sur un canapé aux formes antiquisantes, sa gorge frêle tranchée et dégoutante de sang sur le sol. Jesse vient de débarquer à Los Angeles pour faire carrière dans la mode et un jeune photographe, débutant aussi, fait les photos qui vont permettre à la jeune femme de se présenter aux agences de modèles. Cette mise en scène macabre et sacrificielle correspond tout à fait à l'image caricaturale que lui renvoient les prédateurs qui peuplent la cité des anges, à l'affut des beautés supposées innocentes qui arrivent pleines de rêves dans leurs jolies têtes. Le tenancier du motel pourri où elle prend une chambre a tout du prédateur (joué par un Keanu Reeves génialement inquiétant), elle tombe même un soir dans sa chambre nez à nez avec un couguar rentré par la fenêtre ouverte...
Jesse rencontre lors de la séance photo Ruby, une maquilleuse qui va l'aider à faire son chemin. Elle lui présente Sarah et Gigi, deux modèles, élancées comme des gazelles, peu bavardes, à la posture presque animale, qui jaugent sur pattes celle qu'elles semblent instinctivement percevoir comme leur future concurrente. À leur contact et à celui de la directrice d'agence puis du photographe, Jesse va vite faire sa mue et prendre conscience de la force de ce qu'ils appellent sa « beauté naturelle », le point d'orgue étant la superbe scène où Jack, photographe-star de l'agence, léonin, la choisit comme modèle et la façonne littéralement durant la prise de vue, tel un Pygmalion fétichiste imprimant sa marque à une chair passive au point d’être dénuée de conscience. Car comme le disent Sarah et Gigi après avoir détaillé tout ce qu'elles ont du refaire de leur corps pour être dans la course : « on préfère toujours la chair fraîche au lait caillé ».

Jesse va apprendre les règles de ce milieu contre-nature où les proies effarouchées ne sont finalement pas celles qu'on croit et doivent se faire prédatrices pour survivre. On reste estomaqué par un final qu'on ne vous racontera pas bien entendu, mais qui aurait pu valoir au film d'être sous-titré « les chiennes andalouses ».