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Install-party à Tournefeuille samedi 17 juin
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SULLY

Clint EASTWOOD - USA 2016 1h36mn VOSTF - avec Tom Hanks, Aaron Eckhart, Laura Linney, Anna Gunn... Scénario de Todd Komarnicki, d'après le livre de Chesley Sullenberger et Jeffrey Zaslow.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

SULLYClint Eastwood est une énigme. Logiquement, considérant ses déclarations largement relayées par les médias au moment des élections américaines, son soutien régulièrement ré-affirmé au candidat puis au sinistre Président Trump, sa propension à militer pour la défense d'un pur patriotisme va-t-en guerre qui ferait passer le défunt Charlton Heston pour un apôtre de la non-violence façon Ghandi, nous devrions avoir au minimum quelques réticences sinon des difficultés à rentrer dans ses films – sensés, d'une façon ou d'une autre, illustrer un certaine vision du monde. Et, on ne va pas se mentir, ces dernières années, ça a parfois été le cas. Autant dire qu'on n'attendait pas grand chose de ce Sully qui, sur le papier, portait en germe, justement, tous les ingrédients de la fable édifiante propre à célébrer l'Amérique éternelle, l'Américain béni de(s) dieu(x), l'héroïsme individuel, tout ça… et patatras ! En plus d'avoir réalisé un film vertigineux et captivant, un magnifique huis-clos désabusé déguisé en film-catastrophe, on voit Eastwood détricoter consciencieusement le mythe à mesure que la machine médiatique le construit. Revenir au simple, au concret, au palpable.

Qui se souvient du « miracle de l’Hudson » ? De ce côté de l’Atlantique, pas grand monde. Pourtant aux États-Unis en 2009, quand un A320 de l’US Airways réussit un amerrissage en catastrophe sur le fleuve Hudson, l’exploit des pilotes prend rapidement une dimension psychologique inattendue sur un peuple encore traumatisé par les attentats du 11 Septembre et se remettant à peine du choc de la crise financière de 2008.
Qui se souvient de Chesley Sullenberger dit Sully, le commandant de bord de l’avion qui, en trois minutes et une poignée de secondes, a décidé de la vie de cent cinquante quatre personnes en prenant la décision de se poser sur le fleuve plutôt que de faire demi-tour pour atterrir sur les pistes de l'aéroport de La Guardia tout proche ? Sully immédiatement porté aux nues et élevé au rang de héros de la nation par l'opinion publique et les médias ? Pas grand monde. Ce que l’on sait encore moins, c’est que les autorités aéronautiques – et surtout les assurances des compagnies aériennes, peu enclines à payer – ont auditionné à charge les deux pilotes, remettant en cause leurs décisions et menaçant ainsi leur carrière et leur réputation. Ce que l'on reproche à Sully, c'est de ne pas avoir suivi la procédure et d'avoir perdu un avion. D'après les conclusions des simulateurs de vols, il aurait dû se poser sur une des nombreuses pistes des aéroports voisins et ainsi ne pas mettre en danger la vie de ses passagers ni celle des habitants de Manhattan. Mais les simulateurs calculent a posteriori, et ne sont pas dans l'obligation de faire des choix dans l'urgence… Et ce qui entre en jeu dans ce récit, c'est aussi les rapports de plus en plus déshumanisés qui régissent la vie de nombre d'entreprises. C'est la place faite aux machines, aux ordinateurs au détriment de celle de l'humain.

C’est cette histoire sans le moindre suspense mais avec un tension dramatique qui vous scotche littéralement à votre fauteuil pendant une petite heure et demie qui passe comme dans un rêve, que ce satané Clint Eastwood se propose de nous raconter. Avec une habileté consommée, il mêle les codes du film catastrophe (où rarement l'angoisse des passagers au moment de l'accident aura été montrée avec autant de pudeur et d'efficacité) et le portrait intime d'un homme ordinaire, devenu héros d'une Amérique en mal de figure positive. Qui mieux que Tom Hanks pour incarner cet homme intègre et droit ? Il confère à ce personnage en proie aux doutes la fragilité aussi bien que la force de caractère qui siéent à un pilote de ligne en fin de carrière. Sully, le film, a une classe imparable et une générosité qui mettent à bas – et c'est tant mieux – l'image qu'on se faisait cet été d'un Clint Eastwood de plus en plus réac en vieillissant. Chic !