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VENTE D'AFFICHE LES 15 ET 16 DÉCEMBRE DANS LE HALL D'UTOPIA AU PROFIT DU CERCLE DES VOISINS.
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Toulouse Borderouge, le cinéma et le mûrier...
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Nuit Fantastique X (debriefing)
Nous avons célébré en grandes pompes (funèbres) la 10e édition de la terrifiante et rituelle Nuit Fantastique. Le film surprise était cette année… The Neon Demon, de Nicolas Winding Refn qui, nous hypnotysant jusqu’à l’aube avec ses rythmes syncopés de musique électro et ses lumières str...

APRÈS L'OMBRE

Stéphane MERCURIO - documentaire France 2017 1h33mn -

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

APRÈS L'OMBREDédé le Lyonnais, Alain le Marseillais, Louis Perego, Éric, Annette… Quatre hommes, une femme, si loins de nous, si proches… Enfants d’une même humanité trop tôt sevrée du lait de la tendresse humaine. Stéphane Mercurio, subtile documentariste, porte une fois encore à l’écran la parole des oubliés de la république, des sans voix, trop rare et pourtant essentielle. Dès la première minute elle est là qui nous happe comme une évidence universelle, intemporelle. Ces gens à l’écran ne jouent pas à être d’hypothétiques héros, ils jouent leur propre vie.
Comment ne pas être touché par André qui, dans un souffle ému face aux 73 bougies d’un modeste gâteau, susurre que c’est là son plus bel anniversaire ? Sans que cela soit évoqué, ne se demande-t-on pas de quoi furent faits les soixante douze précédents ? C’est au spectateur de l’imaginer car rien ici ne sera étalé qui tirerait des larmes indécentes et faciles. Chaque parole reste fière et digne. Dès lors comment ne pas se reconnaître dans celle d’Annette, épouse d’ancien détenu, qui déclare : « Je peux te dire que c’est une belle connerie de s’arrêter de pleurer. Parce que ça va où, les larmes, quand tu les arrêtes ? » Puis presque on se marre avec le parcours abracadabrantesque de cet autre qui décrit son tour de France en vingt sept prisons, vingt sept villes parcourues sans jamais connaitre d’elles que de vagues cellules grises…

Mais au-delà des mots, c’est dans une palpitante aventure collective qu’on est entraîné, vers la reconquête d’un courage collectif, celui de dire, de se dire sans pathos, sans misérabilisme, de raconter l’irracontable. « Car une longue peine, comment ça se raconte ? C’est étrange ce mot qui signifie punition et chagrin en même temps. » Ainsi s’exprime Didier Ruiz lorsqu’il entreprend la mise en scène de ce spectacle monté avec des anciens détenus ayant purgé 14, 18, 35, 40 ans de prison… Des années plus longues que certaines vies. J’entends d’ici ceux qui ont le verbe facile s’esclaffer que nos prisons ont désormais un confort digne du club Med avec les chaînes câblées (payantes !), les téléphones, les petits trafics en tous genres. À les entendre il ne manquerait guère plus que les vahinés et les cocotiers pour s’y épanouir pleinement ! Ah, si ceux-là pouvaient venir en priorité voir Après l’ombre ! Difficile de proférer de telles inepties après ce formidable documentaire. Il nous invite à une véritable révolution intérieure qui ne peut que tournebouler salutairement nos esprits, nos convictions.
Progressivement, sous la jovialité, les silences, dans les coulisses des répétitions, la construction théâtrale qui prend forme, on discerne les blessures indicibles, toujours béantes, impossibles à cautériser, même après le retour à une vie dite normale. C’est cet « Au revoir » qu’on a pas pu dire à ceux que l’on aimait, ce sentiment d’avoir abandonné ceux que l’on chérissait. Et curieusement, au fil des témoignages poignants, parfois crus, nait une forme de poésie digne qui incite au respect. On ressent presque dans sa propre chair combien il est difficile de se reconstruire après tant d’années d’isolement, combien le terme de réinsertion peut apparaitre comme un cynique miroir aux alouettes. L’enfermement, ça vous colle à la peau, ça vous ronge les os, bien au-delà des portes du pénitencier. Quand on retourne enfin à l’air libre c’est plus affaibli, plus vieux, plus isolé, plus malade, souvent incapable de rêver l’avenir, moins capable de le construire.

On mesure le parcours des longues peines et ces hommes nous semblent d’autant plus beaux quand ils parviennent à enfin se tendre la main, qu’on voit poindre dans leur regards une confiance d’abord fragile puis plus assurée. On se prend à rêver : et si une toute petite pièce, un simple documentaire, pouvaient devenir de vrais leviers puissants, capables d’élever les piliers d’un monde plus juste, pour peu que tous on aie la curiosité d’aller les voir…