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JUNK HEAD

Écrit, animé, photographié, habillé, décoré, monté, réalisé et intégralement interprété par Takahide HORI - Japon 2022 1h40mn VOSTF - Prix Satoshi Kon du Fantasia Festival de Montréal - Prix du meilleur réalisateur au Fantastic Fest d’Austin - Cigogne d’or du meilleur film d’animation du Festival du Film Fantastique de Strasbourg. Interdit aux moins de 12 ans.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

JUNK HEADLa recette de l’OFNI (Objet Filmique Non Identifié) aux champis hallucinogènes, par Sensei Hori. Prenez un grand chaudron magique et votre souffle ; sans trembler, jetez au fond une bonne louche de Brazil ; quand le Gilliam est à point, ajoutez une pinte de cyberpunk, une pincée de Métropolis, un bon morceau de Pinocchio, de la bave d’Alien à discrétion, un fond de sauce d’HG Wells ; si l’arrière-goût de Morlocks est trop prononcé, équilibrez avec un zeste d’humour potache (un sachet de Wallace & Gromit fera très bien l’affaire). Quand le fumet commence à s’élever, versez précautionneusement le hachis de neurones aux psillos dans la mixture et laissez développer les arômes psychotroniques du scénario jusqu’à maturation.
Laisser mijoter pendant sept ans en touillant régulièrement pour éviter les grumeaux du désespoir, servez chaud bouillant avec une marinade de bouches-bées et de cervelles liquéfiées, dressez dans les mirettes des convives les lauriers du triomphe ; expirez.

Vous l’aurez compris aux lignes qui précèdent, Junk head est au cinéma ce que la cuisine fusion est à la gastronomie : une expérience esthétique qui convoque toutes les cultures, tous les genres, tous les sens, les mets dans un shaker, secoue très fort, et par on ne sait quel miracle parvient à créer quelque chose d’entièrement neuf, d’inédit, d’unique, de magnifique.
Pourtant son argument est relativement classique dans le genre science-fiction, jugez-en : « Dans un lointain futur, l’espèce humaine s’est détachée de toute contrainte matérielle et a atteint l’immortalité : ce faisant, elle a abouti à une impasse évolutive qui la conduit irrémédiablement au déclin. Pour conjurer le sort, elle envoie des explorateurs à la recherche du secret de la Vie, non dans l’espace, mais dans les entrailles de la Terre, un monde sauvage et inconnu où prolifèrent les descendants dégénérés des humains de jadis. Le dernier d’entre ces explorateurs, Parson, va entreprendre une odyssée au cours de laquelle ressurgira sa part perdue d’Humanité. ».
Rien de révolutionnaire a priori, rien qu’on ai déjà vu ou lu pour peu qu’on s’intéresse un tant soit peu à la SF. Mais se focaliser sur l’histoire serait manquer l’essentiel, car ce qui compte ici autant voire plus que les multiples mésaventures et avanies de Parson aux pays des mutants, c’est l’univers dans lequel il évolue.

Créé de toutes pièces – au prix, donc, de sept années de travail acharné – par son auteur-démiurge, autodidacte de surcroît, Junk head est un univers-monde, au même titre que les œuvres de Tolkien (Le Hobbit) ou de Franck Herbert (Dune). Entièrement cohérent en dépit de l’apparente folie de son récit, il n’est pas un photogramme, pas un décor, pas un détail de costume qui n’ait été longuement pesé et mûrement réfléchi. D’une maîtrise visuelle bluffante sans jamais chercher à en mettre plein la vue, d’une inventivité constante dans le déroulement faussement chaotique de ses péripéties, d’une audace jubilatoire dans ses ruptures de ton qui mêlent sans trembler des genoux blagues de collégien et ultra-violence gore, Junk head réussit l’exploit de plonger le spectateur dans un maelstrom sensoriel (la bande-son à elle seule vaut le ticket d’entrée) sans jamais saturer ou lasser.
Et vous savez le plus beau ? Ce n’est que le début ! Junk head n’est en effet que la première partie d’une trilogie, et on ne peut qu’espérer que son auteur ne mettra pas encore sept ans à accoucher de la suite !