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Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 8)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 6/05 au lundi 11/05/2020  Mercredi 6 mai, jour 51 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 6 mai de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages de chèv...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 7)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 29/04 au mardi 5/05/2020  Mercredi 29 avril, jour 44 de l’après PCA (Paysans & Consommateurs Associés)
Aujourd’hui, mercredi 29 avril de 18h à 19h livraison dans le hall du cinéma des paniers de légumes, oeufs, fromages d...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 6)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 22/04 au mardi 28/04/2020  Mercredi 22 avril, jour 37 de l’après La séquence du confiné #34 La séquence précédente était extraite de L’as de pique, premier long métrage de Miloš Forman. Réalisé en 1964, le film suit les a...

Journal de bord d'un cinéma fermé (semaine 5)
Ici est archivé le journal de bord du confinement de la semaine du mercredi 15/04 au mardi 21/04/2020  Mercredi 15 avril, jour 31 de l’après Comme la semaine dernière, nous vous soumettons ce mercredi quelques suggestions de films à voir (voir colonne de gauche). La semaine dernière c’était la ré...

Jeudi 15 Octobre 2020 à 11h

FIFIB - FOCUS SÉBASTIEN LIFSHITZ


Les quatre films de ce focus seront projetés en présence de Sébastien Lifshitz.
Cela fait déjà 25 ans que Sébastien Lifshitz serre le cœur de l’équipe de programmation avec ses films de fiction et ses documentaires mais aussi qu’il pose ses questions sur le genre et sur la société. Parfois avec douceur, toujours avec acuité. Son magnifique Adolescentes, découvert au FIFIB 2019, est toujours à l’affiche d’Utopia.

LES INVISIBLES

Sébastien LIFSHITZ - documentaire France 2012 1h58mn -

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

LES INVISIBLESGros plan sur des mains protégées par des gants de chirurgien qui déshabillent méticuleusement un œuf dans lequel on devine la vie qui bat. Une naissance médicalement assistée : une aile, une patte, un bec, un oisillon chétif, sans plume, presque un monstre tout droit sorti d'un manuel de préhistoire. Va savoir pourquoi les gros chiens poilus nous émeuvent mais pas les oiseaux chauves ! Étrange comme ces premières images vous bousculent, vous mettent sous tension. Sans doute la manière de filmer crue et tendre, aussi méthodique qu'un scalpel. Cette naissance attendrissante masque une violence sous-tendue, inhérente à la vie qui afflue, ses humeurs, ses fluides, la beauté côtoyant la laideur. On hésite, transpercés par des sentiments contradictoires. Comme une allégorie de tout ce qui va suivre. Puis on découvre le propriétaire des mains, véritable papa poule qui revit l'histoire de sa propre mise au monde, par une mère qui ne le désirait pas. L'impression indélébile d'être le miraculé d'un avortement évité de peu. Puis l'évidence qui s'impose : sa différence, ses désirs qui ne correspondent pas aux normes et le poussent vers les personnes du même sexe. Vilain petit canard jeté seul dans le monde, comme nous tous. Comment survit-on ? D'où vient cette rage de vivre qui ne s'estompe pas malgré les ans qui passent, le corps qui se flétrit ? Cette envie de mordre la vie à pleines dents, là où il faut, et c'est pas un dentier qui va vous en empêcher !

Ben oui, disons-le franchement, ce ne sont pas de jeunes homosexuel-l-e-s croustillant-e-s activistes à la peau tendre, à peine sortis de l'œuf, que vous allez croiser dans ce film documentaire aux allures romanesques. S'ils ont brisé leurs chaînes et leurs coquilles, c'était il y a fort longtemps, mais les rides les rendent aussi sexy et attachants qu'un George Clooney ou qu'une Jeanne Moreau. Les gens sont comme les vins, certains se fanent vite, d'autres se bonifient avec le temps. Bons vivants, contestataires, insoumis, vibrants… voilà les mots qui jaillissent pour parler de ces septuagénaires. Et pourtant ! Ce sont les grands oubliés, les invisibles de la presse, de la télé, du cinéma…
C'est comme un beau road movie, une traversée de la France entière, une plongée dans le vivant qui n'épargne aucune couche sociale. Un long questionnement sur ce qui fait un homme, une femme, ce qui détermine ses choix : la part de l'inné, de l'acquis, de l'inéluctable. Il y a l'homo des villes et celui des champs. Le chevrier observateur, éthologue avant l'heure qui constate, coquin, que les boucs agissent comme les humains : ils se masturbent, se sucent… Oh ! Qui l'eût cru ? Ne nous a-t-on pas seriné que l'homosexualité était contre nature ? Il y a celle qui, après une vie de bonne épouse, s'est découvert du plaisir avec les femmes. Celle qui, malgré les ans, s'émoustille de pouvoir séduire une jolie baba yaga. Celui qui vécut 68, celle qui ne le vécut pas.
Le romantique dont la vie fut bouleversée en un clin d'œil : un p'tit coin de cœur pour un regard croisé dans un rétroviseur (comme d'autres échangèrent un p'tit coin d'paradis contre un coin de parapluie). Ceux qui vécurent une vie débridée et ceux qui traversèrent la vie en couple assumé. Autour d'eux, la société avait des yeux mais ne voyait pas ou refusait de voir. Et tant mieux pour ceux et celles qui ont pu jouer à cache-cache avec ce regard social qui les aurait castrés. D'autres moins habiles s'y sont noyés. De plus frondeurs ont transcendé leur histoire intime pour construire un discours plus universel, politique, qui n'a cessé d'évoluer, de se renouveler, de venir enrichir d'autres combats : celui du féminisme par exemple. Chacun a fait comme il a pu avec son milieu, son histoire familiale, sa culture, sa religion.

Toutes leurs anecdotes drôles ou tendres nous donnent une grande tranche d'humanité gourmande, bienveillante, bienfaitrice. Au-delà de chaque parcours individuels, se dresse le portrait d'un destin collectif, se dessine le pourtour d'une société française de l'entre deux guerres jusqu'à nos jours. Il n'est pas de construction passéiste, de mauvaise nostalgie, ceux qui témoignent de ces années de résistance aux conventions sont toujours sémillants, robustes, à tout jamais musclés par tant de routes arpentées, forgés dans l'adversité : jolies leçons de vie et de courage. Libres penseurs et esprits libres qui nous rappellent que le combat ne s'arrête jamais : l'intolérance, les pensées réactionnaires ont la peau dure et restent tapies dans l'ombre. Rester vigilant, lutter c'est ce qui maintient en forme, bien vivant !