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Le monde du silence
LE MONDE DU SILENCE Mardi 15, Mercredi 16, Samedi 19 et Dimanche 20 décembre, le cinéma Utopia de Bordeaux assurera symboliquement les séances initialement prévues dans son programme de réouverture. Les projecteurs seront allumés, les salles seront dans le noir et les images défileront sur nos écran...

Jeudi 30 NOVEMBRE 2017 à 18h

PROJECTION-DÉBAT dans le cadre du séminaire Ce que l'art fait à la citoyenneté


Organisé par le laboratoire LAM – Les Afriques dans le Monde (CNRS / Sciences Po Bordeaux).
Projection suivie d'une rencontre avec Mélanie Bourlet, co-réalisatrice du film, maîtresse de conférences en langue et littérature peule à l'Inalco. Discussion animée par Daouda Gary-Tounkara et Céline Ségalini (LAM).
Achetez vos places à l'avance, à partir du Lundi 20 Novembre.

BAKARY DIALLO, MÉMOIRES PEULES

Film documentaire de Mélani BOURLET et Franck GUILLEMAIN - France 2016 1h12

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

Pourquoi écrire en pulaar (peul) lorsque l’on est considéré comme le premier écrivain africain en langue française ?bEn remontant le fil de la trajectoire littéraire et personnelle d'un écrivain injustement dénigré, Bakary Diallo, Mélanie Bourlet découvre qu’à son retour de France où il était engagé au front comme tirailleur, l’auteur du roman Force-Bonté (1926), qu’on soupçonnait de plagiat, n’a jamais cessé de composer de la poésie en pulaar.

S’ouvre alors à elle un chantier de recherche qu’elle reconstitue à travers ce film sous la forme d’une enquête, menée essentiellement au Sénégal, sur les traces de cet écrivain méconnu, afin de retrouver des fragments de cette œuvre bilingue. À mesure que l’enquête avance, on voit se déployer devant la caméra ces textes inédits, mémorisés par les membres de sa famille qui racontent comment, arpentant inlassablement les savanes du nord du Sénégal, Bakary Diallo inscrivait les moindres détails du paysage, vibrants témoignages des modulations du temps sur l’environnement. Bakary Diallo se révèle en effet être un auteur résolument cosmopolite, non seulement sensible aux sons et aux sens des langues qu’il pratiquait, mais également concerné par les enjeux écologiques de sa région natale.

La force de la transmission est incarnée dans l’une des plus belles scènes du documentaire où l’on voit l’une de ses dernières femmes réciter d’une traite un poème sur l’inondation progressive de la région du Wâlo à la saison des pluies, mare après mare, ruisseau après ruisseau. La poésie évocatrice de ces toponymes, égrainés avec émotion par la vieille femme face à la caméra, prend une coloration d’autant plus politique qu’elle produit un contraste saisissant avec le paysage désormais asséché qui subit de plein fouet la désertification orchestrée par les planifications étatiques de contrôle des ressources et les politiques publiques de construction des barrages.
Si les archives papier du poète sont pour la plupart aujourd’hui disparues, le film nous donne accès à cette archive vivante qu’est la mémoire de sa poésie transmise par Bakary Diallo à sa famille. Et c’est toute la sensibilité de ce poète, au tournant du xxe siècle, face à un monde en pleine mutation, que sa famille, Mélanie Bourlet et Franck Guillemain retransmettent à leur tour.

(Elara Bertho et Maëline Le Lay, CNRS/LAM)