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30237
Et voilà, Vidéo en Poche c’est fini, le compteur s’arrête à 30237 copies vendues sans DRM sur clés USB ! À bientôt dans le cyberespace indépendant et surtout IRL dans les salles de cinéma :)Le 30 novembre à minuit, Vidéo en Poche a tiré sa révérence et retourne dans sa bouteille de ...

Stop Bolloré ! L'appel du collectif
Le collectif Stop Bolloré a vu le jour en décembre 2021 et rassemble des membres et des organisations de la société civile qui s’inquiètent de la concentration des médias et de l’édition en France et des dangers que cela représente pour la démocratie. Le projet du collectif, qui est poli...

Quiz des "trente dernières secondes" du n°101 au n°117
Ici sont archivées les publications du quiz des “trente dernières secondes” du n°101 au n°117   Samedi 17 avril Hier, fin N° 101. Juliette Binoche, 30 ans plus tard, et magnifique, dans un autre de ses plus beaux rôles. La musique, c’est le célébrissime Canon en ré majeur de Johann Pa...

Quiz des "trente dernières secondes" du n°51 au n°100
Ici sont archivées les publications du quiz des “trente dernières secondes” du n°51 au N°100 //////////////////////////////////////// Vendredi 26 février  Hier, fin N° 51. Saisissante. Tout comme l’est la séquence d’ouverture du film, qui montre la jungle s’enflammer sous les bombes a...

TATOUAGE

Yasuzo MASUMURA - Japon 1966 1h26mn VOSTF - avec Ayako Wakao, Akio Shinsuke, Gaku Yamamoto, Fujio Suga, Asao Uchida, Kei Sato... Scénario de Kaneto Shindô, d’après une nouvelle de Junichiro Tanizaki.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

TATOUAGELa Femme de Seisaku fut une révélation, Tatouage (tourné en 1966, un an après Seisaku) est une confirmation : Yasuzo Masumura, japonais jusque là parfaitement inconnu chez nous, est un cinéaste de tout premier ordre, et il faut absolument découvrir ses films, d’une liberté, d’une puissance d’expression formidables.
Interdit d’entrer dans la salle en retard : la première séquence, avant même le générique, est primordiale. C’est la scène cruciale du tatouage, qui trouvera sa place plus tard dans la chronologie de l’histoire, mais que le réalisateur nous livre d’entrée pour nous captiver, nous sidérer dès la première seconde. L’héroïne, incarnée par la sublime Ayako Wakao, est aux prises avec un homme qui semble dans un état second, littéralement envoûté (lui aussi) : le possédé, dont nous savons à cet instant qu’il est tatoueur, empoigne brutalement la femme, l’étourdit avec un tampon d’éther, la plaque au sol, la dénude jusqu’à la taille et commence à graver sur son dos une araignée noire aux pattes tentaculaires, monstrueusement dotée d’un visage humain aux canines ensanglantées… La peau voluptueusement blanche de l’héroïne frémit, frissonne, ondule… Douleur et plaisir mêlés… La tension érotique est à son comble… L’araignée vit, l’araignée a pris possession du corps et probablement de l’âme de celle qui l’accueille…
Cette scène inaugurale donne superbement le ton de tout le film : séduction et violence, oppression et vengeance, tabous et transgression, sang outrageusement rouge et sexe délicieusement masqué. Jamais bien sûr on ne verra la poitrine d’Ayako Wakao mais son dos d’albâtre, sans ou avec tatoutage, est exhibé sous tous les angles, sous les éclairages les plus variés, et dégage une sensualité renversante. C’est probablement le dos le plus troublant, le plus suggestif, le plus excitant jamais vu au cinéma, et Tatouage va trouver une place de choix dans notre petite cinémathèque à fantasmes…

Fin du générique et retour aux sources, retour au commencement…
Otsuya, belle à se pâmer, est la fille d’un riche marchand. Elle est tombée amoureuse de Shinsuke, jeune commis employé par son père. Amour indigne, amour interdit par sa famille et la société… Otsuya refuse de se soumettre et veut à toutes forces fuir la maison parentale. Elle réussit à grand peine à convaincre son amoureux, beaucoup plus timoré qu’elle, de tenter l’aventure et voilà le couple qui se réfugie chez Gonji, une relation d’affaires du père d’Otsuya.
Le Gonji en question se révèlera une crapule de la plus belle eau qui, après avoir tenté de violer Otsuya – sans succès car la belle a de la ressource – va la vendre au tenancier d’une maison de geishas. Shinsuke, de son côté, décidément le maillon faible de l’histoire d’amour, est attiré dans un piège mortel dont il se sort en tuant son agresseur, devenant lui-même un assassin et disparaissant de la circulation pour un bout de temps…
Otsuya devient donc une prostituée, la plus recherchée de la ville, et, loin de se lamenter, tire parti de cette indignité pour nourrir sa haine des hommes, qui grandit en elle en même temps que son expérience des techniques amoureuses, dont elle perçoit vite le pouvoir absolu qu’elles lui donnent sur les mâles.
C’est à ce moment de son évolution qu’intervient le tatoueur. C’est à ce moment que l’araignée entre en scène. Élément décisif, véritable révélation qui va libérer en Otsuya les anges des ténèbres, les démons de la vengeance…

Cette sarabande mortelle, Masumura la stylise à l’extrême, jouant sur les couleurs et les matières, sculptant la lumière, découpant l’espace du cinemascope, chorégraphiant les déplacements et les gestes des acteurs. Mise en scène ritualisée, fuyant le naturalisme pour mieux faire ressentir la tourmente des sentiments, la furie des désirs, la violence des actes, le caractère inéluctable de la tragédie.