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SUR L’ADAMANT

Nicolas PHILIBERT - documentaire France 2022 1h49 - OURS D’OR, FESTIVAL DE BERLIN 2023.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

SUR L’ADAMANTAmarrée rive droite de la Seine en plein centre de Paris, à deux pas de la gare de Lyon, la péniche l’Adamant est un centre de soin, tout de verre et de bois. Le film s’ouvre sur cette structure saisie au petit matin : les volets s’ouvrent doucement et la lumière pénètre cette péniche atypique de 650 m² aux larges baies vitrées, en bordure de l’agitation de la capitale. Inauguré en 2010, l’Adamant est un « centre psychiatrique intermédiaire de jour » : un lieu d’accueil destiné au suivi des patients après leur hospitalisation et dont le retour à la vie en société nécessite un encadrement spécifique. On le sait depuis Michel Foucault, l’histoire de la folie est liée aux notions d’enfermement et d’exclusion perpétrées par le pouvoir, qu’il soit politique ou médical. Cet établissement flottant, au contraire, met littéralement soignants et patients dans le même bateau, en plein cœur de la ville. Et l’idée géniale de cette construction sur la Seine fait le reste : ouvert sur l’extérieur en même temps que disponible à la vue de tous, rythmé par l’écoulement apaisant de l’eau, l’Adamant est un lieu de transition, un remède possible à l’isolement et à la stigmatisation liée aux affections mentales dans notre société.



Au long de sa filmographie, Nicolas Philibert n’a eu de cesse de s’intéresser à la différence (Le Pays des sourds, La Moindre des choses) et aux lieux de transmission (Être et avoir, La Ville Louvre). Son travail de documentariste trouve avec l’Adamant un sujet d’étude quasi naturel. La force du cinéma de Philibert tient beaucoup à une question éminemment cinématographique et, somme toute, simplement humaine : la question de la posture. La caméra de Philibert n’est jamais intrusive car elle pose sans cesse la question de sa présence et cherche toujours à équilibrer la relation entre celui qui est regardé et celui qui observe. Préoccupation ici centrale, car l’Adamant accueille des personnes atteintes de troubles très variés et souvent de pathologies mentales socialement très handicapantes. L’objectif du lieu est de leur fournir des points de repères et des pratiques qui leur redonnent confiance dans leur aptitude à vivre en société. Quelle est la place d’une caméra dans un tel processus ? La réponse de Philibert est d’une simplicité confondante, comme souvent les meilleures : ne pas chercher à montrer des personnes atteintes de maladies mentales, mais simplement établir avec elles et à travers la caméra des relations humaines. Avec la conviction, comme dans le parcours de soin, que la partie se joue à deux : les filmés en acceptant de s’offrir au regard extérieur et les spectateurs en accédant à la personnalité et à la dignité de chacun.

Fidèle à ce principe, la caméra de Philibert ne cherche jamais à expliquer. Pas de mise en contexte, aucune intervention visant à commenter la situation de tel ou tel patient : chacun est maître de son histoire et nous n’y accédons que par interactions directes. Le film épouse en cela le présupposé clinique au cœur de l’Adamant : proposer un lieu autogéré, où patients et soignants travaillent ensemble à retrouver la confiance autour d’ateliers, de réunions ou de simples discussions quotidiennes. Il en ressort une ébullition que le film restitue sans chercher à la structurer artificiellement. Au contraire, Philibert construit son documentaire sur les rimes des rencontres, s’attachant aux personnes et à la sincérité de leur témoignage. On y découvre l’imagination des uns, les talents artistiques des autres. Elles sèment l’humour, la sensibilité et, en creux, leur vulnérabilité raconte la nôtre. Partout la parole fait son chemin et souvent dégage une puissance poétique hors du commun. Dans un paysage hospitalier délaissé par la puissance publique, le film de Nicolas Philibert prouve que le collectif est une ressource inépuisable. Rien que pour cela, l’Adamant est, en soi, un lieu qui résiste.