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Le blog des profondeurs...
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ÉDITO : LE JEU DU CALAMAR
Ça vous aura probablement échappé, mais c’est un drôle de petit vent de panique qui a soufflé cet automne sur notre merveilleuse profession. L’espace de quelques jours, le temps s’est arrêté, les respirations se sont suspendues, l’Apocalypse menaçait, la mort des cinémas français, mille fois annoncé...

ENSEIGNANTES, ENSEIGNANTS ! Vous pouvez organiser des séances scolaires en matinée.
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Montpellier. Strasbourg. Gonesse. Avignon. Quel point commun entre ces villes et tant d’autres ?
Le béton. Des projets inutiles. La soif des promoteurs et constructeurs, au nom de la croissance, pour notre confort et notre sécurité bien sûr… surtout ceux de leurs actionnaires !La Ceinture verte d’Avignon, véritable poumon pour les quartiers Sud, est menacée depuis 25 ans par un projet de r...

SAS Coopérative Qui vivra Bérat
La Ménardière, sise au cœur de la commune de Bérat – à une quarantaine de kilomètres au sud de Toulouse –, est un habitat partagé initié par les vétérans d’Utopia et un groupe de femmes et d’hommes qui ont mis en commun leurs moyens inégaux et un prêt consenti par le Crédit Coopératif qui les accomp...

Également au programme - LE PRINCE DE HOMBOURG

AMOUR FOU

Jessica HAUSNER - Autriche 2014 1h36mn VOSTF - avec Christian Friedel, Birte Schnœink, Stephan Grossmann, Sandra Hüller, Katharina Schüttler... Scénario de Jessica Hausner et Géraldine Bajard.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

AMOUR FOUBerlin, en l'an 1800 et des brouettes… Robes longues, chapeaux, jabots, fiacres et cochets… Les voilà donc ces grands romantico-comiques, ces jeunes aristocrates allemands. Toute une époque qui se décline, s'évente, se détaille de la tête aux pieds, s'ennuie… ça se languit, ça soupire, ça se désabuse. Et ça se lance dans de grandes discussions, avec des airs entendus, sur l'art, la politique, les affaires de leur monde… Et les certitudes des aînés ! Que de certitudes ! Que reste-t-il à la jeunesse comme perspectives, comme évasion ? Un idéal inaccessible : l'amour fou, la perfection des êtres et de leurs sentiments.
Du haut de sa trentaine, Heinrich, lui, a un temps d'avance sur son époque. Il sait que la passion ne dure qu'un instant. Chaque seconde qui s'écoule lui est fatale et elle ne peut que se diluer dans la routine quotidienne… Conduisant inéluctablement les êtres vers des lendemains peu enchantés, au gré de la déliquescence du corps, de l'esprit et des sentiments. La vieillesse : un déclin subi et non consenti… Quoi de plus sombre et de plus imparfait qu'un avenir dramatique et qu'un présent sans illusion ? « Faute de pouvoir vivre d'amour, autant mourir d'amour ! » se dit Heinrich. Mais… pas tout seul ! Le voilà donc en quête de « la femme de sa mort », la seule, l'unique. Celle qu'il abattra à la minute où ils s'aimeront pour figer à jamais la perfection de cet instant délicieux. C'est beau, c'est même sublime, non ? Alors, pourquoi sa chère cousine Marie ne bondit-elle pas de joie en apprenant qu'elle est l'heureuse élue ? Non seulement la pimbêche n'est pas flattée, mais en plus, l'incrédule pouffe de rire !

Déçu, Heinrich en déduit qu'il vient de faire une erreur de casting, mais ne renonce pas à son projet… Quelque part à Berlin, une femme l'attend qu'il pourra convaincre… Il vaque de salon en salon, proposant le rôle à des amies de plus en plus lointaines et qui semblent toutes entonner secrètement : « Mourir pour des baisers, d'accord mais de mort lente… ». Décidément, elles ne sont pas légion à postuler pour un Pacs (Pacte civil de suicide) avec lui ! Voilà Heinrich de plus en plus désabusé, inquiet sur le devenir de son beau dessein mortifère. Jusqu'à ce qu'il rencontre Henriette… Bien que réticente, la jeune femme, pourtant récemment mariée, tend une oreille compatissante et se montre encline à écouter le brillant poète…
Car, c'est le moment de vous l'apprendre, le Heinrich du film n'est pas un illustre inconnu, il est l'incarnation du célèbre écrivain Heinrich von Kleist, celui qui écrivit Le Prince de Hombourg, La Marquise d'O, ou encore Michael Kohlhaas (dont nous vous montrâmes il y a peu une très belle adaptation). Avec une élégance et une classe hors du commun, Jessica Hausner (qui, elle, a réalisé, entre autres le formidable Lourdes) n'a pas choisi de faire un biopic historique morbide qui aurait enfermé le film dans un style préétabli. La drôlesse s'est émancipée de tout cela, nous offrant une interprétation réjouissante, libre et décalée, de la vie de l'artiste, de son style. Elle joue avec les codes d'une société coincée, du ton et des attitudes raides des protagonistes et nous sert ce mélodrame burlesque dans un écrin de verdure bucolique. Fiction tirée au cordeau, tout à la fois réaliste et surréaliste, délurée et acérée, séduisante et déroutante… Comédie tragique ou tragédie farcesque ? Chaque spectateur pourra trouver son propre angle de lecture, plus encore s'il amoureux des belles lettres.

PS ou PV : le 21 Novembre 1811, près de l'auberge Stimmung au bord du petit Wannsee, lac situé dans les environs de Berlin, l'écrivain Kleist et Henriette, épouse de Louis Vogel, mettent à exécution leur pacte de suicide. Armé d'un pistolet, Kleist tue son amie avant de retourner l'arme contre lui. Henriette se savait atteinte d'un cancer incurable…