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LES RASCALS

Jimmy LAPORAL-TRÉSOR - France 2022 1h45 - avec Jonathan Feltre, Angelina Woreth, Missoum Slimani, Victor Meutelet... Scénario de Jimmy Laporal-Trésor, Sébastien Birchler et Virak Thun.

Du 11/01/23 au 31/01/23

LES RASCALS1984. Un an auparavant, la Grande Marche pour l’Égalité et contre le Racisme, partie de Vaux-en-Velin, a mis en lumière la montée terrifiante du racisme en France. En 1984, malgré tous les contre-feux politiques, allumés à droite comme à gauche, le Front National de Jean-Marie Le Pen fait un score inédit aux élections européennes, installant ses thèmes de prédilection – l’immigration, l’insécurité, le rétablissement de la peine de mort tout juste abolie – au centre du débat. Nous savons aujourd’hui que ce n’est qu’un début. Mais bon dieu, se dit-on in petto, comment la société française a-t-elle ainsi pu vriller, en à peine une décennie ?



Pour l’heure et les héros du film de Jimmy Laporal-Trésor, la lutte contre l’extrême droite n’est pas la première des préoccupations. Blousons américains de Teddy Boys sur les endosses, fans de grosses voitures américaines et de Gene Vincent, nos « Rascals » comme ils se sont baptisés sont assez représentatifs des bandes de jeunes des quartiers populaires des années 80 : ethniquement bigarrés (s’y côtoient un jeune Antillais, un beur, des blancos chers à Manuel Valls, et un enfant de rescapés des Khmers rouges), leur principale activité consiste à débouler sur les grands boulevards de Paname, écumer les bars et les salles de concerts, pour autant que possible y draguer les filles. Et ils ne rechignent pas à l’occasion à aller au baston contre quelques bandes rivales, dans le plus pur style West side story : beaucoup de mise en scène et de provoc', une violence réelle mais à peu près maîtrisée. Pour nous plonger dans cette atmosphère familière (on a l’impression, pas désagréable, de se balader dans les premières chansons de Renaud), la mise en scène s’inspire des grands films de bandes américains des années 70/80 (Les Guerriers de la nuit de Walter Hill ou Outsiders et Rusty James de Francis Ford Coppola).

Et puis tout bascule quand la bande des Rascals, en allant chez un disquaire (le vol de vinyls est une activité essentielle de l’époque), reconnaît dans le taulier de la boutique le skinhead qui a roué de coups Rico, le beur de l’équipe, alors que celui-ci avait à peine onze ans. Avec quelques années de retard, Rico lui rend sauvagement la monnaie de sa pièce, plus les intérêts, le laissant sur le carreau et dans le coma pour le compte. Cachée dans l’arrière boutique, la petite sœur du disquaire a assisté à la scène. Étudiante en Droit à Assas, fief de l’extrême droite estudiantine, elle se rapproche du bel Adam, le leader d’un groupuscule d’étudiants nazillons, alors que ceux-ci commencent à semer la terreur à travers Paris, traquant les immigrés et militants de gauche. Malgré le refus de son frangin (hé ! non, le skin n’est pas par essence un facho), elle fait alors d’Adam l’artisan de sa vendetta personnelle.

Le film raconte le point de bascule où, cette année-là, les mouvements néo-fachistes prennent la rue à Paris, tandis que la société française voit se renforcer inexorablement la ghettoïsation de ses banlieues. Une fois le décor planté, Jimmy Laporal-Trésor raconte avec intelligence l’enchaînement des événements, sans manichéisme. Les Rascals ne sont pas plus des anges de vertu que leurs ennemis ne sont des brutes racistes assoiffées d’ultra-violence. Le réalisateur pointe surtout du doigt ceux, cadres du FN ou intellectuels nationalistes, qui instrumentalisent dans l’ombre cette violence et cette rancune sociale latente à leur profit électoral. Jimmy Laporal-Trésor décrit ainsi parfaitement l’éveil en politique de ces jeunes bagarreurs insouciants, poussés par la tragédie et la haine fasciste à la construction d’une réaction politique radicale. Magnifique tragédie en deux actes, Les Rascals est avant tout un premier film populaire, servi par des acteurs peu connus mais tous remarquables d’authenticité – et porte la marque d’un grand cinéaste.