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La Paix, éternelle Utopie ?
Pas facile de décrypter le chaos du monde pour les spectateurs, plus ou moins lointains, que nous sommes, face aux faits tragiques qui nous submergent en avalanche via la presse, les réseaux sociaux, vraies ou fausses nouvelles… Et c’est dans ces moments-là que nous avons encore plus envie de croire...

LES SALLES UTOPIA SE METTENT AU VERT
Vous y croyez, vous, au bon sens qui voudrait que partir se bronzer les fesses à l’autre bout du monde  avec des avions Macron volant avec du bio kérozène made in France serait bon pour votre corps et la planète ? Cela ne ressemblerait-il pas étrangement au discours tenu il y a quelqu...

Justine Triet parle d’or
Il aura donc suffi de quelques mots, à peine, pour que la Ministre de la Culture, celui de l’Industrie, quelques maires et députés de la majorité, volent dans les plumes et la palme de Justine Triet, réalisatrice couronnée d’Anatomie d’une chute, sermonnant en substance : « ce n’est pas bi...

Rosmerta continue ! Vous connaissez l’histoire ? 
Depuis les débuts, et même avant, Utopia Avignon suit l’histoire de près ! Ça fait presque cinq ans qu’on vous en parle dans nos gazettes, à chaque rebondissement. Ce qu’il s’est passé depuis 2018 : réquisition citoyenne d’une école vétuste appartenant au diocèse, procès et appel...

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DÉSERTS

Écrit et réalisé par Faouzi BENSAÏDI - Maroc 2023 2h05 VOSTF - avec Fend Benchemsi, Abdelhadi Talbi, Rabii Benhhaile, Faouzi Bensaïdi...

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

DÉSERTSMêmes chemises auréolées de sueur aux aisselles, mêmes costumes sombres-cravates rouges mal repassés, mêmes souliers poussiéreux… Tels des Dupond-t du Maghreb ou d’improbables Laurel et Hardy de l’Atlas, vaguement grotesques et passablement lunaires, Mehdi et Hamid sillonnent au volant d’une vieille guimbarde subclaquante les paysages arides, caillouteux, austères et souvent sublimes du sud-Maroc où, sous un soleil de plomb, ils exercent avec plus ou moins d’efficacité (plutôt moins), plus ou moins de bonheur (plutôt moins, également) et une bien trop relative absence de scrupules (qui est pourtant le B. A. – BA) le métier de recouvreurs de dettes. De village en village, ils trimbalent leurs mines qu’ils espèrent patibulaires, cruelles et menaçantes, pour récupérer quelques Dirhams de plus auprès d’introuvables mauvais payeurs – pour la plupart de pauvres gens qui se sont laissés embobiner par les mirages de crédits à la consommation. Or c’est bien connu, ces crédits, facilement consentis mais à des taux exorbitants, n’enrichissent que les sociétés qui les avancent – et qui n’hésitent pas, pour récupérer leur dû, à faire appel à des hommes de main. Par exemple, donc, Mehdi et Hamid. Lancés aux trousses d’emprunteurs qui, faute de revenus, sont dans l’incapacité de rembourser la moindre piécette, ces deux amis de longue date sont également des victimes du système. Contraints de faire un sale boulot moralement indéfendable pour un salaire dérisoire (eux aussi ont besoin de gagner leur vie) et à deux doigts de se faire virer pour cause de manque de rentabilité, les brothers du surendettement ont le blues. Et assurent mollement le minimum même pas syndical, promènent leur lose mélancolique d’hôtels miteux en stations services désertées, leur incapacité chronique à assurer leurs missions donnant lieu à une succession de scènes comiques à l’humour grinçant. Déserts s’avance donc comme une comédie déjantée et un brin loufoque, flirtant avec le burlesque, mettant en scène deux gars pas vraiment à leur place, perdus dans l’immensité de paysages grandioses.

Oui mais pas seulement… Il advient que le hasard, le destin, met sur la route de nos duettistes un soi-disant bandit de grand chemin. Livré pieds et poings liés, il leur est demandé de le convoyer vers… mais chut ! Cette rencontre imprévue fait subitement dévier le récit, l’enrichit de ramifications tout aussi inattendues, fait passer nos sympathiques anti-héros au second plan, avant de les faire ponctuellement revenir… Mêlant comédie et road-movie, le film prend un tour de western et même de quête initiatique. La beauté impressionnante des images, la drôlerie féroce des dialogues, la tendresse avec laquelle sont dépeints tous les personnages, malgré leurs faiblesses, malgré leur veulerie… tout cela concourt à donner au film de Faouzi Bensaïdi un style inimitable, qui serait celui d’un parfait numéro d’équilibriste : d’apparence bricolé et casse-gueule, il aimante l’attention, amuse, séduit, accroche le regard, fait guetter le faux-pas, se rattrape in-extremis au bord du gouffre. Bref : il est évidemment parfaitement maîtrisé, parfaitement dosé en humour, en action, en suspense, en moments d’état de grâce, mitonné aux petits oignons. Les comédiens sont extraordinairement raccords, dans tous les registres. Le Maroc qui prend vie sous nos yeux ébahis n’a évidemment rien du Maroc de carte-postale des agences de voyage, ni du pays « émergent » qui fait se pâmer les éditorialistes libéraux de la presse internationale. Dans la marge, le réalisateur fait le portrait, sensible et, répétons-le encore une fois, drôle, des laissés-pour-compte du « miracle économique ». Petites gens, classes moyennes déclassées, paysans pauvres, sont les véritables héros de ce film atypique, foutrement emballant, d’un réalisateur qui manie comme personne l’art de la rupture, qui mène de l’éclat de rire au drame. Comme disait l’autre, avec ce formidable Déserts comme guide, « le Maroc, allez-y : vous n’en reviendrez pas ».