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DERNIER NOËL AVANT LA FIN D’UN MONDE
Le croiriez-vous ? La bonne nouvelle – car il y en a une – est arrivée le 9 novembre dernier du Conseil d’État, qui a annulé le décret de dissolution du mouvement des Soulèvements de la terre. Pris en Conseil des ministres fin juin, le décret suivait de peu la tentative de requalification – ou ...

La Paix, éternelle Utopie ?
Pas facile de décrypter le chaos du monde pour les spectateurs, plus ou moins lointains, que nous sommes, face aux faits tragiques qui nous submergent en avalanche via la presse, les réseaux sociaux, vraies ou fausses nouvelles… Et c’est dans ces moments-là que nous avons encore plus envie de croire...

LES SALLES UTOPIA SE METTENT AU VERT
Vous y croyez, vous, au bon sens qui voudrait que partir se bronzer les fesses à l’autre bout du monde  avec des avions Macron volant avec du bio kérozène made in France serait bon pour votre corps et la planète ? Cela ne ressemblerait-il pas étrangement au discours tenu il y a quelqu...

Justine Triet parle d’or
Il aura donc suffi de quelques mots, à peine, pour que la Ministre de la Culture, celui de l’Industrie, quelques maires et députés de la majorité, volent dans les plumes et la palme de Justine Triet, réalisatrice couronnée d’Anatomie d’une chute, sermonnant en substance : « ce n’est pas bi...

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LES COLONS

(LOS COLONOS) Felipe GÁLVEZ - Chili 2023 1h37 VOSTF - avec Camilo Arancibia, Mark Stanley, Benjamin Westfall, Alfredo Castro, Marcelo Alonso, Adriana Stuven... Scénario de Felipe Gálvez et Antonia Girardi.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

LES COLONSQue voilà un western inattendu. Beau – très beau – et fort – très fort. D’une force et d’une beauté qui vous enthousiasment (comment ne pas être enthousiasmé par un geste cinématographique aussi puissant et radical ?) autant qu’elles vous crucifient (comment n’être pas touché jusqu’au tréfonds de son cœur par un projet aussi puissant et nécessaire ?). Un western épique et rugueux qui, une fois n’est pas coutume, prend le genre à contre-pied et nous propose une « conquête de l’Ouest » (du sud-sud-ouest pour être précis), certes montrée du point de vue des colons mais racontée par les opprimés. Les « colons » du titre, ce sont José Menendez et ses sbires.



José Menendez a bel et bien existé. Surnommé le « Roi de la Patagonie », cet aventurier espagnol venu des Asturies au xixe siècle est devenu en quelques années le richissime propriétaire de milliers d’hectares entre le Chili et l’Argentine pour y développer l’élevage, la production et le commerce de la laine. Il est resté dans l’Histoire comme l’artisan du développement économique de cette région désolée du bout du monde – à qui le monde moderne doit inconditionnellement, c’est bien le moins, vénération et reconnaissance. Des Palais, des voies de circulation, des rivières, des Musées lui sont dédiés – on reconnaît par là qu’il fut un illustre et formidable artisan du « Progrès » au sud de l’Amérique du Sud. L’Histoire officielle est, comme on sait, écrite par les vainqueurs. Celle du Chili n’a jamais fait grand cas des autochtones qui peuplaient et exploitaient ces terres avant qu’elles ne soient privatisées au profit d’un seul propriétaire – pour mettre en œuvre l’ambitieux projet de « civilisation » porté par la caste de possédants d’origine européenne, uniformément blancs, aux commandes du pays. Méthodiquement, le réalisateur Felipe Gálvez Haberle remonte le temps pour faire débuter son film au commencement ou presque. En 1901. Au temps « béni » des colonies.

José Menendez vient d’acquérir les vastes territoires de la terre de feu qui doivent étendre son « empire » jusqu’à l’Atlantique. De Tananarive à Alger, de Saigon à Jaffa, c’est avéré sous toutes les latitudes : une entreprise de colonisation s’appuie d’abord sur le droit – celui, inaliénable, du colon – à la propriété privée et à la sécurité. L’élément colonisateur commence donc par délimiter son territoire, le sécuriser, avant de le nettoyer de tous les éléments indésirables. Une petite armée d’ouvriers s’efforce, pour le compte de José Menendez, de tendre des barbelés pour clôturer d’immenses parcelles à travers des espaces battus par les vents qui s’étendent à perte de vue. Tandis que trois cavaliers – MacLennan, un ancien officier Anglais, Bill, un mercenaire Américain et Segundo, un métis Mapuche – sont choisis par l’homme d’affaires pour « vider » ses terres des populations autochtones et ouvrir la route vers l’océan.

Western sec et tranchant, Les Colons raconte par le menu le périple sanglant des trois hommes, le génocide des Indiens Selk’nam qu’ils mettent en œuvre pour parvenir à leurs fins. Les traques, les meurtres, les viols – mais aussi la fatigue, l’usure, le doute, le dégoût, la folie dans laquelle fait verser la barbarie sanguinaire : le film se partage en deux parties pour documenter dans le même geste et avec une rigueur implacable les faces sombres, peu ragoutantes, de l’Histoire et de l’Humain. Et comment, in fine, la société parvient à s’arranger avec tout ça. Un grand premier film en forme de réquisitoire implacable contre toute forme de colonialisme, signé par un cinéaste engagé et brillant.

Vous pouvez écouter l’interview du réalisateur et de la co-scénariste sur le site Les sorties de Michel Flandrin