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Le blog des profondeurs...
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Sous l'aile des Anges, et le regard de Terrence Malick
Chers spectateurs, parfois je viens vous voir dans les salles afin de vous rencontrer en direct, d’échanger avec vous, de vous raconter les croustillantes anecdotes de l’exploitante du cinéma aguerrie et acharnée que je suis. C’est tellement profitable les séances collectives, c’est du cinéma. Telle...

L'œil et la Plume : retour critique de LITTLE PALESTINE / D.E.F.I. prod
Basée au Mirail, l’équipe de D.E.F.I PRODUCTION s’est donner pour nouvelle mission d’accompagner des groupes de jeunes à la découverte d’autres cinémas, d’autres films, dans d’autres salles… Plus ou moins régulièrement nous aurons des retours, écrits, filmés, radios, de ces découvertes.... Lire ...

LE DOMOVOÏ - bistrot d'Utopia Borderouge - est (enfin !) ouvert !
« Génie familier de la maison, Domovoï est originellement celui du feu du foyer. Il se fonde sur l’usage de déposer dans la nouvelle maison un feu pris dans la précédente et sur celui d’offrir au domovój, chaque 28 janvier, un pot de gruau recouvert de braises. » Merci Wikipédia, on en sait à pr...

Stop Bolloré ! L'appel du collectif
Le collectif Stop Bolloré a vu le jour en décembre 2021 et rassemble des membres et des organisations de la société civile qui s’inquiètent de la concentration des médias et de l’édition en France et des dangers que cela représente pour la démocratie. Le projet du collectif, qui est poli...

OUISTREHAM

Emmanuel CARRÈRE - France 2021 1h46mn - avec Juliette Binoche, Hélène Lambert, Léa Carne, Didier Pupin... Scénario d'Emmanuel Carrère et Hélène Devynck, librement adapté du récit Le Quai de Ouistreham, de Florence Aubenas.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

OUISTREHAMCe film fort et acéré, c'est Juliette Binoche qui l'a voulu, qui a fini par convaincre Florence Aubenas d'accepter que son très remarquable récit Le Quai de Ouistreham soit adapté au cinéma, porté par le duo que la comédienne a formé avec Emmanuel Carrère, surtout reconnu comme écrivain mais réalisateur de deux films singuliers : un documentaire, Retour à Kotelnitch (2003), et une fiction, La Moustache (2005, adapté de son propre roman).
C’est l’histoire de toutes ces femmes, de tous ces hommes qui rendent nos vies plus propres entre deux rendez-vous chez pôle emploi et autres galères. C’est l’histoire d’un peuple de l’ombre courageux et solidaire, qui ne remise ni sa dignité, ni son humour au placard, car c’est parfois tout ce qui lui reste pour tenir le coup. D’un peuple jamais récompensé par des salaires à la hauteur de ses tâches, rarement remercié par un mot poli ou un sourire, ce peuple qu’on applaudit le temps d’un confinement, puis qu’on oublie l’instant d’après.

Quand l’écrivaine Marianne Winckler (Juliette Binoche) décide d’écrire un roman sur le travail des précaires, sur les invisibles, elle se rend bien compte que dans son univers très protégé, elle n’a qu’une vision parcellaire de leur lot quotidien et surtout pas la matière nécessaire pour adopter un regard juste. Quoi de plus naturel alors que de s’exiler loin de chez elle, à Ouistreham, près de Caen, et de se faire passer pour ce qu’elle n’est pas ? Une femme ayant connu un accident de parcours, se retrouvant soudain sans revenus, obligée de faire comme beaucoup : passer par la case demandeuse d’emploi et postuler pour un travail, n'importe lequel, elle n'a pas les moyens d'être exigeante... Ses interlocuteurs seront-ils dupes ? Ses éventuelles collègues seront-elles dupes ? L’absence de maquillage ne gomme pas un langage châtié, l’aisance naturelle de qui a baigné dans un milieu favorisé durant des années. Mais Marianne s’accroche, prête à tout, acceptant sans broncher de se plier aux tâches les plus ingrates. Son CV étant bien vide, son profil ne correspond qu’à un seul type de poste : la voilà à l’essai dans une société de nettoyage. Courir d’un lieu à un autre – prendre le temps de souffler, c’est prendre du retard, perdre la cadence. Dire bonjour, rester courtoise face à ceux qui vous humilient, dont on a l'impression qu'ils ont besoin de cela pour se sentir vivants. Combien de temps tiendra-t-elle ? Combien de temps durera l’imposture ? Un suspens qu’introduit le réalisateur et qui n’était pas dans le bouquin. Car enfin, quoi qu’il arrive, nous savons qu’une porte de sortie existe pour Marianne, contrairement à ses compagnes de balais, qui ne peuvent pas rendre leur tablier pour retourner à une vie confortable.

Mais cela n’empêchera pas l’amitié et surtout ça n'empêche pas ces personnages d’exister. Car la plupart des protagonistes du film ne sont pas des comédiens professionnels, mais jouent devant la caméra leur propre rôle : Christelle, Cédric, Marie Lou… Jamais l’actrice vedette, ni l’œil de la caméra ne les écrasent. Chacun de leurs coups de gueule résonne dès lors comme un cri du cœur. On sent qu’il y a du vécu et c’est une belle invitation à regarder différemment les travailleuses-travailleurs de l'ombre.