Loading
LA GAZETTE
(à télécharger au format PDF)

NOUS CONTACTER
NOUS TROUVER
(et où trouver la gazette)

NOS TARIFS :
TARIF NORMAL : 6,50€
CARNET D'ABONNEMENT : 47€ (10 places, non nominatives, non limités dans le temps, et valables dans tous les Utopia)
Séance sur fond gris : 4€
Moins de 14 ans : 4€
(paiements uniquement en chèques et en espèces)

RSS Cinéma
RSS Scolaires
RSS Blog

(Quid des flux RSS ?)

EN DIRECT D'U-BLOG

Le blog des profondeurs...
(de champ)

CINÉ TRICO'THÉ
    Prochain CINÉ TRICO’THÉ, le samedi 7 octobre pour la séance de CRASH TEST AGLAE à 14h15. Retrouvons-nous dans le hall après la projection du film, pour en discuter autour d’un thé et … tricoter ! Disons vers 15h30 !... Lire CINÉ TRICO'THÉ...

SÉANCES BÉBÉS
Les séances “bébé” sont des séances où les parents peuvent venir avec leur nouveaux nés. Et déguster un film pendant qu’ils roupillent dans leurs bras. Les séances sont évidemment ouvertes à tous les spectateurs, il suffit de savoir qu’il peut arriver qu’un bébé fasse du bruit en suçant son pouc...

Après «120 BPM», épargnez-nous vos louanges
Tribune de Didier Lestrade, journaliste, écrivain, cofondateur d’Act Up et de Têtu, parue dans Libération le 30 mai 2017 Il y a encore deux mois, ma mère me disait à table : ­«Didier, tu as tout fait contre le sida, c’est bien, maintenant, il faut que tu tournes la page et que tu écrives sur a...

DJAM

Écrit et réalisé par Tony GATLIF - France/Grèce/Turquie 2017 1h37mn VOSTF - avec Daphné Patakia, Simon Abkarian, Maryne Cayon, Kimon Kouris, Solon Lekkas...

Du 06/09/17 au 26/09/17

DJAMTony Gatlif est un cinéaste qui, plus que tout autre probablement, a mis la musique au cœur de son cinéma. La musique et tout ce qu'elle apporte de récits, de mythes, d'élan, de liberté. Il part ici à la rencontre d'une culture qu'il n'avait pas encore explorée, à l’extrémité orientale de la Méditerranée, la « mare nostrum » de l'Antiquité, qui a vu au fil des millénaires naître et mourir les espoirs des hommes. Pas étonnant pour un homme qui, de père kabyle et de mère gitane, s'est toujours défini comme méditerranéen.
Bienvenue donc à Mytilène, sur l'ile de Lesbos, île emblématique puisque grecque mais située à quelques encablures des côtes turques. On y découvre Djam, jeune fille libre et fantasque, affolant les désirs des hommes. La première scène – très belle – nous la montre dansant le long d'un grillage évoquant d'emblée la frontière dérisoire que le monde occidental tente de dresser face à l'arrivée des migrants venus de l'Orient si loin si proche. Et dès cette première séquence, on comprend que la musique, en l'occurrence le rebetiko, sera le fil directeur du film. Le rebetiko, c'est cette étonnante musique triste et enivrante que les Grecs, chassés de Turquie par Atatürk au début du xxe siècle, chantaient dans les quartiers populaires d'Athènes ou de Thessalonique.

Djam vit sur l'île avec son oncle Kakourgos (magnifique Simon Abkarian), capitaine d'un bateau de croisière qui peine à trouver des clients en ces temps de crise. Pour l'heure le rafiot est en rade à cause d'une bielle défectueuse et Kakourgos envoie Djam à Istanbul pour chercher la pièce de rechange. Un voyage qui croise précisément celui des migrants qui tentent leur chance en traversant le fleuve frontalier à Edirne (ancienne Andrinople)… Le chemin aventureux de la jeune femme, avec la bielle dans son sac et son baglama (l'instrument incontournable du rebetiko) sur le dos, va croiser celui d'Avril, une toute jeune française venue en Turquie aider une ONG en soutien aux réfugiés syriens et abandonnée sans le sou à Istanbul par son copain…
Djam est d'abord un film plein de rebondissements, libre, pétillant, proposant nombre de rencontres et de situations pittoresques, avec sa galerie de personnages hauts en couleur. Et toujours des personnages féminins forts incarnés par des actrices singulières et remarquables : c'était Rona Hartner dans Gadjo Dilo, Lubna Azabal dans Exils, Asia Argento dans Transylvania, Céline Sallette dans Geronimo… Dans Djam c'est Daphné Patakia, comédienne grecque incroyable de sensualité et d'énergie.




Mais derrière le récit entraînant, souvent même euphorisant, il y a comme toujours chez Gatlif une belle évocation de ces peuples que l'on dit ennemis et qui pourtant ont tout à faire ensemble : on voit bien ici qu'entre les grecs de Lesbos et les habitants d'Istanbul il y a une histoire commune.
Gatlif introduit aussi une réflexion sur cette Europe ubuesque qui se ferme derrière ses frontières devant lesquelles se pressent les réfugiés venus de Syrie et d'ailleurs. Un plan splendide et impressionnant suffit à donner la dimension du drame : celui qui montre, sur une plage à l'écart des touristes, un amoncellement de plusieurs centaines de gilets de sauvetage abandonnés dont certains ont probablement été portés par des nageurs qui n'ont pas survécu à leur traversée.
Entre rebetiko et regard douloureux sur sa chère Méditerranée devenue cercueil des migrants, Tony Gatlif renoue avec le meilleur de son inspiration et livre ainsi une belle œuvre à la fois musicale et politique.