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"Un sale métier" à voir sur Mediapart
UN SALE METIER, c’est le titre (emprunté au Voleur de Georges Darien) d’un très chouette film réalisé par Pascal Catheland il y a quelques années, qui est visible en accès libre sur le site de Mediapart pendant une semaine à partir du 26 avril 2020 : Un sale métier / Mediapart. La présentation d...

LES GRANDS VOISINS, LA CITE REVEE
LES GRANDS VOISINS et Utopia Sainte Bernadette à MontpellierUne fois n’est pas coutume, à la suite de nos amis d’Utopia Tournefeuille, nous nous essayons à partager avec vous un film, LES GRANDS VOISINS - et de profiter autant que possible de ce moment pour discuter, ensemble, avec d’autres. San...

La Lettre de Wajdi Mouawad
“Nogent-sur-Marne, le 12 avril 2020Mon cher petit garçon, T’écrire ces quatre mots me bouleverse. Ils rendent si réel l’homme que tu es, en cet aujourd’hui qui est le tien, quand, dans celui qui est le mien, tu n’es encore qu’un enfant. Cette lettre je l’adresse donc à l’homme que tu n’es pas en...

MICKEY AND THE BEAR

Écrit et réalisé par Annabelle ATTANASIO - USA 2019 1h28mn VOSTF - avec Camila Morrone, James Badge Dale, Calvin Demba, Ben Rosenfield...

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

MICKEY AND THE BEARPlus encore que l’histoire d’un amour, c’est celle d’une émancipation, une ode à la liberté. The Bear, « L’Ours », c’est cet être bourru et sauvage qui sert à la jeune Mickey de père, du moins quand il n’est pas bourré ou défoncé aux médocs et aux opiacés. Rude prix à payer pour cet écorché vif qui ne cesse de fuir les sourdes séquelles d’un passé cauchemardesque, les atrocités vues ou commises. S’il ne les évoque jamais, elles rôdent sans relâche dans un recoin de sa tête. Hank est un vétéran. De quelle guerre ? Qu’importe ! Aucune n’est propre. Il ressemble plus désormais à un animal sauvage blessé, prompt à mordre les mains tendues, qu’à un humain sociable. Pâle brouillon de celui qu’il rêvait de devenir, loin de celui qu’il fut, du bel homme qu’il pourrait encore être. Il suffit qu’un sourire illumine son visage buriné pour se sentir bouleversé par l’éternel adulescent indomptable qui se cache derrière. James Badge Dale, qui incarne le personnage, excelle à le rendre aussi détestable qu’attachant.

À l’ombre de cette existence, qui tient plus de la survie que de la vie véritable, Mickey a grandi, avec la détermination farouche d’une plante adventice qui impose sa calme présence resplendissante (Camila Morrone, dans le rôle, est d'une grâce folle, à tomber !). Entre éclats de rires, éclats de voix, larmes et gestes de tendresses, elle s’est habituée à endosser le rôle d’adulte délaissé par l’homme de la maisonnée, pour lequel elle joue les anges gardiens. C’est elle qui va le chercher au commissariat quand les flics le parquent en cellule de dégrisement. C’est elle qui le borde, lui tient le front quand il se rend malade. Elle qui lui donne la becquée, glisse discrètement un billet dans son portefeuille, sans attendre ni reconnaissance, ni remerciements. À l’âge où d’autres bacheliers mal dégrossis ont encore l’air de sortir de l’œuf, la jeune fille est passée experte en matière de débrouille. Qu’il est loin le temps béni de l’innocence, celui des princes charmants ! Pas encore majeure, mais déjà femme, Mickey ne se berce pas d’illusions. Aucun des damoiseaux qui lui tournent autour, ni aucun super héros ne viendra à la rescousse de cette humanité. Il lui faudra, comme toujours, se retrousser les manches en véritable battante, sans attendre quoi que ce soit de qui que ce soit.
Si Mickey couche un peu en cachette, c’est sans grande conviction, comme étrangère à son propre corps, peu sereine. Dans quel état sera son géniteur quand elle rentrera au bercail, sera-t-il seulement là ? On lui crierait volontiers de fuir ce quotidien toxique, tout en comprenant que rien n’est aussi simple. Fuir pour aller où, vers quel miroir aux alouettes ? Et puis, dans cette relation terriblement bancale, où père et fille sont tout l’un pour l’autre, une affection complice fuse, troublée par la culpabilité. Que deviendrait Hank sans sa rejetonne, alliée inconditionnelle, ultime lien avec la réalité d’un monde qui progressivement l’abandonne ? Chaque jour apporte son lot de désillusions et de déchirures, tandis qu’il semble sombrer un peu plus profondément dans un univers inaccessible…

Épatant premier film, plein de pudeur et d’empathie. La réalisatrice nous invite avec subtilité à aimer ce qui n’est pas aimable, propulsés que nous sommes dans le maelstrom de sentiments qui happent son héroïne. Mais ce qui prédomine, c’est cette force vitale viscérale, vivifiante, qui emporte tout sur son passage, laissant derrière elle une impression lumineuse qui persistera longtemps. Preuve que le cinéma indépendant américain est bien vivant.