UTOPIA SAINTE BERNADETTE
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Le blog des profondeurs...
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SÉANCES BÉBÉS
Les séances “bébé” sont des séances où les parents peuvent venir avec leur nouveaux nés. Et déguster un film pendant qu’ils roupillent dans leurs bras. Les séances sont évidemment ouvertes à tous les spectateurs, il suffit de savoir qu’il peut arriver qu’un bébé fasse du bruit en suçant son pouc...

À LA VIE À LA MORT
Quelle joie de se retrouver sous les étoiles hier à Berat, en Haute-Garonne!Expo, rencontre et ciné avec Nevada. Quel bonheur.Déjà 200 personnes pour les prémisses d’un nouveau lieu vivant et pluridisciplinaire co animé par les habitants. Ce sont les premières festivités de l’été d’Utopia et du ...

Loi « sécurité globale » : « un outil pour permettre aux forces de l’ordre de cacher leurs dérapages »
Lu dans le journal Le Monde https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2020/11/05/loi-securite-globale-un-outil-pour-permettre-aux-forces-de-l-ordre-de-cacher-leurs-derapages_6058574_1653578.htmlJournalistes indépendants, collectifs, associations et syndicats se mobilisent contre un texte qu’...

CLARA SOLA

Nathalie ALVAREZ MESEN - Costa Rica 2021 1h46mn VOSTF - avec Wendy Chinchilla Araya, Daniel Castañeda Rincón, Ana Julia Porras Espinoza... Scénario de Nathalie Alvarez Mesen et Maria Camila Arias. Découvert à Bordeaux au Fifib 2021.

Du 22/06/22 au 12/07/22

CLARA SOLALe cœur est parfois sauvage. Celui de la forêt qui grouille, magique. Celui de Clara, alanguie, mue par de secrètes pulsions animales qui se font et se défont au gré des ruissellements de la nature, du bruissement des ailes de coléoptères, des infimes piétinements des insectes ou du grondement sourd qui monte de la terre. Ce qui impressionne d’entrée, c’est la singularité mystérieuse de l’univers banal de notre héroïne, tellement charnel et organique, chargé de choses invisibles au commun des mortels, à elle seule accessibles. Entre Clara et nous, entre Clara et le reste de l’humanité, existe un plafond de verre imperceptible, dont on ne sait lesquels sont les plus prisonniers. Bien sûr, le microcosme de notre quarantenaire semble enserré derrière des barrières symboliques infranchissables, curieusement matérialisées par de vulgaires chiffons mauves. Mais qui pourrait pénétrer dans cette conscience secrète et enchanteresse dont elle seule possède la clef ? Qui pourrait s’immiscer dans l’étrange dialogue souvent silencieux qui la relie au vivant ? Dans cette complicité d’âmes sœurs qui la relie à Luka, la jument de la famille d’un blanc immaculé, ou au petit scarabée qui se plie à ses moindres désirs, même à celui de ressusciter ?



Il y a là une matrice profonde et primitive, une force féminine indomptable venue du fond des âges, que ne cesse de vouloir asservir, réduire et exploiter une mère autoritaire au port sans âge, qui protège jalousement Clara sous son toit, à l’instar de son autre petite fille orpheline dont le corps adolescent ne demande qu’à exulter. C’est un presque huis-clos de femmes, et pourtant celles-ci ne semblent pas avoir leur mot à dire, corsetées par le poids des traditions, des croyances aux relents de vieux préceptes patriarcaux et de puritanisme castrateur. Sempiternellement l’aïeule ferme la porte à toute pensée d’émancipation, quand bien même la santé de la maisonnée serait en jeu. Peut-être suffirait-il d’un presque rien pour que se redresse le dos de Clara, déformé par une affreuse scoliose… Car si l’action se déroule au fin fond du Costa Rica, en bordure d’un minuscule village appauvri, la médecine moderne n’est pas loin qui pourrait délivrer les corps de quelques souffrances. Mais si telle a été la volonté du Seigneur…

Et si c’était le passage obligé pour que des miracles s’accomplissent, ceux que tous attribuent à Clara, laquelle incarne une sorte de Bernadette Soubirou locale, condamnée irrémédiablement à ne pas décevoir ses adorateurs ? À la fois vénérée et prisonnière d’une pureté auxquels tous semblent vouloir la réduire, elle se plie aux rituels imposés, aux séances de prières, infantilisée dans son corps de femme investi par des pulsions sensuelles toujours plus irrépressibles. Transparaît alors une sensualité torride, éveillée par les tele novelas, attisée par l’arrivée d’un bel hidalgo bienveillant. Attirance / répulsion mues par le charisme magnétique de celle qui est traitée comme une éternelle innocente.
Mais l’est-elle tant que ça ? Quand elle déclare : « C’est la Vierge Marie qui m’a dit de faire ça. », est-ce réalité ou affabulation ? À moins que ce ne soit un fin stratagème pour reprendre un peu de contrôle, jusqu’à une forme de libération purificatrice finale ?

C’est un premier film étonnant, empreint d’un réalisme magique dont les envoûtements perdureront durablement, laissant notre curiosité délicieusement inassouvie, nos sens troublés.