UTOPIA SAINTE BERNADETTE
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30237
Et voilà, Vidéo en Poche c’est fini, le compteur s’arrête à 30237 copies vendues sans DRM sur clés USB ! À bientôt dans le cyberespace indépendant et surtout IRL dans les salles de cinéma Le 30 novembre à minuit, Vidéo en Poche a tiré sa révérence et retourne dans sa bouteille de la...

SÉANCES BÉBÉS
Les séances “bébé” sont des séances où les parents peuvent venir avec leur nouveaux nés. Et déguster un film pendant qu’ils roupillent dans leurs bras. Les séances sont évidemment ouvertes à tous les spectateurs, il suffit de savoir qu’il peut arriver qu’un bébé fasse du bruit en suçant son pouc...

À LA VIE À LA MORT
Quelle joie de se retrouver sous les étoiles hier à Berat, en Haute-Garonne!Expo, rencontre et ciné avec Nevada. Quel bonheur.Déjà 200 personnes pour les prémisses d’un nouveau lieu vivant et pluridisciplinaire co animé par les habitants. Ce sont les premières festivités de l’été d’Utopia et du ...

VIVRE

Olivier HERMANUS - GB 2022 1h43mn VOSTF - avec Bill Nighy, Aimee Lou Wood, Alex Sharp, Adrian Rawlins... Écrit par Kazuo Ishiguro, d’après le scénario du film Vivre (Ikiru, 1952) d’Akira Kurosawa.

Du 18/01/23 au 07/02/23

VIVRESe lancer dans l’adaptation de Ikiru (1952), le chef-d’œuvre d’Akira Kurosawa, n’était pas sans risque. D’autant plus que le sujet abordé avec force par ce maître du cinéma japonais était du genre costaud : face à votre mort annoncée, comment choisirez-vous de vivre le reste de vos jours ? C’est pourtant ce qu’a osé et réussi le talentueux réalisateur sud-africain Oliver Hermanus, assumant un style 100 % british pour aborder cette histoire universelle, initialement inspirée de l’œuvre de Tolstoï La mort d’Ivan Illitch.
La séquence d’ouverture nous plonge dans le Londres de 1953, sur une tonalité d’archives technicolor, volontairement appuyées, où valsent chapeaux melons, parapluies et bus anglais plus rouges que jamais, contraste total avec l’univers en noir et blanc de Kurosawa. Tout en restant très fidèle au scénario original, Hermanus jouera tout au long du film la carte de l’ambiance des mélodrames de Douglas Sirk. Une manière pour le réalisateur de rendre le récit plus léger et plus accessible. Mais aussi d’établir ainsi des liens intéressants entre la reconstruction du Japon après la Seconde Guerre mondiale et la situation difficile de la Grande-Bretagne qui panse encore ses plaies.



Après cette mise en place d’une Angleterre en pleine effervescence, nous sommes rapidement aspirés dans l’univers kafkaïen de la bureaucratie londonienne, incarnée par le personnage de Williams, fonctionnaire chevronné au centre d’un système administratif hiérarchisé et glacial. Bill Nighy, célèbre acteur anglais peu familier de ce genre de rôle, interprète ce personnage avec la raideur qu’il suppose. Gestes répétés, attitudes ultra codifiées, traitement des dossiers sans aucune once d’humanité, expressions du visage momifiées, Williams semble terroriser ses employés, étouffant les initiatives de ses jeunes recrues. Situation caricaturale dont on se doute qu’elle ne va pas durer. En effet, le film bascule dans une autre dimension dès lors que notre bureaucrate apprend qu’il est atteint d’un cancer qui ne lui laisse que quelques mois à vivre. Le personnage perd ses repères et nous assistons alors à sa métamorphose. Au personnage initial d’apparence « mort-vivant », succède un homme mélancolique à la recherche du temps perdu. Après une phase de désespoir, il voit surgir en lui un élan de vie insoupçonné et la nécessité de faire tomber les masques. La performance de Bill Nighly dans ce sens est remarquable, avec un point d’orgue lors de la séquence où il exprime en chantant la nostalgie de son amour perdu, clôturant une nuit d’errance dans les cabarets londoniens. Il va ainsi se réveiller au monde et s’accrocher à ses derniers mois en concrétisant un projet plein de sens au service de la vraie reconstruction de son pays…et de lui-même. Le réalisateur ne se prive pas d’évoquer le cinéma de Franck Capra à travers l’interprétation soudainement enjouée de ses personnages, nous rappelant ainsi que « la vie est belle ». Hermanus et son scénariste (le Prix Nobel de littérature Kazuo Ishiguro, excusez-du peu !) ont également la main sûre dans leurs contributions personnelles à l’adaptation. Ils traitent avec habileté les blocages qui empêchent de vivre et de communiquer, comme en témoignent certaines scènes de réunions familiales ou de situations professionnelles, avec un festival de non-dits et de communication non-verbale.

Les questionnements existentiels, le thème du bilan de vie avant de mourir ont alimenté nombreux films déjà ! Ce qui aurait pu être un mélodrame pathétique est transformé en une œuvre d’espoir social doublé d’une critique politique : le film s’avère très moderne puisqu’il propose un regard profond sur le sens du travail et sur l’intégrité des hommes dans un système qui tend à broyer leur dignité et leur libre arbitre. Mais Vivre montre surtout qu’il n’est jamais trop tard pour construire et laisser de belles traces au service des autres…