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PUPILLE

Écrit et réalisé par Jeanne HERRY - France 2018 1h55mn - avec Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche, Elodie Bouchez, Olivia Côte, Stefi Selma, Miou-Miou...

Du 05/12/18 au 15/01/19

PUPILLEOn pourrait vous dire que c’est un film sur l’accouchement sous X. Vous allez dire « pffff , super festif ! » en mode ironique. Ou alors, on pourrait dire que c’est un film sur le long et complexe processus d’adoption et « mouais, bof » sera peut-être votre réponse… Si on vous dit que dans ce film il y a des assistantes sociales, des psychologues, des éducateurs spécialisés, des infirmières, des familles d’accueil, des parents en manque d’enfant, une mère célibataire, est ce que cela vous donnera envie ? Pas sûr…

Bon alors, on efface tout, on recommence… C’est l’histoire d’une rencontre, celle d’un bébé avec le monde. Ce bébé, comme tous les bébés depuis la nuit des temps, n’a rien demandé à personne mais le voilà. Il se trouve que ce bébé-là n’est pas un enfant désiré. Sa mère biologique n’a pas voulu ou pu comprendre ce qui lui arrivait, n’a pas cherché non plus à arrêter le processus de procréation, et lorsqu’elle arrive à l’hôpital, largement à terme, sa décision de ne pas garder l’enfant est prise. Dès lors, une machinerie peu ordinaire, mêlant humain, administratif et juridique, se met en action pour accompagner cet être dans le monde, ce « né sous X » dont l’Etat est désormais seul responsable, le temps de lui trouver une famille : c’est l’histoire de ce film.
C’est comme une course de relais : chaque protagoniste de l’histoire de cet enfant va apporter sa pierre à la construction fragile de ses premiers jours et faire tout pour qu’il se sente en sécurité, lui le bébé « abandonné ». Chacun a sa place, chacun a ses mots, ses gestes et son rôle à jouer dans ce roman de vie qui s’écrit. Chacun sait parfaitement ce qu’il doit faire, dans quel cadre s’inscrit son action et son unique objectif : le bien être de l’enfant. Elle est très belle et très touchante, cette chaîne humaine qui se met en ordre de marche autour de ce minuscule individu. La sage femme qui le met au monde, le personnel hospitalier qui va le bercer, le nourrir les premiers jours, puis l’assistante sociale qui va expliquer à sa mère biologique le processus enclenché, enfin l’éducatrice qui fera le lien entre le monde clos et protégé de l’hôpital et le monde extérieur. Puis, au bout de la course, la famille d’accueil qui veillera avec bienveillance et tendresse sur ses premières semaines et enfin, en ligne d’arrivée pour un nouveau départ, la rencontre avec le foyer qui deviendra le sien.

Filmée avec une grande justesse, cette quête à la fois très simple et extraordinairement puissante dans laquelle chaque protagoniste va se lancer est racontée à la manière d’un périple humain haletant et captivant. Nous allons suivre pas à pas, avec quelques allers-retours dans le passé, ces femmes et ces hommes qui font la grandeur du service public et dont le travail consiste à accompagner ce pupille de la meilleure manière possible jusqu’à sa famille d’adoption. La réalisatrice s’attache à raconter l’histoire dans chacune de ses composantes, ne laissant rien ni personne sur le carreau et c’est bien cette approche multiple, qui va du plus petit sourire d’une aide soignante au moment de l’accouchement jusqu’au premier regard de la mère adoptive sur son bébé, qui fait la grande force du film. On comprend vite, par la tonalité des premières scènes, que rien n’a été laissé au hasard et que derrière les mots, les gestes des personnages, se cache une longue et minutieuse documentation. Le film gagne ainsi en crédibilité et ne s’égare jamais sur des voies trop romanesques ou moralisatrices. Bien sûr, il faut la part de fiction, la petite touche drôle ou tendre qui relance le récit et emporte l’adhésion du spectateur. Le duo Kiberlain / Lellouche assume parfaitement cette fonction ; elle dans un personnage d’éducatrice forte en tête et addict aux bonbons chimiques, lui homme au foyer, papa d’adoption, pro du baby-phone et du portage ventral. En sortant du film, on a un peu plus de tendresse dans la tête et un peu plus de foi en l’humanité et ça, par les temps qui courent, c’est à ne pas gâcher.