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JE VOULAIS ME CACHER

(Volevo nascondermi) Giorgio DIRITTI - Italie 2020 2h VOSTF - avec Elio Germano, Paolo Rossi, Paola Lavini, Orietta Notari... Scénario de Giorgio Diritti, Fredo Valla et Tania Pedroni. Festival de Berlin 2020 : prix d’interprétation masculine pour Elio Germano.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

JE VOULAIS ME CACHERIl faut le voir, cet Antonio, escogriffe blême et dégingandé, mal fagoté, grimacer, se tordre, rouler des yeux hallucinés, maugréer sous sa moustache d’inintelligibles imprécations suisses-allemandes mâtinées d’italien. Il peut se tasser peureusement dans des recoins sombres sous un sac de mauvaise toile de jute, puis se détendre soudainement en hurlant comme un fou – un fou, une bête, un possédé… Et il faut le découvrir en perfectionniste maniaque, ce même Antonio, peintre et sculpteur instinctif, modelant avec une incroyable finesse de magnifiques animaux de terre pour les enfants de son village, ou saisissant sur sa toile la puissance et la beauté d’un rugissement de tigre, le mouvement de panique des chevaux surpris par l’orage, les lignes torturées de sa propre image dans des autoportraits douloureux et inquiets. Car, mystères de l’art et de la psyché, Antonio Ligabue, dont le film raconte l’incroyable destinée, individu marginal et insaisissable qui a passé l’essentiel de sa vie dans la misère, de maisons d’accueil en institutions psychiatriques, a également été de son vivant reconnu, aux côtés de Rousseau et de Séraphine de Senlis, comme un des maîtres de la peinture naïve et un artiste majeur du 20e siècle…

À partir des rares éléments connus sur la vie du peintre (des articles de presse, un documentaire réalisé de son vivant, quelques rares témoignages), Giorgio Diritti s’efforce de cerner au plus près le processus de création artistique brut. L’enfance chaotique d’Antonio Ligabue, né en 1899, très tôt orphelin de mère, abandonné par son beau-père dans une famille d’accueil qui s’en débarrasse à son tour dans un institut pour enfants handicapés, façonne un être brimé, inquiet, rachitique et goitreux, au développement intellectuel empêché. Antonio est un genre de Quasimodo moderne, que la société n’en finit pas de rejeter – la Suisse l’expulsant sans états d’âmes en Italie dans les années 1920, berceau familial dont il ne maîtrisera jamais tout à fait la langue. Seul, jamais aimé, s’efforçant de masquer à ses contemporains une difformité à laquelle tout autour de lui le ramène, Antonio promène sur le monde un regard terrifié. En pleine montée du fascisme italien, qui refuse bien évidemment de s’encombrer d’une pareille erreur de la nature, il parvient, grâce à quelques rencontres bienveillantes, à faire miraculeusement éclore un talent inouï doublé d’une rare sensibilité. Et trouve, enfin, une façon d’être au monde.

Méconnaissable, Elio Germano est absolument saisissant. Physiquement habité par Antonio Ligabue, on craint à chaque séquence qu’il n’en fasse trop, que la possession de son personnage tour à tour prostré et bondissant, tourne à la pitrerie. Et à chaque plan, la prouesse du comédien s’efface derrière le mystère du peintre. Car l’homme vit, littéralement, la nature et les animaux qu’il aime tant représenter. Gesticulant et grimaçant devant sa toile ou sa sculpture, il ne les imite pas, mais entre en communication avec eux. Il rugit avec le tigre, déploie ses ailes d’aigle, se cabre avec le cheval devant l’obstacle. L’artiste est puissant, dérangeant dans sa folie ; le jeu d’Elio Germano est suffisamment explosif et suffit à porter toute la dinguerie du personnage, le réalisateur a l’intelligence de lui offrir une mise en scène d’une sobriété exemplaire, apaisante. D’une grande beauté formelle, le film est une invitation à découvrir l’œuvre foisonnante et unique d’Antonio Ligabue, le « Van Gogh suisse » exclu, rejeté et incompris qui a dorénavant son musée en Italie.