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UN CINÉMA UTOPIA À TROYES DES NOUVELLES DU PETIT NOUVEAU
Citoyens inconnus ou reconnus, journalistes indépendants, petites mains de l’ombre… que serait-on sans vous ?Pour ceux qui auraient loupé quelques épisodes entre deux festivals, deux confinements ou une déclaration de Poutine, rembobinons l’histoire…L’action débute en l’an 2019 après JC, toute l...

LA MÉNARDIÈRE Un habitat partagé à Bérat, entre Toulouse et l’Ariège
C’est un rêve, modeste et fou… Parvenus à l’âge où les clairons sonnent la retraite, une poignée de filles et de garçons se sont mis en tête d’inventer une alternative à ce que la société propose à ses vieux : ne pas vivre seuls, ne pas finir dans une de ces horribles institutions où il ne rest...

Cannes, c’est plus ce que c’était !
C’est tous les ans ou presque la même rengaine. Cannes, ma bonne dame, c’est plus ce que c’était : la sélection n’est vraiment pas terrible, le palmarès est complètement naze, tout ça c’est copinage et compagnie, bref le festival part à vau-l’eau… Sauf ces deux dernières années, pour des raison...

ROSMERTA, une belle aventure humaine à Avignon, qui continue contre vents et marées.
Suite à une réquisition citoyenne en 2018, le lieu Rosmerta est né et depuis, il donne un toit à près d’une quarantaine de jeunes mineurs isolés et des familles avec enfants en bas âge. L’association qui le gère, composée exclusivement de bénévoles, aide près de 50 personnes sans aucun soutien des p...

OUISTREHAM

Emmanuel CARRÈRE - France 2021 1h46 - avec Juliette Binoche, Hélène Lambert, Léa Carne, Didier Pupin... Scénario d'Emmanuel Carrère et Hélène Devynck, librement adapté du récit Le Quai de Ouistreham, de Florence Aubenas.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

OUISTREHAMCe film fort et acéré, c’est Juliette Binoche qui l’a voulu, qui a fini par convaincre Florence Aubenas d’accepter que son très remarquable récit Le Quai de Ouistreham soit adapté au cinéma, porté par le duo que la comédienne a formé avec Emmanuel Carrère.

C’est l’histoire de toutes ces femmes, de tous ces hommes qui rendent nos vies plus propres, entre deux rendez-vous chez pôle emploi et autres galères. C’est l’histoire d’un peuple de l’ombre courageux et solidaire, qui ne remise ni sa dignité, ni son humour au placard, car c’est parfois tout ce qui lui reste pour tenir le coup. D’un peuple jamais récompensé par des salaires à la hauteur de sa tâche, rarement remercié par un mot poli ou un sourire.



Quand l’écrivaine Marianne Winckler (Juliette Binoche) décide d’écrire un roman sur le travail des précaires, sur les invisibles, elle se rend bien compte que dans son univers très protégé, elle n’a qu’une vision parcellaire de leur lot quotidien et surtout pas la matière nécessaire pour adopter un regard juste. Quoi de plus naturel alors que de s’exiler loin de chez elle, à Ouistreham, près de Caen, et de se faire passer pour ce qu’elle n’est pas ? Une femme ayant connu un accident de parcours, se retrouvant soudain sans revenus, obligée de faire comme beaucoup : passer par la case demandeuse d’emploi et postuler pour un travail, n’importe lequel, elle n’a pas les moyens d’être exigeante… Ses interlocuteurs seront-ils dupes ? Ses éventuelles collègues seront-elles dupes ? L’absence de maquillage ne gomme pas le langage châtié, l’aisance naturelle de qui a baigné dans un milieu favorisé durant des années. Mais Marianne s’accroche, prête à tout, acceptant sans broncher de se plier aux tâches les plus ingrates. Son CV étant bien vide, son profil ne correspond qu’à un seul type de poste : la voilà à l’essai dans une société de nettoyage. Courir d’un lieu à un autre – prendre le temps de souffler, c’est prendre du retard, perdre la cadence. Dire bonjour, rester courtoise face à ceux qui vous humilient, dont on a l’impression qu’ils ont besoin de cela pour se sentir vivants. Combien de temps tiendra-t-elle ? Combien de temps durera l’imposture ? Un suspens qu’introduit le réalisateur et qui n’était pas dans le bouquin. Car enfin, quoi qu’il arrive, nous savons qu’une porte de sortie existe pour Marianne, contrairement à ses compagnes de balais, qui ne peuvent pas rendre leur tablier pour retourner à une vie confortable.

Mais cela n’empêchera pas l’amitié et surtout ça n’empêche pas ces personnages d’exister. Car la plupart des protagonistes du film ne sont pas des comédiens professionnels, mais jouent devant la caméra leur propre rôle : Christelle, Cédric, Marie Lou… Jamais l’actrice vedette, ni l’œil de la caméra ne les écrasent. Chacun de leurs coups de gueule résonne dès lors comme un cri du cœur. On sent qu’il y a du vécu et c’est une belle invitation à regarder différemment les travailleuses-travailleurs de l’ombre.