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La Paix, éternelle Utopie ?
Pas facile de décrypter le chaos du monde pour les spectateurs, plus ou moins lointains, que nous sommes, face aux faits tragiques qui nous submergent en avalanche via la presse, les réseaux sociaux, vraies ou fausses nouvelles… Et c’est dans ces moments-là que nous avons encore plus envie de croire...

LES SALLES UTOPIA SE METTENT AU VERT
Vous y croyez, vous, au bon sens qui voudrait que partir se bronzer les fesses à l’autre bout du monde  avec des avions Macron volant avec du bio kérozène made in France serait bon pour votre corps et la planète ? Cela ne ressemblerait-il pas étrangement au discours tenu il y a quelqu...

Justine Triet parle d’or
Il aura donc suffi de quelques mots, à peine, pour que la Ministre de la Culture, celui de l’Industrie, quelques maires et députés de la majorité, volent dans les plumes et la palme de Justine Triet, réalisatrice couronnée d’Anatomie d’une chute, sermonnant en substance : « ce n’est pas bi...

Rosmerta continue ! Vous connaissez l’histoire ? 
Depuis les débuts, et même avant, Utopia Avignon suit l’histoire de près ! Ça fait presque cinq ans qu’on vous en parle dans nos gazettes, à chaque rebondissement. Ce qu’il s’est passé depuis 2018 : réquisition citoyenne d’une école vétuste appartenant au diocèse, procès et appel...

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WAR PONY

Riley KEOUGH et Gina GAMMELL - USA 2022 1h54 VOSTF - avec Jojo Bapteise Whiting, Ladainian Crazy Thunder, Jesse Schmockel, Wilma Colhoff, Iona Red Bear... Scénario de Franklin Sioux Bob, Bill Reddy, Riley Keough et Gina Gammell. Caméra d’or du Festival de Cannes 2022. (meilleur premier film, toutes sélections confondues).

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

WAR PONYL’un est à peine sorti de l’adolescence pour commencer maladroitement sa vie d’adulte, il s’appelle Bill, et à 23 ans il est déjà deux fois papa mais vit séparé des deux mamans. L’autre a dans les 12 ans et s’appelle Matho, vit seul chez un père aussi peu présent que possible – et quitte l’enfance un peu trop vite, un peu trop tôt, partagé entre la nécessité (qui fait loi) de survivre en milieu hostile, le désir de grandir et l’appel persistant de restes d’insouciance enfantine, réduite ici à son strict minimum. Ici, c’est-à-dire à Pine Ridge, la réserve indienne des Oglala Lakota, dans le Dakota du Sud. Un territoire désolé, quart-mondisé, économiquement sinistré, socialement abandonné, profondément abîmé par le combo gagnant de la misère (chômage – pauvreté – drogue – délinquance), dans lequel il est bien compliqué de se construire et de bâtir des projets d’avenir. Chiot perdu sans collier, Matho se partage entre l’école, qui le structure encore un peu, et l’errance, le désœuvrement, la débrouille, avec lesquels lui et sa petite bande d’amis ont appris à composer. On s’invente des familles, on deale (mal) la drogue planquée du paternel pour se faire trois sous, on s’alcoolise, on rêve sous les étoiles, bref : on s’arrange avec l’existence en regardant s’éloigner l’enfance.
Bill, lui, cherche désespérément la martingale qui lui permettra de vivre enfin de plein droit le sacro-saint « rêve américain » – il pourrait être livreur, se spécialiser dans le commerce d’essence siphonnée sur les parkings, ou se contenter de monnayer benoitement des trajets en voiture. Mais à son idée, germée alors qu’il rapportait un chien errant à sa propriétaire et confirmée par la consultation des internets, oracles des temps modernes, le secret pour faire fortune sans trop d’effort serait de s’improviser éleveur de caniches de luxe. Quitte pour cela à s’endetter (mais qui lui prêterait de quoi démarrer ?) ou, pire, à travailler pour un propriétaire terrien – blanc – du voisinage.



Fascinant autant que délicat mélange de rudesse sociale et de douceur aux lisières de la poésie, le film de Riley Keough et Gina Gammell, constamment sur le fil, tient la gageure de décrire la réalité crue de la vie moderne des jeunes « native american », déclassés, coupés de leurs traditions, contrariés dans leurs aspirations, sans sombrer dans le misérabilisme ni le sermon condescendant. Le projet même du film, longuement mûri et travaillé, est né de la rencontre de Riley Keough avec Bill Reddy et Franklin Sioux Bob, tous deux natifs de Pine Ridge. Devenus coscénaristes de War Pony, ils apportent tout leur vécu, leurs anecdotes, leurs expériences personnelles et familiales, à l’évocation de la réserve montrée à l’écran. Ils sont également à l’origine des échappées oniriques, des figures totémiques fugacement réprésentées, qui disent bien mieux que de longs discours le déracinement culturel et le désarroi de ces populations. La quête parallèle de Matho et Bill, vulnérables et déterminés, qui tentent chacun par ses moyens de trouver leur place d’hommes, d’Indiens, d’Américains et d’adultes dans une société qui rechigne à les intégrer, est magnifiée par une mise en scène et une photographie de toute beauté, qui font mieux que leur rendre hommage. Et pour compenser un déterminisme qui pourrait les accabler, les réalisatrices ont l’élégance et la générosité de leur apporter quelques rayons de soleil au milieu de la grisaille. Drôle, percutant, tout autant que dur et émouvant, War Pony est un premier film tout à fait emballant, qui nous invite avec vigueur à prendre fait et cause pour ses personnages. Ce dont on ne saurait se défendre.