Quiz des trente dernière secondes

Vous trouverez ici les archives du quiz des “trente dernières secondes”

 

Quiz cinéma : les 30 dernières secondes

Pour célébrer la fin de l’année écoulée et vous présenter nos meilleurs vœux pour 2021, l’équipe d’Utopia Bordeaux (sur un colossal travail d’archiviste d’Aurore) vous propose un nouveau quiz cinéma ! Comme au printemps dernier, lorsque nous vous proposions « La séquence du confiné ». Sauf que cette fois, il s’agit de retrouver le titre d’un film à partir de ses 30 dernières secondes, juste avant l’apparition du générique.

Pour participer, vous pouvez envoyer vos réponses à bordeaux@cinemas-utopia.org ou dans les commentaires de la publication Facebook. Et n’hésitez pas à nous dire ce que l’extrait proposé évoque dans vos souvenirs cinéphiles.

 

 

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Mercredi 6 janvier

Pour ce premier extrait, un indice : le théâtre sous l’Occupation.

 


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Jeudi 7 janvier

 

Première fin hier, pas trop difficile à identifier : LE DERNIER MÉTRO (1980), l’un des plus grands succès de François Truffaut, une sorte d’apogée de sa veine romanesque. L’amour du récit, l’amour du théâtre, l’amour du jeu, l’amour des actrices et des acteurs, l’amour de Catherine Deneuve.
Et au passage une illustration de l’art du recyclage dans l’exercice de la déclaration d’amour.
Juste avant la fin du film, échange entre les personnages joués par Depardieu et Deneuve sur la scène du théâtre, dans un Paris enfin libéré : « Tu es belle Héléna, si belle que te regarder est une souffrance. - Hier vous disiez que c’était une joie. - C’est une joie… et une souffrance. »
Dix bonnes années plus tôt, ce sont les mêmes mots que Truffaut mettait dans la bouche des héros de LA SIRÈNE DU MISSISSIPI (1969) : Jean-Paul Belmondo et… Catherine Deneuve. La reine Catherine, déjà, toujours…

 

Aujourd’hui, séquence n°2 : un premier film en chanté.


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Vendredi 8 janvier

 

Hier il fallait lire attentivement (l’enseigne de la station-service) et bien écouter (la musique évidemment) : LES PARAPLUIES DE CHERBOURG (1963), de Jacques Demy, qui disait : « Les Parapluies, c’est un film contre la guerre, contre l’absence, contre tout ce qu’on déteste et qui brise un bonheur. »
Après deux films parlants en noir et blanc (Lola et La Baie des anges), Demy et Legrand tournent un film chantant en couleurs. Pas une comédie musicale comme on en réalisait à Hollywood, plutôt une tragédie chantée (pas par Catherine Deneuve, doublée par Danièle Licari…), lyrique et déchirante, avec la guerre d’Algérie en toile de fond.

 

Merci à tous ceux qui participent sur Facebook ou par email (bordeaux@cinemas-utopia.org). N’hésitez pas à accompagner vos réponses de petits commentaires sur les films proposés. Nous les lisons avec attention.

A présent, l’extrait du jour, avec cet indice : un méli-mélo insolite de tubes.


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Samedi 9 janvier

 

Hier encore, il fallait bien écouter. C’est la question posée par Jean-Paul Roussillon qui donnait quasiment la réponse : oui, ON CONNAÎT LA CHANSON, d’Alain Resnais (1997), écrit par Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri. On y chante, comme chez Jacques Demy la veille, mais ce sont des chansons populaires, avec les voix de leurs interprètes d’origine, qui viennent nourrir l’intrigue, exprimer les sentiments plus ou moins cachés des personnages, faire rebondir l’action… Un vrai bonheur de film, tellement qu’on aimerait bien qu’il ressorte sur les écrans quand ils se seront réveillés. Il date de 1997, c’est déjà un classique.
Un mot sur Jean-Paul Roussillon, qui joue un petit rôle dans le film : immense comédien de théâtre, on l’a vu assez peu au cinéma, mais il a été merveilleusement utilisé par Arnaud Desplechin dans ROIS ET REINE (2004) et surtout UN CONTE DE NOËL (2008), qui lui valut le César du meilleur second rôle en 2009, quelques mois avant sa mort.

 

Pour les trente dernières secondes du jour, voici le précieux indice : un premier film venu du Québec.


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Dimanche 10 janvier

 

Un premier film venu du Québec, disait l’indice d’hier. Oui, J’AI TUÉ MA MÈRE le premier long métrage de Xavier Dolan, découvert au Festival de Cannes 2009, le réalisateur avait tout juste 20 ans. Il en avait 17 quand il proposa pour la première fois son projet de film aux instances québecoises du cinéma… qui renvoyèrent le jeune bougre à ses chères études qu’il avait pourtant abandonnées depuis jolie lurette, au prétexte qu’elles étaient aussi soporifiques que castratrices… Il en fallait plus pour décourager l’intrépide Dolan, qui débuta avec ce film intensément personnel la carrière météorique que l’on sait.
On reconnaît bien sûr dans cette fin en forme de faux film de famille LA mère de cinéma que s’est choisie Xavier Dolan : Anne Dorval, qu’on retrouvera magnifique quelques années plus tard dans le bien titré MOMMY.

 

Aujourd’hui, l’amour vu comme un tango…

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Lundi 11 janvier

 

Hier, le titre du film était le même que celui de la chanson imparable du groupe Les Turtles qu’on écoute en même temps que le personnage joué par le splendide Tony Leung : HAPPY TOGETHER, réalisé par Wong Kar-Wai en 1997. Une histoire d’amour fulgurante et déchirante filmée essentiellement à Buenos Aires. On retrouve dans ces 30 secondes finales toute l’énergie, toute la sensualité, toute la grâce du réalisateur hongkongais dont on se languit depuis 2013 et la sortie de THE GRANDMASTER, son dernier film en date. On commence à désespérer d’un hypothétique retour… mais on se consolera avec la prochaine reprise dans nos salles ramenées à la vie du sublime IN THE MOOD FOR LOVE, qu’Utopia Bordeaux a gardé à l’affiche pendant 48 semaines à l’époque de sa sortie en 2000-2001. Seul l’insondable MULHOLLAND DRIVE a fait mieux, avec 57 semaines…

 

La séquence du jour et son indice : sous le signe des Gémeaux.

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Mardi 12 janvier

 

« Nous sommes deux sœurs jumelles, nées sous le signe des Gémeaux. Mi fa sol la, mi ré, ré mi fa sol fa sol ré do… » Hier c’était LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT (1967). Jacques Demy encore ! Aurore, la grande maîtresse du quiz, est une fan inconditionnelle de Jacquot l’enchanteur de Nantes, attendez-vous à voir les trente dernières secondes de PEAU D’ÂNE un de ces prochains jours…
Jumelles non, mais sœurs assurément. Deneuve la blonde et Dorléac la rousse (auburn?). Le seul film qu’elles aient tourné ensemble, un conte des mille et une couleurs qu’elles irradient de leur beauté et de leur joie de vivre. Même si, je dois l’avouer, j’ai toujours eu, comme Monsieur Dame (Michel Piccoli), un faible certain pour leur maman incarnée par la divine Danielle Darrieux. Deneuve et Dorléac dansent mais ne chantent pas : ce sont les voix d’Anne Germain et de Claude Parent que l’on entend.
C’est bien sûr Jacques Perrin que l’on voit monter dans le camion du marchand de bateaux, plus tôt dans le film on aura croisé Georges Chakiris et Gene Kelly en guest stars. Tout le monde voulait entrer dans l’univers unique de Demy !

 

Pour la séquence du jour, encore une route, avec cet indice : l’autopsie d’un désamour.

 

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Mercredi 13 janvier

 

Hier, un dernier baiser entre Audrey Hepburn (habillée par Paco Rabanne) et Albert Finney dans VOYAGE À DEUX (1967), réalisé par Stanley Donen. Une fausse comédie plus mélancolique que romantique, que vous avez eu l’occasion de revoir chez nous l’été dernier. Six tranches de vie déterminantes pour raconter douze ans de la vie d’un couple, de l’emballement au désenchantement, de l’euphorie à la lassitude. Une construction à la fois savante et limpide, propice aux chocs des émotions les plus diverses. Et deux acteurs au sommet de leur art et de leur charme.
Je profite de l’occasion pour rappeler à votre attention l’un des plus beaux rôles d’Audrey Hepburn : c’était à la fin de sa carrière, dans LA ROSE ET LA FLÈCHE (1976) de Richard Lester. Si j’en parle maintenant, c’est qu’elle en partage l’affiche avec un comédien qui s’y montre également prodigieux : Sean Connery. À l’occasion du récent décès de l’acteur écossais (le 31 octobre dernier, on venait juste de re-fermer nos salles, ça nous a rendus encore un peu plus tristes), tout le monde a bien sûr évoqué son rôle récurrent de James Bond mais personne n’a parlé de son interprétation magnifique de Robin des bois vieillissant dans le film de Lester, aux côtés de l’inoubliable Marianne d’Audrey Hepburn.

 

Pour celles ou ceux qui prennent le jeu en marche, le jeu que nous vous proposons depuis une semaine consiste à trouver le titre d’un film à partir d’un extrait de ses trente dernières secondes. Vous pouvez participer sur Facebook dans les commentaires de la publication ou par courriel (bordeaux@cinemas-utopia.org). Surtout, n’hésitez pas à commenter vos réponses et à partager ce que le film vous évoque, l’intérêt de ce quiz étant de poursuivre tant bien que mal les échanges cinéphiles entre nous ! Merci à tous.

Ci-dessous, la séquence du jour avec son indice : une fan de Joséphine Baker.

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Jeudi 14 janvier

 

Hier, fin N°8. Pas évident de trouver parce qu’on ne peut pas dire que le film m’ait beaucoup marqué… On reconnaît évidemment tout de suite Catherine Frot et Albert Dupontel. Ils n’ont tourné, à ma connaissance, que deux films ensemble : Le Vilain, réalisé par Dupontel lui-même, mais Catherine Frot jouait la veille maman du héros et n’avait pas du tout cette tête-là, et en plus cette fin joliette n’est pas du tout dans l’esprit Dupontel ; c’est donc le second : ODETTE TOULEMONDE (2006), réalisé par l’écrivain Eric-Emmanuel Schmitt, qui a spécialement écrit pour le cinéma cette fable bienveillante et gentiment farfelue, qui suit le destin d’Odette, vendeuse de cosmétiques le jour et petite main brodeuse de paillettes et de plumes pour les Folies bergères (d’où la référence à Joséphine Baker dans l’indice : elle devint la grande vedette du cabaret en 1926) le soir : elle rêve d’amour toujours et s’évade dans les romans à l’eau de rose écrits à la chaîne par l’écrivain blasé Balthazar Balzan (Dupontel), qu’elle va finir par rencontrer grâce à une petite lettre sur papier rose qu’elle a osé lui écrire, non sans mal (« si j’ai de l’orthographe, je n’ai pas de poésie »). Un p’tit grain de fantaisie, un p’tit poil de folie douce… et Catherine Frot qui emballe le tout en rêveuse au cœur d’artichaut.

 

A présent, la séquence du jour avec cette phrase iconique pour indice : « tu n’as rien vu… »

 

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Vendredi 15 janvier

 

Hier, fin N°9. Celle-ci, c’est cadeau ! Emmanuelle Riva donne même la réponse dans les quelques mots qu’elle dit à son amant japonais : « Hiroshima, c’est ton nom. » HIROSHIMA MON AMOUR (1959), réalisé par Alain Resnais sur un scénario et des dialogues de Marguerite Duras. Ecriture éclatée, dialogues incantatoires, Resnais et Duras ouvraient des voies nouvelles au langage cinématographique.
C’est le premier long métrage de Resnais, c’est le premier scénario de Marguerite Duras. Je pensais même que c’était la première fois qu’on voyait et entendait un de ses textes au cinéma, eh bien non ! Je redécouvre que son roman UN BARRAGE CONTRE LE PACIFIQUE a été porté à l’écran en 1957 par René Clément, avec Silvana Mangano, Alida Valli, Anthony Perkins. Une rareté absolue.
Avant HIROSHIMA, Resnais a réalisé plusieurs courts métrages documentaires mémorables, dont NUIT ET BROUILLARD, sur les déportés victimes des nazis, ou TOUTE LA MÉMOIRE DU MONDE, sur la Bibliothèque nationale. Il a été aussi, on le sait moins, monteur du premier long métrage d’Agnès Varda, LA POINTE COURTE. Avec HIROSHIMA, il entame à 37 ans une carrière exceptionnellement riche et tout aussi exceptionnellement longue (il réalisa son dernier film, AIMER, BOIRE ET CHANTER, à 90 ans passés !) qui l’imposera comme l’un des plus grands cinéastes français contemporains.

 

Aujourd’hui, un marivaudage spatio-temporel à Montparnasse.

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Samedi 16 janvier

 

Hier, fin N°10. Si on a vu le film, on devine tout de suite, rien qu’en voyant le visage incroyablement expressif et émouvant de Chiara Mastroianni, qui l’illumine de la première à la dernière minute : CHAMBRE 212 (2019), écrit et réalisé par Christophe Honoré. Elle a, Chiara, ce je ne sais quoi que d’autres n’ont pas, qui nous met (en tout cas qui me met) dans un drôle d’état… Ses traits représentent tellement le mariage miraculeux de ceux de ses deux parents que ce sont dix, vingt, cinquante souvenirs de cinéma qui viennent à l’esprit quand on se perd dans son regard, quand on s’abandonne à sa mélancolie, quand on sourit de la voir sourire. Surtout dans ce film où elle est la maîtresse du jeu, où elle donne le la, où elle mène la danse des amours passés, présents, à venir. Des amours envolés, oubliés, rêvés. Des amours déçus, perdus, vaincus par le temps qui passe, les sentiments qui se lassent.
Ce que raconte CHAMBRE 212 est finalement assez grave, et pas forcément gai, mais il le fait avec une légèreté, une fantaisie, une liberté qui en font un spectacle en permanence réjouissant. C’est l’un des plus beaux films de Christophe Honoré et une sacrée passe de deux après le très beau PLAIRE, AIMER ET COURIR VITE en 2017.

 

Aujourd’hui, pas besoin de s’approcher, un plan d’ensemble suffit. C’est c’la oui…

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Dimanche 17 janvier

 

Hier, fin N°11. Alors là, celui-là je ne m’y attendais pas ! LE PÈRE NOËL EST UNE ORDURE (1982), réalisé par Jean-Marie Poiré, écrit et interprété par les membres de la troupe qu’on appelait encore « du Splendid », du nom du café-théâtre créé en 1974 dans une ancienne pizzeria de Montparnasse et sur la scène duquel ils avaient fait leurs premières armes. Un film que (presque) tout le monde a vu au moins vingt fois, pas forcément en entier et forcément pas au cinéma, j’exagère à peine. C’est typiquement le truc qu’on regarde à la télé, en général pendant la période des fêtes de fin d’année (il doit faire partie des plus multi-rediffusés, pas autant que LA GRANDE VADROUILLE, il ne faut pas exagérer, mais pas loin…), histoire de rigoler un brin en famille, en anticipant en chœur les répliques qui vous restent dans un coin de la tête à force d’avoir été entendues.
En 1982, la troupe n’avait déjà plus de Splendid que le nom et se montrait bien davantage sur les écrans que sur les planches. En fait tout avait basculé dès 1978 avec LES BRONZÉS, adaptation au cinéma, réalisée par Patrice Leconte, de leur spectacle AMOUR, COQUILLAGES ET CRUSTACÉS. Gros succès, donc on prend les mêmes et on recommence l’année suivante avec LES BRONZÉS FONT DU SKI. C’était parti, ça a duré quelques années et puis tout le monde est passé à autre chose, et c’était bien comme ça. Mais l’équipe plus du tout du tout du Splendid a fait l’erreur de céder aux sirènes du pognon et s’est laissée aller à tourner LES BRONZÉS 3, AMIS POUR LA VIE en 2005. Et tout le monde a bien compris que c’était une arnaque, à commencer par le titre.

 

Aujourd’hui, des personnages hauts en couleurs et follement attachants.

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Lundi 18 janvier

 

Hier, fin N°12. Un film formidable ! Ces deux beaux vieux (surtout pas des vieux beaux, le sens des mots a du sens !), sereinement heureux de voguer ensemble aux abords de je ne sais plus quelle côte, et la voix mutine de Juliette Greco : « Un monsieur aimait un jeune homme / Surtout ne nous affolons pas. / Il faut voir autour de nous comme / Les amours vont leur propre pas. »
LES INVISIBLES (2012), documentaire réalisé par Sébastien Lifschitz, qui met en scène la parole passionnante de quelques femmes, de quelques hommes, nés dans l’entre-deux-guerres. Elles et ils n’ont aucun point commun sinon d’être homosexuels et d’avoir choisi de le vivre au grand jour, à une époque où la société les rejetait. Ils ont aimé, lutté, désiré, fait l’amour. Aujourd’hui, ils racontent ce que fut cette vie insoumise, partagée entre la volonté de rester des gens comme les autres et l’obligation de s’inventer une liberté pour s’épanouir. Ils n’ont eu peur de rien…
Sébastien Lifschitz, qu’on connaît bien à Bordeaux puisqu’il était présent lors des deux dernières éditions du Fifib, a commencé à la fin des années 90 par des longs métrages de fiction (dont le plus beau pour moi est WILD SIDE, en 2004, montré justement lors du Fifib 2020). LES INVISIBLES est son premier grand film documentaire (après une première réalisation en 2001, LA TRAVERSÉE) et il continue depuis dans cette voie, nous offrant des films tous plus beaux les uns que les autres, jusqu’au magnifique ADOLESCENTES, sorti à l’automne dernier. Il en a réalisé un autre depuis (lui aussi montré lors du Fifib 2020) : PETITE FILLE, produit pour la télé et diffusé récemment sur Arte. On ne désespère pas tout à fait de pouvoir le projeter en salle, mais ça va être compliqué….

 

Aujourd’hui, un jeune détective en mission dans un magasin de chaussures…

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Mardi 19 janvier

 

Hier, fin N° 13. Si on a l’a vu un certain nombre de fois (c’est mon cas), on reconnaît le film immédiatement, en même temps que le couple d’acteurs de dos : Claude Jade et Jean-Pierre Léaud. Sinon, comme c’est souvent le cas dans les choix d’Aurore qui connaît bien la chanson, la réponse est dans la bande son, en l’occurence dans les paroles de QUE RESTE-T-IL DE NOS AMOURS de Charles Trenet : « Bonheur fané, cheveux au vent, baisers volés, rêves mouvants… » C’est BAISERS VOLÉS (1968) de François Truffaut, bien sûr. Le troisième chapitre des aventures existentialo-sentimentales d’Antoine Doinel entamées en 1959 avec LES 400 COUPS (Truffaut avait 27 ans, Léaud 14). Suivit en 1962 ANTOINE ET COLETTE, court métrage de 30 minutes qui ouvrait le film à segments L’AMOUR À VINGT ANS. Et après BAISERS VOLÉS, il y aura en 1970 DOMICILE CONJUGAL et enfin L’AMOUR EN FUITE en 1979 (sorte d’épilogue au destin de Doinel, parsemé de nombreux extraits des épisodes précédents en guise de retour en arrière, ce dernier volet est resté le mal aimé du cycle… Il faut peut-être le revoir…)
On évoquait, à l’occasion du DERNIER MÉTRO, l’art de la déclaration d’amour chez Truffaut. BAISERS VOLÉS en offre un irrésistible exemple. Antoine Doinel, invité à déjeuner par son patron, Monsieur Tabard, se retrouve à prendre le café seul à seule avec l’épouse de celui-ci, Fabienne, qui l’a subjugué (on le comprend, c’est la divine Delphine Seyrig) dès lors qu’il l’a aperçue dans le magasin de chaussures du mari. Madame Tabard sert le café, se lève pour mettre un 33 tours (du Mozart) sur le tourne-disque et demande gentiment : « Vous aimez la musique, Antoine ? » Celui-ci, pétrifié, transi de dévotion, lui répond dans un souffle : « Oui, Monsieur »… avant de s’enfuir, honteux. Drôle et bouleversant à la fois, le summum de ce qu’on pourrait appeler « la déclaration par lapsus ».

 

L’extrait du jour, avec son indice : deux solitudes qui se croisent à Tokyo.

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Mercredi 20 janvier

Hier, fin N°14. Pas facile ! Aucun personnage, pas d’acteurs à reconnaître, uniquement le décor urbain et la musique. Ville asiatique, japonaise puisqu’on voit des enseignes à calligraphie verticale. Tokyo ? Musique pop anglo-saxonne. Le film n’est donc pas forcément japonais, il faut penser occidental, américain peut-être. Cling ! Une petite idée commence à s’allumer mais on se résout à consulter l’indice pour y voir plus clair : « Deux solitudes qui se croisent à Tokyo. » Plus de doute, c’est bien ça : LOST IN TRANSLATION (2003) de Sofia Coppola. Une chronique nocturne en état de grâce, habitée par un duo d’acteurs épatants. Bill Murray en acteur sur le déclin venu dans la capitale japonaise pour cachetonner dans un spot publicitaire, déçu de lui-même, incapable de s’intéresser à ce qui l’entoure, infoutu de dormir à cause du décalage horaire. Dans le même hôtel, Scarlett Johansson est la toute jeune femme d’un photographe de mode qui l’oublie complètement pour se consacrer à ses shootings dérisoires… Les deux solitudes vont effectivement faire la paire, le temps d’une parenthèse enchantée.
C’est le deuxième film et la confirmation éclatante du talent de Sofia Coppola, la fille de Francis – qu’on avait d’ailleurs découverte en fille d’Al Pacino dans LE PARRAIN 3 réalisé par son père –, après le très remarqué et remarquable VIRGIN SUICIDES en 1999. On a beaucoup aimé aussi ses deux films suivants, MARIE-ANTOINETTE (2006) et SOMEWHERE (2010), un peu moins les deux d’après, THE BLING RING (2013) et LES PROIES (2017), mais c’était pas mal quand même. Si bien qu’on avait très envie de programmer son dernier opus, ON THE ROCKS (2020), d’autant plus qu’elle y retrouve Bill Murray. Mais macache ! C’est un film de plateforme, en l’occurence Apple TV+, qu’on ne pourra donc pas voir en salle. Il s’ajoute à la déjà longue liste des films de cinéma visibles sur tous les écrans sauf sur ceux des cinémas français, de ROMA d’Alfonso Cuaron à MANK de David Fincher en passant par MARRIAGE STORY de Noah Baumbach (avec Scarlett Johansson) ou LES SEPT DE CHICAGO d’Aaron Sorkin. Il faut absolument trouver une solution pour que les salles puissent programmer ces films qui sont faits pour le grand écran, c’est une évidence. Et peu importe qu’ils puissent être vus en même temps sur les plateformes, les spectateurs choisiront. L’essentiel est justement qu’ils aient le choix : les voir chez eux ou au cinéma. Et chez Utopia, on est prêt à prendre le pari qu’il y en aura beaucoup qui choisiront le cinéma. Notre cinéma.

L’extrait du jour : fragments d’un trio amoureux.

 

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Jeudi 21 janvier

Hier, fin N° 15. Sur ce coup, le faux ami, celui qui peut nous enduire d’erreur, c’est Louis Garrel et son bonnet rouge. Parce qu’il apparaît dans le film uniquement lors de ces trente dernières secondes, en invité de la fête qui va séduire le duo sur lequel doit se porter toute notre attention : Monia Chokri et … Xavier Dolan. Nous sommes dans LES AMOURS IMAGINAIRES (2010), deuxième film, tourné un an après J’AI TUÉ MA MÈRE, du prodige québecois. Le troisième larron du trio évoqué par Aurore dans son indice, c’était Nils Schneider, qui débuta en même temps que Dolan.
Pour la petite histoire, Garrel était là parce que Dolan avait prévu de lui confier le premier rôle de son film suivant, LAURENCE ANYWAYS. Finalement, c’est Melvil Poupaud qui a joué Laurence, et il est magnifique.
J’arrête là avec ce film qu’à vrai dire je n’ai pas vu et je fais un retour en arrière, sur la fin N° 3 de ce quiz, celle d’ON CONNAIT LA CHANSON. Parce que j’écris ces lignes mardi matin, parce qu’hier soir j’ai appris comme tout le monde la mort de Jean-Pierre Bacri et comme on dit, ça m’a fichu un coup. Le grand Jean-Pierre Bacri, bien plus grand que ces perroquets faiseurs de l’actualité qui se sont empressés de le momifier en « éternel râleur du cinéma français ». Comme il le dirait lui-même, ça-ça-ça m’énerve ! Pour ON CONNAIT LA CHANSON, Resnais a tourné tout spécialement un film-annonce où ses acteurs disent les paroles de célèbres chansons de variété française. À Bacri est échu un tube de Joe Dassin : « Elle m’a dit d’aller siffler là-haut sur la colline, de l’attendre avec un bouquet d’églantines. J’ai cueilli des fleurs et j’ai sifflé tant que j’ai pu, j’ai attendu, attendu, elle n’est jamais venue. Zaï zaï zaï zaï… Zaï zaï zaï zaï… » Allez revoir ce film-annonce sur internet, on le trouve facilement : la voix de Bacri, son ton, son phrasé, ses mimiques font de ces quelques secondes un moment inoubliable de drôlerie accablée. Ou d’accablement drôle, ça marche dans les deux sens. Adieu Bacri (référence directe à un de ses plus beaux rôles – pas du tout de râleur, ni de bougon, ni de ronchon – dans un très joli premier film, ADIEU GARY (2009), réalisé par Nassim Amaouche. C’était l’une des premières pages de notre gazette N°101).

Aujourd’hui, un visage de femme au père très encombrant…

 

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Vendredi 22 janvier

 

Hier, fin N° 16. C’est la magnifique actrice Sandra Hüller dans le film allemand TONI ERDMANN (2016), écrit et réalisé par Maren Ade. Un des trucs les plus étonnants que nous ait offert le cinéma au cours de ces 10 dernières années, à la fois hilarant et bouleversant, intime et universel, affectif et politique. Les retrouvailles imprévues entre une fille et son père qui n’habitent plus sur la même planète. Elle est le parfait produit de la réussite économique allemande, exilée à Bucarest où elle travaille pour un cabinet d’audit dont l’objectif essentiel est d’aider les entreprises locales à licencier vite et sans bavures. Elle mène donc une vie confortable et amorale, pleine de pognon et vide de sens. Lui est le symbole d’une génération qui s’est battue contre le modèle capitaliste et toutes ses règles, il est imprévisible, adepte des déguisements les plus improbables et des blagues du plus mauvais goût. L’irruption du père à l’improviste va mettre le feu à l’univers glacial de la fille et l’obliger enfin à se poser les questions qui comptent.
Curieusement, Maren Ade n’a réalisé aucun film depuis cet exceptionnel TONI ERDMANN (c’était son troisième long métrage, après deux opus restés confidentiels). Elle a produit ou co-produit quelques films d’autres cinéastes, dont l’excellent LES SIFFLEURS du roumain Corneliu Porumboiu, montré chez nous tout début 2020, mais rien en son nom. On s’impatiente…

Aujourd’hui, un indice en chantant : « pré-pa-rez vot’, préparez votre pâte… »

 

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Samedi 23 janvier

Hier, fin N° 17. Ah ! Ah ! Ah ! Je vous l’avais annoncé, Aurore n’a pas pu résister : PEAU D’ÂNE (1970), écrit et réalisé par Jacques Demy, d’après le conte de Charles Perrault (in LES CONTES DE LA MÈRE L’OYE). L’histoire du roi Jean Marais qui a la douleur de perdre sa très belle épouse (Catherine Deneuve rousse), laquelle avant de trépasser lui fait promettre de ne se remarier (et il va devoir le faire pour donner un héritier mâle au royaume) qu’avec une femme au moins aussi belle et aussi bien faite qu’elle-même. Le piège infernal ! Car le roi Jean Marais ne va trouver qu’une seule prétendante qui réponde à ce niveau d’exigence : sa propre fille (Catherine Deneuve blonde) ! La situation deviendrait scabreuse si la merveilleuse Delphine Seyrig alias la Fée des Lilas n’y mettait pas son grain de sel en chanson : « Mon enfant, on n’épouse jamais ses parents… » Ce n’est malheureusement pas Delphine Seyrig qu’on entend chanter dans le film, de sa voix si particulière et envoûtante : elle est doublée par Christiane Legrand, la sœur de Michel. Mais il existe une version enregistrée par la comédienne, écoutez la, vous trouverez avec moi qu’elle a beaucoup plus de charme. Catherine Deneuve, elle, chante avec la même voix que dans LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT, celle d’Anne Germain.
Le dernier Demy du quiz ? Ou faut-il s’attendre aux trente dernières secondes de LOLA, de LA BAIE DES ANGES… ? Jusqu’où ira la demymanie d’Aurore ? Les paris sont ouverts…

Aujourd’hui, une chorégraphie de légionnaire.

 

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Dimanche 24 janvier

Hier, fin N°18. Avec l’irréductible Denis Lavant qui, dans ces trente secondes, prouve une fois de plus qu’il est le plus physique, le plus organique, le plus électrique, le plus élastique des acteurs français. Dans un premier temps, c’est HOLY MOTORS (2012) de Leos Carax qui m’est venu à l’esprit : Lavant (complice de Carax depuis BOY MEETS GIRL en 1983), le mouvement, la lumière… Mais pas possible, Lavant est trop jeune à l’image. Donc on remonte dans le temps, jusqu’à 1999 et au magnifique BEAU TRAVAIL de Claire Denis. Claire Denis l’aventurière, qui reste pour moi la plus grande cinéaste française en activité.
Un peloton de la Légion Étrangère oublié, abandonné quelque part dans le golfe de Djibouti. Sous un soleil de plomb, sur une terre dont on ne voit pas le bout, au bord d’une mer tellement limpide qu’elle en devient insondable, vivent et s’activent quelques soldats d’une armée fantôme qui joue à la guerre faute de pouvoir la faire et s’occupe à réparer les routes, ce qui est déjà plus utile… Denis filme avec une sensualité extraordinaire ces corps d’homme qui bougent, s’entraînent, se touchent, se heurtent, s’empoignent, se relâchent, s’apaisent… Comme le dit l’indice d’Aurore, c’est une véritable chorégraphie qui se déploie et qui fascine.
BEAU TRAVAIL est le témoin d’une époque bénie mais révolue où les films pouvaient être diffusés à la télévision puis sortir en salle sans que les professionnels de la profession poussent des cris d’orfraie. Le film est passé sur Arte, qui l’a produit, le 17 avril 2000 en prime time, et les salles ont pu le programmer à partir du 3 mai. Ce fut également le cas à l’époque avec des titres aussi mémorables que LE PÉRIL JEUNE de Cédric Klapisch ou RESSOURCES HUMAINES de Laurent Cantet. Qui ont été de vrais succès en salle. Aujourd’hui ce n’est plus possible : les positions sur ce qu’on appelle « la chronologie des médias » se sont crispées et tout est bloqué. C’est pour ça qu’on vous disait il y a quelques jours que ce serait très compliqué de programmer le très beau PETITE FILLE de Sébastien Lifschitz, diffusé sur Arte tout récemment.

Aujourd’hui, deux paumés sur un pont de Paris.

 

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Lundi 25 janvier

On pourrait dire que le hasard fait bien les choses sauf que ce n’est pas le hasard mais la suite dans les idées d’Aurore qui a rebondi d’un rôle de Denis Lavant à un autre. Pour la fin N°18, je racontais m’être d’abord fourvoyé du côté de Leos Carax alors qu’il fallait penser à Claire Denis… En fait j’étais juste en avance d’un épisode puisque c’est la fin N° 19 qui, hier, nous mène à Carax. Et à son troisième film : LES AMANTS DU PONT NEUF (1991). Les amants – c’est justement le titre de la chanson des Rita Mitsouko qui enflamme la séquence –, on les reconnaît à peine sur cette barge qui fend les eaux de la Seine : Denis Lavant donc et Juliette Binoche, déjà au centre du film précédent de Carax, MAUVAIS SANG (1986).
LES AMANTS DU PONT NEUF, c’est le film d’amour fou qui a collé sur le dos de Carax l’étiquette de cinéaste maudit, de génie mégalo, d’enfant gâté du cinéma français. Tournage à rallonge (il a duré trois ans !), trois fois interrompu, budget dépassé dans les grandes largeurs à cause de la construction de décors insensés, à cause des accidents, à cause d’une tempête… Et à l’arrivée un poème lyrique et radical qui ne tient absolument pas ses promesses de succès public… Le réalisateur aura toutes les peines du monde à s’en remettre et il faudra attendre 8 ans avant de voir son film suivant, POLA X (pour la première fois sans Denis Lavant), pas tout à fait à la hauteur des attentes de ses admirateurs. Et encore 13 ans de patience jusqu’à son vrai grand retour avec HOLY MOTORS (entre temps, il y eut l’inénarrable MERDE, l’un des trois segments de TOKYO, co-réalisé par Michel Gondry et Bong Joon-ho). Rien depuis 2012, cette année 2021 devrait en principe voir la sortie de ANNETTE, une comédie musicale tournée en anglais avec Adam Driver, Marion Cotillard et la chanteuse Angèle, écrite et composée par Ron et Russel Mael, du groupe Sparks. Notre impatience est à la mesure du mystère qui entoure le projet…

Aujourd’hui, California Dreaming à plein volume !

 

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Mardi 26 janvier

Hier, fin N°20, où l’on retrouve Tony Leung, déjà présent dans les trente dernières secondes de HAPPY TOGETHER (fin N° 5). Face à lui, en hôtesse de l’air délurée, l’irrésistible Faye Wang. C’est CHUNGKING EXPRESS (1994), le film qui a fait découvrir Wong Kar-Wai en France, où il est sorti en mars 1995. Le cinéaste, né à Shanghai mais installé à Hong-Kong, a réalisé deux films auparavant, AS TEARS GO BY (1988) et surtout le fondateur NOS ANNÉES SAUVAGES (1990) mais ils sortiront chez nous ultérieurement.
CHUNKGKING EXPRESS a été réalisé presque par accident, comme une parenthèse de légèreté et d’enthousiasme alors que l’entreprise compliquée que fut la réalisation du film de sabre LES CENDRES DU TEMPS était à l’arrêt. Chronique amoureuse à quatre voix, instinctive et mélancolique, tournée essentiellement de nuit, en décors naturels et caméra le plus souvent à l’épaule, CHUNGKING EXPRESS dégage une spontanéité, un romantisme pop parfaitement euphorisants.
Constante du cinéma de Wong Kar-Wai, la musique tient un rôle essentiel. Et comme le souligne l’indice d’Aurore, c’est CALIFORNIA DREAMIN’, interprété par The Mamas and the Papas (créateurs du morceau en 1965) qui est le leitmotiv du film, accompagnant toutes les émotions du personnage joué par Faye Wang. Si vous cliquez sur le lien suivant (https://youtu.be/7ol9qzDsCCQ), vous pourrez voir une vidéo qui fait défiler les séquences au son de cette chanson symbole du flower power. Sauf cas de mauvaise humeur chronique et persistante, l’action galvanisante est garantie. Effet secondaire à prévoir : une envie furieuse de (re)voir le film.

Aujourd’hui, le premier film d’un duo belge.

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Mercredi 27 janvier

Hier, fin N° 21. L’ambiance est à la glace et à l’esprit loufoque (louphoque pour l’occasion ?) Nous sommes dans L’ICEBERG (2005), écrit, réalisé et interprété par un duo qui n’est belge que par sa moitié masculine, Dominique Abel. Fiona Gordon, la moitié féminine, est née en Australie et de nationalité canadienne. Et tout comme les trois mousquetaires étaient, comme chacun le sait, quatre, le duo est en fait un trio : le troisième larron scénariste, réalisateur et acteur dans un tout petit rôle s’appelle Bruno Romy et lui aussi est belge, ça en fait donc deux sur trois…
On découvrait avec L’ICEBERG un univers très particulier, drôlatique, poétique, chorégraphique, hommage assumé aux grands burlesques du cinéma muet et à l’art clownesque. L’histoire de cette manager de fast-food qui voit sa vie et sa vision des choses chamboulées par une nuit dans la chambre froide de sa gargote à malbouffe nous entraînait résolument hors des sentiers battus de la comédie.
Depuis nous avons programmé à Utopia tous les films du trio : RUMBA (2008), leur plus gros succès, LA FÉE (2011), que Fiona Gordon et Dominique Abel sont venus présenter chez nous en avant-première (délicieuse soirée), et PARIS PIEDS NUS (2017), signé des seuls Gordon et Abel, qui restera dans nos mémoires ne serait-ce que parce qu’il a offert son ultime rôle à la grande Emmanuelle Riva, disparue un peu plus d’un mois avant la sortie du film. Gordon et Abel travaillent semble-t-il sur un nouveau projet : L’ÉTOILE FILANTE.
Pour l’anecdote, Fiona Gordon apparaît au générique de MONTHY PYTHON, SACRÉ GRAAL, dans le rôle d’une « fille au château Anthrax ». Elle devait avoir 17 ou 18 ans. On ouvrira l’oeil la prochaine fois qu’on reverra le film.

Aujourd’hui, Capri, c’est fini !

 

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Jeudi 28 janvier

Hier, fin N° 22. Sur la terrasse de la villa Malaparte à Capri, sous le soleil exactement, le metteur en scène Fritz Lang met en place le travelling qui suit son héros Ulysse devant le bleu infini de la Méditerranée, mer et ciel confondus… et ce n’est pas une mince affaire (de morale, comme dirait l’autre). C’est LE MÉPRIS (1963), un des films emblématiques du début de la carrière de Jean-Luc Godard, avec À BOUT DE SOUFFLE (1960) et PIERROT LE FOU (1965). Un Godard qui à l’époque tournait plus vite que son ombre : imaginez qu’en 1963, l’année du MÉPRIS, deux autres de ses longs métrages sont sortis dans les salles : LE PETIT SOLDAT et LES CARABINIERS ! Sans compter sa participation à deux films collectifs, LES PLUS BELLES ESCROQUERIES DU MONDE et ROGOPAG…
LE MÉPRIS permet à Godard de livrer une réflexion à la fois amoureuse et pas mal désabusée sur le cinéma, à travers l’implosion d’un couple magistralement incarné par Michel Piccoli et surtout Brigitte Bardot, qui trouve là le plus beau et le plus intense rôle de sa carrière (avec, dans un style très différent, celui dans LA VÉRITÉ (1960) de Clouzot ?). Pourtant Godard imaginait au départ un tout autre couple d’acteurs : Frank Sinatra et Kim Novak ! Ça aurait donné tout autre chose, mais je dois dire qu’on a du mal à imaginer quoi. Le co-producteur italien, Carlo Ponti, proposa de son côté Marcello Mastroianni et Sophia Loren – qui accessoirement était son épouse. Mais soutenu par son producteur français Georges de Beauregard, Godard fit en fin de compte le bon choix d’associer la star Bardot (qu’il utilisera de nouveau en 1966, pour une courte apparition dans MASCULIN FÉMININ) et Piccoli, qui était loin d’être une vedette.
Le scénario est adapté du roman d’Alberto Moravia, que Godard qualifiait sans aménité aucune de « vulgaire et joli roman de gare… », ajoutant quand même que « c’est avec ce genre de roman que l’on tourne souvent de beaux films. »
Les beaux films sont d’autant plus beaux quand la musique est à la hauteur. Celle que Georges Delerue a composée pour LE MÉPRIS est sublime, notamment « le thème de Camille » – repris par Scorsese dans son CASINO – que vous pouvez retrouver en cliquant sur ce lien : https://youtu.be/nJ3yN0m5Gk0.

Aujourd’hui, la mer encore, avec un autre film mythique de la Nouvelle Vague !

 

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Vendredi 29 janvier

Hier, fin N° 23. L’un des plus beaux et des plus déchirants regards caméra que l’on puisse voir au cinéma. Qui vient au terme d’une magnifique séquence en travelling suivant la fuite du gamin Jean-Pierre Léaud jusqu’à la mer. C’est LES 400 COUPS (1959) bien sûr, premier long-métrage en forme de coup de tonnerre de François Truffaut, acte de naissance de la « Nouvelle vague » avec le À BOUT DE SOUFFLE de Jean-Luc Godard qui surgira l’année suivante.
En s’attachant aux tribulations irrévérencieuses d’Antoine Doinel, un ado qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celui qu’il fut pas si longtemps auparavant, Truffaut dit son fait au monde étriqué des adultes, sans courage et sans cœur, et prend définitivement le parti de l’enfance.
À propos des deux films de Truffaut déjà proposés dans ce quiz, on évoquait des déclarations d’amour. Ici c’est une manifestation radicale de non amour qui nous marque à jamais : se présentant le matin en cour après avoir fait l’école buissonnière la veille avec son copain René, Antoine est alpagué par son prof, le grisâtre « Petite feuille », qui lui demande quelle excuse il a bien pu inventer, et pour commencer de lui présenter l’indispensable mot de ses parents. « J’en ai pas, M’sieur. » « Ah ! Tu n’en as pas… Et tu crois que ça va se passer comme ça ? » « C’était… c’était ma mère, M’sieur . » « Eh bien quoi, ta mère ? » « Elle est morte, M’sieur ! » De quoi couper la chique à Petite Feuille… C’est à la fois irrésistiblement drôle et absolument terrible, révélateur d’une douleur et d’une rage bien ancrées chez le cinéaste.
En plus d’être la première des aventures d’Antoine Doinel, LES 400 COUPS est aussi le premier volet de ce qu’on peut appeler la trilogie de l’enfance de Truffaut : suivront L’ENFANT SAUVAGE en 1969 et L’ARGENT DE POCHE en 1976.

Aujourd’hui, la disparition d’une mère…

 

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Samedi 30 janvier

Hier, fin N° 24. Ce beau visage n’est pas forcément très connu, c’est celui de la très remarquable actrice italienne Margherita Buy dans MIA MADRE (2015) de Nanni Moretti, avec qui elle a déjà tourné dans LE CAÏMAN (2006) et HABEMUS PAPAM (2011) mais c’est la première fois qu’elle tient le premier rôle. Celui d’une réalisatrice doublement sous pression : professionnellement elle est en plein tournage d’un film politique pas commode à maîtriser, surtout lorsque débarque l’acteur américain qui est au centre du projet et qui s’avère capricieux, mythomane, à côté de la plaque (c’est l’occasion de scènes réjouissantes avec John Turturro, très marrant) ; au plan personnel, elle est très marquée par l’hospitalisation et la mort probablement prochaine de sa mère, ancienne prof de latin toujours vive et espiègle (superbe Giulia Lazzarini, qu’on voit aussi dans ces trente dernières secondes), à laquelle elle est très attachée. L’intime et le public se mêlent, entre rire et larmes, et Moretti parvient à témoigner de choses très personnelles, avec le souci constant de les rendre universelles. Après avoir plusieurs fois endossé le rôle principal de ses films, c’est comme s’il s’était trouvé cette fois un alter ego féminin pour mieux parler de lui à travers une autre. Pour sa part, il s’est réservé le personnage relativement ingrat du frère trop raisonnable et un brin sentencieux, qui ne fait que souligner l’instabilité de sa sœur.
Depuis MIA MADRE, Moretti a réalisé le très beau documentaire SANTIAGO, ITALIA (2018). Et si 2020 n’avait pas tourné en eau de boudin, on aurait pu découvrir son nouveau film de fiction, TRE PIANI, adapté d’un roman israélien – c’est la première fois que Moretti ne tourne pas un scénario original – , l’histoire de trois familles habitant à trois étages différents du même immeuble romain. Margherita Buy est une nouvelle fois de l’aventure. On espère une sortie du film en 2021…

Aujourd’hui, mourir encore, mais mourir… de rire !

 

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Dimanche 31 janvier

Hier fin N° 25, celle d’un film placé sous le signe de l’humour so british ! Mais pas le côté humour flegmatique et distingué, non plutôt le rire tonitruant et libérateur, ne dédaignant pas le mauvais esprit provocateur voire le mauvais goût le plus achevé. C’est JOYEUSES FUNÉRAILLES (2007) de Frank Oz, avec une tripotée d’acteurs peu connus mais tous à leur affaire et passablement déchaînés.
Le patriarche de la famille vient de mourir, le corbillard roule dans la campagne anglaise parée des couleurs de l’automne, vers le charmant cottage où le cercueil doit être exposé. À l’arrivée des pompes funèbres, Daniel, l’un des fils qui vivait avec son épouse dans la demeure paternelle, demande à voir une dernière fois son père pour vérifier si le thanatopracteur lui a fait la meilleure bouille possible. À peine ouverte la boîte en chêne premier choix, tombe l’exclamation insensée, impensable, redoutée de tout bon professionnel de la mort attentif à la qualité irréprochable de ses pompes et de ses œuvres : « qui est-ce ? » demande avec un flegme tout britannique le fils néanmoins surpris. « Oh my god ! », les croquemorts se sont trompés de corps. Ce couac n’est que le premier épisode de ces funérailles pas tristes qui vont prendre une tournure démente au fur et à mesure de l’arrivée des invités… Si on émet l’hypothèse que le rire n’est que meilleur lorsqu’il est interdit, JOYEUSES FUNÉRAILLES en fait une impeccable démonstration en foulant aux pieds tous les tabous liés à la mort et au cérémonial qui l’entoure.
Le film n’a laissé aucune trace dans les annales, et il est passé inaperçu dans la quasi totalité des salles. Mais chez nous à Utopia, ce fut un vrai phénomène, porté par un bouche-à-oreille rigolard : il est resté à l’affiche des mois et des mois et a totalisé 15 903 entrées, ce qui le place au 8ème rang de nos plus gros succès en 20 ans d’existence !

Aujourd’hui, la grande évasion des poules.


 

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Lundi 1er février

Hier, fin N° 26. So british again et cette fois c’est le must de l’animation anglaise : les fameux studios Aardman et leur CHICKEN RUN (2000), dirigé par Nick Park et Peter Lord. Pour être franc, le film est autant américain qu’anglais puisque réalisé aux Etats-Unis sous la houlette de Dreamwork, illustre boîte de production co-créée et encore co-dirigée à l’époque par Steven Spielberg.
On avait découvert les studios Aardman et leurs géniales créatures en pâte à modeler animées image par image (technique de la stop motion ou de l’animation en volume) à Noël 1994 avec les premières aventures de Wallace et Gromit et on était tombés immédiatement sous le charme : personnages irrésistibles, humour absurde, imagination débordante, soin maniaque apporté à l’animation et à la mise en scène… c’était absolument emballant.
Après toute une série de courts métrages très remarqués et moult fois récompensés (CREATURE COMFORTS a même remporté un Oscar en 1990), les studios Aardman passent donc pour la première fois au long métrage avec CHICKEN RUN, qui narre la prise de conscience, puis l’organisation militante, puis la grande évasion (comme le souffle Aurore) des poules surexploitées et poussées à bout par la fermière la plus détestable, de la plus avide, de la plus cynique des fermières de toute la campagne anglaise : la tyrannique Mrs Tweedy.
Le film est très réussi et porte haut l’esprit burlesque déjanté de l’équipe Aardman. Mais on sent quand même l’industrialisation qui pointe son nez. Elle sera de plus en plus présente dans les films suivants (WALALCE ET GROMIT, LE MYSTÈRE DU LAPIN GAROU, LES PIRATES !, SOURIS CITY…), nous faisant regretter la fraîcheur artisanale des débuts. Mais je fais le difficile, parce que Aardman, c’est quand même vraiment bien.

L’extrait du jour et son indice : le ciel sur Berlin.


 

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Mardi 2 février

Hier, fin N° 27. Un ange perché sur l’épaule d’un ange, au sommet de la Colonne de la Victoire, tutoyant le ciel au dessus de Berlin (c’est l’indice d’Aurore, et c’est la traduction littérale du titre original du film, DER HIMMEL ÜBER BERLIN ) : LES AILES DU DÉSIR (1987) de Wim Wenders, co-écrit avec l’écrivain et dramaturge Peter Handke. Ils sont deux anges dans le film – Cassiel (Otto Sander), celui qu’on voit ici, et Damiel (le grand Bruno Ganz), qui observent les comportements des humains, qui se mêlent à eux sans but précis sinon de voir comment ils vivent. En principe ils n’interfèrent pas avec la réalité humaine mais deux rencontres vont bouleverser le destin de l’ange le plus sensible, Damiel : un ex-ange déchu qui n’est autre que Peter Falk venu tourner dans un film sur l’époque nazie, et une trapéziste dont il va tomber éperdument amoureux.
LES AILES DU DÉSIR marque le retour de Wim Wenders en Allemagne et plus précisément à Berlin – dont la géographie est au centre du film – après une escale de 5 ans aux Etats Unis où il a réalisé deux films marquants : le très rarement montré et pourtant intéressant HAMMET (1982), produit par Coppola, film noir fantasmé tourné entièrement en studio, et le triomphal PARIS, TEXAS, Palme d’Or à Cannes en 1984.
On retrouvera Cassiel, toujours ange, et Damiel, devenu humain par amour pour sa trapéziste, dans SI LOIN, SI PROCHE en 1993. Mais cette fausse suite ne sera pas à la hauteur… De fait, LES AILES DU DÉSIR est le dernier grand film de fiction réalisé par Wenders, toutes ses tentatives suivantes s’avérant décevantes, sauf LISBONNE STORY en 1994, belle réussite en mode mineur.
Ce sont ses films documentaires qui retiendront notre attention, avant tout pour la richesse des personnalités auxquelles ils sont consacrés : en particulier les vétérans musiciens cubains de BUENA VISTAL SOCIAL CLUB (1999), la chorégraphe allemande Pina Bausch dans PINA (2011) et le photographe brésilien Sebastião Salgado dans LE SEL DE LA TERRE (2014).

Aujourd’hui, les déambulations de deux amants immortels.


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Mercredi 3 février

 

Hier, fin N° 28. Tilda Swinton et Tom Hiddleston, le teint blafard, les yeux hagards et bientôt toutes incisives dehors, fondent – en s’excusant poliment, c’est ça la classe ! – sur leurs proies qui n’auront même pas le temps d’être surprises : c’est ONLY LOFVERS LEFT ALIVE (2013), magnifique film de vampires de Jim Jarmush. De Tanger à Détroit, les errances amoureuses d’un couple millénaire, qui a parcouru le monde et vécu une multitude d’expériences extraordinaires, vivant en permanence aux confins les plus obscurs de la société. Tout comme leur amour, les relations qu’ils entretiennent avec l’humanité sont vieilles de plusieurs siècles puisqu’ils sont irrémédiablement condamnés à l’immortalité…
Un film de dandy, exaltant et envoûtant, qui a une place à part dans la petite histoire d’Utopia Bordeaux. Sorti le 19 février 2014, ONLY LOVERS… est resté à l’affiche chez nous près d’un an puisque la dernière projection a eu lieu le dimanche 25 janvier 2015. En partenariat avec nos amis de Bordeaux Rock pour l’ouverture de leur festival, nous proposions ce soir-là une séance exceptionnelle avec en première partie un concert de Jozef van Wissem, luthiste baroque compositeur de la musique originale du film. Et pour l’occasion, Jim Jarmusch nous avait fait la surprise de nous adresser un petit message vidéo que nous avons évidemment projeté au début de la soirée (vous pouvez voir la vidéo en cliquant ici). Et franchement, voir Jim Jarmush en plan rapproché, ses éternelles lunettes de soleil sur le nez, nous lancer un chaleureux « Hello, youtopia bordôô ! », nous remercier pour la programmation longue durée de son film et souhaiter au public une bonne soirée avec son ami Jozef… ça restera un souvenir inoubliable.

 

Aujourd’hui, un vidéo-clip fantastique très new-wave…


 

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Jeudi 4 février

Hier, fin N° 29. Nouvelle variation sur le thème des vampires – qui hante le cinéma depuis ses débuts : n’oublions pas que Friedrich Wilhelm Murnau a tourné NOSFERATU, l’un des chefs d’oeuvre du genre, en 1922. La jeune Susan Sarandon dans la nuit bleutée, sur la mélodie déformée du Trio pour piano et cordes N°2 de Schubert (indissociablement lié au BARRY LYNDON de Kubrick) : c’est LES PRÉDATEURS (1983) de Tony Scott.
De mon point de vue nous ne sommes pas sur les hauteurs arpentées par Jim Jarmusch dans ONLY LOVERS LEFT ALIVE. Tirant parti d’une distribution ultra classe et sexy (le couple de vampires Catherine Deneuve / David Bowie attire dans ses rets l’innocente Susan Sarandon), LES PRÉDATEURS déploie ses volutes bleues pour créer un univers vaporeux, à la fois chic et décadent, d’un érotisme de papier glacé. Superficiel donc mais assez fascinant et très agréable à regarder, il ne faut pas bouder son plaisir.
LES PRÉDATEURS est le premier long métrage de Tony Scott, le petit frère de Ridley, avec lequel il a fait ses armes dans la publicité. Mais Tony n’a pas eu la carrière de son aîné, il n’a pas réalisé DUELLISTES, ALIEN, BLADE RUNNER, ni THELMA ET LOUISE… Il a connu son plus grand succès avec son deuxième film, le médiocre TOP GUN (1986) et s’est enlisé dans le tout venant du cinéma d’action industriel, dont ressortent tout de même quelques films moins standardisés : on citera TRUE ROMANCE (1993), polar énervé sur un scénario de Tarantino, SPY GAME (2001), avec Robert Redford et Brad Pitt, ou encore DÉJÀ VU (2006), intrigant thriller jouant sur les paradoxes temporels.

Aujourd’hui, nouvel extrait : des vies à la campagne.


 

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Vendredi 5 février

Hier, fin N° 30. On reconnaît tout de suite la voix de Raymond Depardon. Pas de doute, on est dans un des films de sa trilogie PROFILS PAYSANS. Mais lequel ? Pas si évident que ça… On peut éliminer le troisième, LA VIE MODERNE (2008), qu’il a filmé en format scope (image quasiment 2,5 fois plus large que haute). Ce n’est pas le cas ici. On hésite donc entre les deux premiers, L’APPROCHE (2001) et LE QUOTIDIEN (2004)… Et il s’agit bien de ce deuxième volet : PROFILS PAYSANS : LE QUOTIDIEN, qui s’intéresse tout particulièrement à la transmission des fermes dans ces régions de moyenne montagne du Massif Central et à la manière dont les agriculteurs plus jeunes prennent la relève.
Raymond Depardon est venu présenter le film chez nous le 30 mars 2005, on se souvient d’un échange passionnant avec le public, de sa disponibilité et de sa faculté à partager le pourquoi et le comment de son travail. Et on lui laisse la parole : « Je filme des gens qui vivent dans un autre monde, et qui sont devenus une minorité. Après plusieurs années de repérages, c’est dans la moyenne montagne que j’ai trouvé les personnes les plus isolées. Ce sont elles qui nous ont le plus touchés. Elles n’apparaissent pas dans les statistiques, les organisations agricoles les ont oubliées parce qu’elles ne sont pas suffisamment représentatives.
Il faut donner la parole à des timides, à des silencieux. Il ne faut pas entendre que les bavards, les grandes gueules et ceux qui ont le bagout. Il faut aussi filmer ceux qui sont peut-être un peu moins sympathiques, plus méfiants, des personnes âgées, très âgées, qui ont une vraie personnalité, une vraie nature ou des jeunes pleins d’énergie déterminés à faire leur métier sans idéologie néo-rurale. »

Aujourd’hui, on reste à la ferme, mais avec une révolution…


 

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Samedi 6 février

Hier, fin N° 31. L’acteur qu’on voit dans ces trente dernières secondes est américain et s’appelle James Cromwell. Pour une fois, il tient ici le rôle (humain) principal mais il fait partie de ces excellents comédiens qu’on a repérés cent fois dans des seconds rôles sans arriver à retenir leur nom : on se souvient particulièrement de lui en salopard intégral dans L.A. CONFIDENTIAL (1997) de Curtis Hanson ou en Prince Philip dans THE QUEEN (2006) de Stephen Frears… Mais pour trouver le titre du film du jour, ce n’est pas lui qu’il faut regarder, c’est son petit compagnon, rose du groin à la queue : BABE, LE COCHON DEVENU BERGER (1995), film australien de Chris Noonan. Une fable familiale malicieuse comme tout, rondement menée, confondante de bienveillance mais jamais niaise, qui nous narre les aventures d’un porcelet gagné à la foire par le brave fermier Arthur Hogget et qui, pour éviter de finir en charcuterie, va prouver son utilité à la ferme en devenant imbattable dans la garde et la conduite des moutons. Son secret : leur parler gentiment plutôt que de leur aboyer dessus comme l’ont toujours fait ses concurrents canins…
Le film est signé par le quasi-inconnu Chris Noonan (il ne tournera qu’un seul autre film, MISS POTTER (2006), biopic sur la célèbre naturaliste et écrivaine principalement connue pour ses ouvrages à destination des enfants) mais c’est George Miller, le réalisateur des quatre MAD MAX, qui l’a produit et sans doute supervisé. Miller réalisera d’ailleurs lui-même une suite en 1998, BABE, LE COCHON DANS LA VILLE, nettement plus sombre et sans doute moins réussie, qui ne retrouvera pas du tout le succès du premier opus.

Aujourd’hui, un duo pour rire.


 

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Dimanche 7 février

Hier, fin N° 32. Gérard Depardieu dans la trentaine, beau et encore svelte, regarde, incrédule mais presque admiratif, Pierre Richard et sa copine tout récemment rencontrée s’arracher à leur ponton et dériver tranquillement sur les eaux d’un lac mexicain. C’est LA CHÈVRE (1981) de Francis Veber. L’archétype à la française de ce qu’il est convenu d’appeler le « buddy movie », qui se construit sur les tribulations avant tout comiques d’un duo improbable, ici le costaud et le dégingandé, le dégourdi et le nigaud, le rationnel et le rêveur, l’efficace et le maladroit congénital. Triomphe public, qui conduira tout naturellement Francis Veber – scénariste réputé dont c’est le deuxième long métrage en tant que réalisateur après le demi-échec du JOUET en 1976 – à reconduire le couple Depardieu / Richard dans deux autres aventures tout aussi populaires : LES COMPÈRES (1983) et LES FUGITIFS (1986).
Outre les qualités de fabrication des films qu’il a écrits – et souvent réalisés – dans les années 70/80 (ça s’est fâcheusement gâté par la suite), on retiendra de Francis Veber la suite qu’il a dans les idées quand il s’agit de donner un nom à ses personnages. Dans LA CHÈVRE, Pierre Richard s’appelle François Perrin. C’est également le nom qu’il portait dans LE JOUET déjà cité, ainsi qu’auparavant dans LE GRAND BLOND AVEC UNE CHAUSSURE NOIRE (1972) d’Yves Robert. Mais François Perrin ne se résume pas à Pierre Richard : c’est aussi le nom de Patrick Dewaere dans COUP DE TÊTE (1979) de Jean-Jacques Annaud, de Jean-Pierre Marielle dans CAUSE TOUJOURS… TU M’INTÉRESSES (1979) d’Edouard Molinaro, et enfin de Patrick Bruel dans LE JAGUAR (1996). Curieusement Pierre Richard changera de patronyme dans LES COMPÈRES et LES FUGITIFS, pour devenir François Pignon. Un nom qui a lui a aussi tout une histoire : elle commence en 1973 avec Jacques Brel dans L’EMMERDEUR de Molinaro. Après Pierre Richard, ce sera Jacques Villeret qui l’endossera dans LE DÎNER DE CONS (1998), puis Daniel Auteuil dans LE PLACARD (2000), Gad Elmaleh dans LA DOUBLURE (2006) et enfin, la boucle est bouclée, Patrick Timsit dans le remake inutile de L’EMMERDEUR (2008) ! Une telle permanence identitaire n’est évidemment pas un hasard, c’est comme si, au-delà des histoires divertissantes qu’il raconte, Veber voulait créer et faire évoluer un Caracactère : l’innocent un peu à côté de la plaque, étranger à tout esprit de calcul et de compétition, donc complètement démuni devant la dureté de la société, mais qui finit par emporter, sinon le pactole en tout cas la sympathie à force de gentillesse et d’intégrité morale… Pas de quoi en faire un plat, mais c’est plutôt rigolo.

Aujourd’hui, un géant à la voix qui vacille…


 

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Lundi 8 février

Hier, fin N° 33. Depardieu bis. Un peu plus tard, la cinquantaine largement entamée et beaucoup moins svelte, en chanteur de bal. Les paroles du tube de Michel Delpech donnent la réponse : J’avais une vie de dingue… QUAND J’ÉTAIS CHANTEUR (2006) de Xavier Giannoli. Un beau film mélancolique qui chronique la rencontre réparatrice entre Alain Moreau – et son orchestre ! –, crooner de soirées dans les dancings ou les casinos autour de Clermont-Ferrand, tâcheron des après-midis dansants, sans illusions mais jamais cynique, toujours ravi de la chaleur d’un public reconnaissant, et l’inattendue Marion, ses vingt-cinq ans lumineux ébranlés par quelques récentes baffes de la vie, fragilisée par une déception amoureuse et un gamin qu’elle ne sait pas par quel bout prendre. Ce ne sera pas le grand amour toujours mais une parenthèse de douceur dans un monde de brutes.
Xavier Giannoli est l’un des plus intéressants – et des plus discrets, c’est sans doute pourquoi son nom n’est pas très connu – parmi les cinéastes français en activité, abordant à chaque film des sujets très différents, avec un classicisme assumé et toujours inspiré : après QUAND J’ÉTAIS CHANTEUR, on lui doit À L’ORIGINE (2008), avec François Cluzet en constructeur d’autoroute usurpateur, MARGUERITE (2015), avec Catherine Frot en cantatrice calamiteuse mais passionnée, et L’APPARITION (2017), avec Vincent Lindon en journaliste enquêtant sur la véracité d’une manifestation divine. Trois films que nous avons programmés et ardemment défendus. Le seul de ses films sur lesquels on a fait l’impasse, c’est SUPERSTAR (2012), avec Kad Merad.
Autant vous dire qu’on attend avec grande impatience son adaptation des ILLUSIONS PERDUES de Balzac, où il retrouve Cécile de France et Depardieu entourés au milieu d’une distribution incroyable : Benjamin Voisin, Vincent Lacoste, Jeanne Balibar, André Marcon et… Xavier Dolan.

Aujourd’hui, autour d’une dame brune…


 

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Mardi 9 février

 

Hier, fin N° 34. La « longue dame brune », on la reconnaît tout de suite évidemment, et le film c’est elle, dès le titre : BARBARA, réalisé en 2017 par Mathieu Amalric, avec Jeanne Balibar, dont on entend la voix dans ces trente dernières secondes. Mais c’est bien Barbara elle-même qu’on voit à l’image, dans un de ces documents d’archives qui reviennent régulièrement au cours du film, en contrepoint à la fiction. Mathieu Amalric n’a pas du tout cherché à réaliser un biopic traditionnel sur la vie de la chanteuse, mais à construire à petites touche une évocation sensible de sa personnalité et de son art. De même que Jeanne Balibar – qui a reçu pour sa performance un César bien mérité de la meilleure actrice – réussit à incarner Barbara sans jamais essayer de l’imiter ou de la mimer. Le metteur et sa comédienne créent ainsi un univers fait de bribes et de broc, de sensations et de simili-anecdotes, de rêveries inventées mêlées d’images retrouvés.
Pour la petite histoire, Barbara s’est essayée, au début des années 1970, à être actrice dans deux films, qui n’ont pas laissé un souvenir impérissable : FRANTZ (1971), aux côtés de Jacques Brel qui passait pour la première fois à la réalisation, et L’OISEAU RARE (1973), comédie de Jean-Claude Brialy dans laquelle elle donnait la réplique à quelques pointures, dont Jacqueline Maillan et Micheline Presle.
On préfèrera retrouver Barbara au cinéma à travers ses chansons qui illuminent quelques films qu’on aime : « Dis, quand reviendras-tu ? » et « Une petite cantate » dans deux séquences de CAMILLE REDOUBLE (2012) de Noémie Lvovsky, « Septembre » sur les dernières minutes de MADEMOISELLE CHAMBON (2009) de Stéphane Brizé, ou encore « Ce matin-là » sur le générique de fin de LES CHANSONS D’AMOUR (2007) de Christophe Honoré (le seul morceau de la bande son du film qui n’est pas signé Alex Beaupin).

 

Aujourd’hui, juste un regard dans un magasin de jouet.


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Mercredi 10 février

 

Hier, fin N° 35. Cette ultime scène, échange de regard magnétique entre Cate Blanchett et Rooney Mara, seules au monde parmi la foule d’un restaurant, est aussi magnifique que le film tout entier : CAROL (2015) de Todd Haynes. À l’époque, Todd Haynes n’avait pas réalisé de film pour le cinéma depuis 8 ans et I’M NOT THERE, son évocation ébouriffante de la personnalité multiple de Bob Dylan (dont l’une des facettes était déjà incarnée par Cate Blanchett). Il avait travaillé entretemps pour la télévision, signant entre autres en 2011 une très belle MILDRED PIERCE en trois épisodes avec une Kate Winslet étincelante. Pour son retour au grand écran, il revient aussi au mélodrame féminin (et féministe), dans lignée de LOIN DU PARADIS (2002). CAROL est moins explicite, plus secret, plus distancié mais non moins émouvant si l’on sait percevoir le feu sous la glace. De fait, le récit de cette rencontre amoureuse entre Carol, grande bourgeoise qui étouffe sous le joug des conventions, et Therese, jeune vendeuse de jouets dans un grand magasin qui a encore le choix de ne pas s’enfermer dans une vie toute tracée, est tout simplement bouleversant de finesse et de beauté.
CAROL était en compétition au Festival de Cannes 2015. Ce n’est pas Cate Blanchett, dans le rôle-titre, qui a été récompensée du Prix d’interprétation féminine, c’est Rooney Mara / Therese. Tout le monde était d’accord pour dire que le prix aurait dû en toute justice être attribué conjointement aux deux sublimes comédiennes.
Le scénario du film est adapté du roman de Patricia Highsmith (Ed. Calmann-Lévy et Livre de poche), connu également sous les titres « The Price of salt » et en France « Les Eaux dérobées ». Il faut souligner, c’est loin d’être anodin, que l’écrivaine se vit refuser – c’était en 1952 – le manuscrit par son éditeur (malgré le succès de son premier roman, « L’Inconnu du Nord-Express ») qui ne croyait pas une seconde que l’histoire d’un amour lesbien pourrait intéresser les lecteurs. Les lectrices, de toute évidence, il n’en avait que faire… Patricia Highsmith dut trouver un autre éditeur et publier le roman sous le pseudonyme de Claire Morgan. Le succès fut au rendez-vous, surtout dans l’édition de poche, vendue « à près d’un million d’exemplaires » (dixit Highsmith elle-même dans la préface à la réédition de son livre).

 

Aujourd’hui : portrait de Paris en 1962.


 

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Jeudi 11 février

Hier, fin N° 36. Là, c’est quand même assez pointu et il faut bien l’indice donné par Aurore, « Portrait de Paris en 1962 », pour nous mettre sur la bonne voie… Il m’a fallu quand même regarder trois fois ces trente dernières secondes pour avoir une idée précise. Regarder et surtout écouter : ce n’est qu’à la troisième vision/écoute que j’ai reconnu la voix d’Yves Montand. Et là tout s’est éclairé : c’est LE JOLI MAI (1963), film documentaire réalisé par Chris Marker et Pierre Lhomme. Ce qui m’a égaré aussi au début, c’est le ton grave du texte, presque tragique – c’est sans doute pour ça que la voix de Montand est moins chantante que lorsqu’il galèje –, alors que je garde du film un souvenir beaucoup plus lumineux, énergique, enjoué. Mais avec une vraie gravité aussi, et c’est donc sur cette tonalité qu’il s’achève.
Mai 62. Ce printemps-là n’est pas comme les précédents, il marque le début d’une ère nouvelle:
premier mois de paix après sept ans d’une guerre qui n’ose toujours pas dire son nom, pile poil au milieu des « Trente Glorieuses ». Chris Marker et Pierre Lhomme partent caméra à l’épaule et micro en main aux quatre coins de Paris, capter des bouffées de ce printemps-là. « Le Joli Mai sera un films à ricochet ! », ils seront des « lanceurs de questions sur l’eau de Paris », curieux de voir comment elles rebondissent, ce qu’elles provoquent, si elles vont loin… Pour sûr qu’elles vont loin puisque les réponses qu’elles suscitent résonnent encore aujourd’hui !
LE JOLI MAI est le premier véritable long métrage de Chris Marker (1921 - 2012) , jusque là auteur de courts ou moyens métrages qui avaient bousculé le genre documentaire : on pense en particulier à LA JETÉE, réalisé juste avant. Il a poursuivi une riche carrière avec des films aussi essentiels que LOIN DU VIETNAM (1967), LE FOND DE L’AIR EST ROUGE (1977), sur mai 68, ou SANS SOLEIL (1983)… et il y en a plein d’autres, dont un film d’une petite heure, LA SOLITUDE DU CHANTEUR DE FOND (1974), consacré à … Yves Montand !
Pierre Lhomme (1930 - 2019) quant à lui, n’a pas réalisé d’autre long métrage que LE JOLI MAI. Il est connu et reconnu comme l’un des plus grands directeurs de la photographie du cinéma français (collaborateur de Cavalier, Rappeneau, Melville, Eustache, Ivory).

L’extrait du jour et son indice : illusions perdues sur un paquebot de croisière.


 

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Vendredi 12 février

Hier, fin N° 37. Ce collage d’images qui passent du coq à l’âne, de voix qui se chevauchent, de sons plus ou moins agressifs, puis ces lettres qui prennent possession de l’écran pour livrer leur absence de commentaire… Pas de mystère – ou plutôt que du mystère ! –, on est chez Godard dernière manière, celui qui abandonné non pas la fiction, puisque plusieurs comédiens « jouent » dans le film, mais toute idée de continuité narrative, pour composer des films-essais, des films-poèmes bruitistes qui peuvent ouvrir la porte vers d’autres dimensions aussi bien que vous laisser sur le carreau, voire vous faire passer d’un état à l’autre au gré du cheminement de la pensée en action. Ici, c’est donc FILM SOCIALISME (2010). Pas du tout spécialiste de Godard, je ne gloserai pas davantage sur le film et je relèverai seulement deux détails.
D’abord la bande-annonce proprement hallucinante qu’avait imposée le cinéaste : des images qui défilent à 200 à l’heure et qui défient toute tentative de décryptage, avant qu’on ne réalise, au terme de la minute et quatorze secondes que dure l’exercice, qu’on vient de voir le film entier en ultra-accéléré. Vertige…
Ensuite le bateau sur lequel a été tournée la première partie du film, cette croisière dont parle Aurore dans son indice. Hasard ou prémonition – avec l’helvète underground, on ne sait jamais –, Godard a filmé cette parabole d’une Europe dévoyée, réduite à n’être plus qu’une marchandise touristique pour retraités… sur le Costa Concordia ! Le paquebot ringardement de luxe qui devait faire naufrage deux ans plus tard, le 13 janvier 2012, sur le littoral sud de la Toscane. On se souvient de son piteux capitaine qui s’était lâchement carapaté dans un des premiers canots de sauvetage, se souciant comme d’une guigne de ses passagers, dont 16 n’ont pas survécu.
C’est bien connu, jamais deux détails sans un troisième : Godard avait annoncé que FILM SOCIALISME serait son dernier film. C’était bien sûr du pipeau puisqu’il a réalisé ensuite ADIEU AU LANGAGE en 2014 et en 3D, et LE LIVRE D’IMAGE en 2018 et pour une diffusion uniquement à la télé.

Aujourd’hui : un frère et une sœur à Marseille.


 

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Samedi 13 février

Hier, fin N° 38. « Un frère et une sœur à Marseille » nous souffle l’indice d’Aurore, ici encore bien utile pour situer les choses. Pas sûr que j’aurais reconnu sans son aide les dernières images de NÉNETTE ET BONI (1996) de Claire Denis. La jeune fille qui fume s’appelle Alice Houri, elle a l’âge du personnage (15 ans, 16 à la limite) et elle débute au cinéma avec ce rôle de Nénette, après avoir tourné deux ans plus tôt un téléfilm avec Claire Denis. Elle est superbe dans le film mais malheureusement on ne l’a quasiment jamais revue après, sinon dans le tout aussi marseillais LA GRAINE ET LE MULET (2007) d’Abtellatif Kechiche. Boni, le frère de Nénette, c’est Grégoire Colin, qui va devenir un des acteurs fétiches de Claire Denis.
Un frère et une sœur se retrouvent sans vraiment le vouloir et apprennent à s’aimer en même temps qu’à devenir adultes. Sur ce canevas familial et somme toute familier, Claire Denis construit un film qui déborde de liberté et d’invention, jamais convenu, jamais contraint, aussi stylisé que charnel. NÉNETTE ET BONI est le quatrième jalon d’une passionnante œuvre en construction, après CHOCOLAT (1988), S’EN FOUT LA MORT (1990) et J’AI PAS SOMMEIL (1993). Et son film suivant sera BEAU TRAVAIL (1999), déjà célébré dans ce quiz. Une quinte royale !
NÉNETTE ET BONI, c’est aussi la première collaboration entre Claire Denis et le groupe anglais Tindersticks, qui composera ensuite la musique de tous ses films, soit sous la signature du groupe, soit sous celle de son leader, Stuart Stapples, ou – pour le seul VENDREDI SOIR (2002) – sous celle de Dickon Hinchliffe, membre fondateur des Tindersticks.
À 72 ans, Claire Denis déborde de projets et on pourra voir bientôt (je ne sais pas si on peut encore utiliser ce mot pour envisager la réouverture des salles de cinéma, mais ça aide à garde le moral) son nouveau film, qu’elle a fini de tourner cet hiver : FEU, co-écrit avec Christine Angot (comme UN BEAU SOLEIL INTÉRIEUR en 2017), avec Juliette Binoche (pour la troisième fois consécutive), Vincent Lindon (pour la troisième fois non consécutive), Bulle Ogier (youpie!) et… Grégoire Colin !

Aujourd’hui : une éducation sentimentale en Suède.


 

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Dimanche 14 février

Hier, fin N° 39. Là aucune hésitation, nul besoin d’indice car c’est un des films qui ont marqué notre année 2020 : LA BEAUTÉ DES CHOSES (1995), l’ultime film de Bo Widerberg, qui aura mis 25 ans pour arriver sur les écrans français puisqu’il est n’est sorti qu’en février de l’an dernier. Et c’est le propre fils du réalisateur, Johan, qui interprète le jeune héros du film, s’avançant vers la caméra et vers l’avenir, fort de l’expérience extraordinaire qu’il aura vécue, en cette délétère année 1943, en aimant sa professeure d’anglais tout en se liant d’une curieuse amitié avec le mari de celle-ci… Nous avons ardemment défendu LA BEAUTÉ DES CHOSES en première page de notre gazette et, le bouche-à-oreille aidant, le film a connu un beau succès chez nous, interrompu par le premier confinement et la fermeture des salles. Bo Widerberg, mort d’un cancer en 1997, c’est avec Bergman l’autre grand réalisateur suédois contemporain – le troisième géant du cinéma suédois si on ajoute le pionnier Victor Sjöström, qui fit d’ailleurs l’acteur pour Bergman dans un de ses plus beaux films, LES FRAISES SAUVAGES (1957) –, dont la carrière est malheureusement restée dans l’ombre envahissante de celle du génial mais encombrant Ingmar. Widerberg se présentait lui-même, dès ses premiers pas de cinéaste, comme l’anti-Bergman. Entre deux fermetures, nous aurons eu le temps de programmer la première partie d’une rétrospective consacrée à Widerberg par le distributeur indépendant Malavida, à qui l’on doit la redécouverte du cinéaste. Six de ses films réalisés pendant la première période de sa carrière, entre 1962 et 1971. Une seconde partie, composée de ses films plus récents, était prévue pour l’été 2021. On peut encore espérer qu’elle sera maintenue…

Aujourd’hui : une oreille trouvée dans un jardin…


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Lundi 15 février

 

Hier, fin N° 40. Isabella Rossellini dans toute sa splendeur, omniprésente dans BLUE VELVET (1986) de David Lynch. À partir de la découverte par Jeffrey (Kyle Mac Lachlan) d’une oreille humaine abandonnée sur l’herbe d’une pelouse parfaitement tondue dans un quartier tranquille à pleurer d’une petite ville banale à mourir, Lynch nous entraîne dans une descente aux enfers au plus profond d’un univers de vices, de violences, de perversions sexuelles, un univers où sévissent des êtres « qu’aucune loi, aucun interdit, aucune torture n’effraient »… Dans la carrière de Lynch, BLUE VELVET fait suite à l’expérience traumatisante de DUNE (1984) film de commande qui l’a englouti sous l’énormité de son budget. Sans se laisser abattre il enchaîne donc avec le même producteur, le tycoon Dino De Laurentis, mais avec un projet totalement personnel et un budget raisonnable qui va lui permettre de garder le contrôle absolu des opérations. Il réembauche Kyle Mac Lachlan, qui restera son complice dans l’aventure TWIN PEAKS et rencontre Isabella Rossellini avec qui il va vivre une grande histoire d’amour pendant quatre ans. On peut dire ainsi que BLUE VELVET est le film des premières fois : première fois qu’il dirige LAURA DERN, qu’on retrouvera en premier rôle dans SAILOR ET LULA (2006) et INLAND EMPIRE (2006), et surtout première fois qu’il collabore avec le musicien Angelo Badalamenti, qui va prendre une place prépondérante dans l’univers lynchien, composant la musique originale de tous les films du cinéaste (sur LOST HIGHWAY (1997), il s’est partagé le travail avec Trent Reznor), les enveloppant de ses ambiances aussi voluptueuses que vertigineuses. Il n’y a qu’à regarder et écouter pour la énième fois le générique de TWIN PEAKS pour se convaincre de l’adéquation parfaite entre les mondes intérieurs de Lynch et Badalamenti: https://youtu.be/0WrUKnFSCok

 

L’extrait du jour et son indice : femme fatale.


 

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Mardi 16 février

 

Hier, fin N° 47. Au centre de l’image, c’est Glenn Ford (grand acteur américain classique, pas tout à fait reconnu à sa juste valeur). À ses côtés, une femme qu’on reconnaît immédiatement, avant même de voir son visage, au simple spectacle de sa chevelure qui tombe en cascades sur son dos : Rita Hayworth, dans GILDA (1946) bien sûr. Ce film noir de Charles Vidor (typique réalisateur de studio sans éclat particulier) représente l’apogée de la carrière de l’actrice, son rôle le plus fameux qui lui offre la scène mythique où elle chante « Put the blame on Mame » et ondule en robe-bustier moulante, atteignant le comble de l’érotisme en faisant simplement glisser le long gant noir qui habille son bras. Le film a été construit autour de celle qu’on surnommait « la déesse de l’amour » et pourtant l’apparition à l’écran de Rita/Gilda se fait attendre un bon moment. Tout le début de l’intrigue est centré sur la rencontre et la relation trouble entre deux hommes : agressé par des seconds couteaux, Johnny Farrel (Glenn Ford), beau garçon un peu voyou, est sauvé par Ballin Mudson, un patron de boîte de nuit très distingué (George McReady, qui n’a jamais accédé au rang de vedette mais qui reste inoubliable en criminel général va-t-en guerre dans LES SENTIERS DE LA GLOIRE (1957) de Kubrick) qui lui fait quasiment les yeux doux et lui offre son amitié en même temps qu’une fonction d’associé dans ses affaires. L’idée d’une relation homosexuelle entre les deux hommes est ainsi abordée de manière certes allusive mais bien réelle, audace rare pour l’époque. Mais LE personnage féminin va venir tout bouleverser, en la personne de Gilda, que Mudson « achète » littéralement et épouse au cours d’un voyage. Or l’incandescente Gilda fut autrefois la maîtresse de Farrel, et accessoirement la cause de ses malheurs… Comme vous pouvez le constater dans la toute fin du film – un peu niaise –, ça s’arrange entre eux. Le fait qu’on reconnaisse Rita Hayworth à sa seule voluptueuse chevelure met bien l’accent sur le « sacrilège » que commit Orson Welles lorsqu’il décida de confier à celle qui était alors son épouse le rôle principal de LA DAME DE SHANGHAI (1947), tout en décrétant que le personnage aurait les cheveux courts et blonds platine… Sans qu’il y ait de lien de cause à effet, le couple se sépara peu de temps après…

 

Aujourd’hui : une galerie marchande à Bruxelles.


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Mercredi 17 février

 

Hier, fin N° 42. Je ne me souvenais plus du tout que Charles Denner avait joué (un rôle secondaire certes, mais quand même…) dans ce film. Heureusement la présence de Delphine Seyrig et de la toute jeunette Lio (c’était sa deuxième apparition au cinéma) a fait tilt : c’est GOLDEN EIGHTIES (1986) de Chantal Akerman. Dans l’univers pimpant et coloré d’une galerie marchande, entre un salon de coiffure, un café, un cinéma et une boutique de confection, employés et clients ne vivent et ne s’occupent que d’amour : ils le rêvent, le disent, le chantent, le dansent. Rencontres, retrouvailles, trahisons, passions, dépits. Déclinant toutes les formes de la séduction et du sentiment amoureux, les histoires se croisent et s’entremêlent, commentées par les chœurs malicieux des shampouineuses et d’une bande de garçons désœuvrés. L’empreinte de Jacques Demy est évidente : on retrouve Delphine Seyrig, une base de comédie musicale, et ces personnages amoureux de l’amour, qui l’espèrent, le loupent, le recroisent. Peut-être… Mais Golden eighties est bien un film de Chantal Akerman ! A priori moins radical que ses œuvres des années 1970, le film séduit d’abord par son parfum de madeleine de l’époque, mais laisse au final un goût bien amer… C’est presque étonnant qu’il ait fallu attendre la fin numéro 42 pour que ce quiz propose un film de Chantal Akerman. Aurore est une admiratrice fervente de l’oeuvre de la plus grande réalisatrice qu’ait connu le cinéma belge. Après sa disparition en 2015, c’est Aurore, au prix d’un travail passionné et tenace, qui nous a permis de proposer, de juin 2016 à février 2017, un hommage au long cours à la cinéaste, en 14 films traduisant la richesse d’une œuvre libre, singulière, radicale.

 

Aujourd’hui : un film de vacances.


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Jeudi 18 février

 

Hier, fin N° 43. On reconnaît parmi ces joyeux agités Valeria Bruni-Tedeschi qui prend le talon de sa chaussure pour un micro, le trop rare (à l’écran, il se rattrape sur les planches) Jacques Bonnafé, Sabrina Seyvecou (découverte chez Jean-Claude Brisseau, cinéaste maudit jusqu’à être privé de l’annonce de sa mort par la triste cérémonie des César 2020), le grand jaune Jean-Marc Barr et Gilbert Melki, à qui le précédent a ouvert dans le film des horizons sexuels insoupçonnés… Et si les acteurs ne suffisent pas à nous faire trouver la réponse, il faut écouter les paroles de la chanson endiablée qui les fait saliver : des bulots = coquillages ; des ormeaux = coquillages ; des crevettes = crustacés ; des palourdes = coquillages ; des tourteaux = crustacés ; des saint-jacques = coquillages ; et enfin des bigorneaux = coquillages aussi. CQFD : c’est CRUSTACÉS ET COQUILLAGES (2004), réalisé par le duo Olivier Ducastel et Jacques Martineau. Une comédie impertinente et euphorique, pleine de grâce et de chansons, qui, le temps d’un séjour estival dans les calanques de Marseille, va battre, rebattre et mélanger les cartes des jeux de l’amour et du hasard, pour ouvrir tous les cœurs à la tolérance, aux joies du partage et au bonheur d’être ensemble. Autant de trucs qui font rêver par les temps qui ne courent plus du tout… Ducastel et Martineau s’étaient déjà essayés à la comédie musicale dès leur premier film, le très charmant JEANNE ET LE GARÇON FORMIDABLE (1997), avec Virgnie Ledoyen, Mathieu Demy et déjà Jacques Bonnafé. Parmi leurs films suivants, on en notera un qui n’est jamais sorti au cinéma : réalisé en 2008 dans le cadre d’une éphémère collection « La Comédie Française fait son cinéma », et donc joué par les actrices et acteurs du Français (Catherine Ferran, Pierre Louis-Calixte, Laurent Stocker, Elsa Lepoivre…), il s’agit de la première adaptation filmée de la pièce de Jean-Luc Lagarce JUSTE LA FIN DU MONDE… qui sera de nouveau portée à l’écran en 2016, de manière beaucoup plus tonitruante, par Xavier Dolan.

 

Aujourd’hui : immersion dans le trouble de l’adolescence.


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Vendredi 19 février

 

Hier, fin N° 44. Ambiance bleutée pour une Adèle Haenel de 18 ans dans NAISSANCE DES PIEUVRES (2007). Naissance d’une cinéaste, Céline Sciamma, auteure complète, qui va prendre une place prépondérante dans le cinéma français avec ce premier film et les suivants : TOMBOY (2011), BANDE DE FILLES (2014) et PORTRAIT DE LA JEUNE FILLE EN FEU (2019). Elle vient de terminer PETITE MAMAN, qui sera en compétition au prochain Festival de Berlin. Ne pas oublier son travail de scénariste pour les autres, tout particulièrement pour MA VIE DE COURGETTE (2015), magnifique film d’animation de Claude Barras. Naissance aussi d’une grande actrice : Adèle Haenel avait débuté à 12 ans dans LES DIABLES (2001) de Christophe Ruggia mais LA NAISSANCE DES PIEUVES peut être considéré comme son vrai premier rôle, son premier choix conscient qui annonce une carrière d’une richesse et d’une constance rares, couronnée très tôt par son César de la meilleure actrice en 2015 pour LES COMBATTANTS de Thomas Cailley et jalonnée par des collaborations avec quelques unes et quelques uns des cinéastes les plus passionnants de l’époque, à commencer par Céline Sciamma bien sûr, mais aussi Bertrand Bonnello (L’APOLLONIDE, 2011), Katel Quillévéré (SUZANNE, 2013), André Téchiné (L’HOMME QU’ON AIMAIT TROP, 2014), les frères Dardenne (LA FILLE INCONNUE, 2016), Pierre Salvadori (EN LIBERTÉ !, 2017) ou Robin Campillo (120 BATTEMENTS PAR MINUTE, 2017)… NAISSANCE DES PIEUVRES marquait également les débuts de deux autres jeunes actrices : Pauline Hacquart, qui tient en fait le rôle central du film, et Louise Blachère. Mais la suite a été moins heureuse – ou plutôt moins visible, car le succès est loin d’être synonyme de bonheur et d’équilibre – pour elles, qu’on n’a revues par la suite que dans des rôles secondaires ou dans des films qui sont passés un peu inaperçus. Dommage car elles sont toutes deux formidables dans le film de Céline Sciamma.

 

Aujourd’hui, l’unique Palme remportée par une femme.


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Samedi 20 février

 

Hier, fin N° 45. À vrai dire, je ne gardais pas le souvenir de cette fin sub-aquatique et il m’aurait fallu pas mal de temps et de fouinage pour trouver le titre du film concerné. Heureusement l’indice d’Aurore a coupé court à toute hésitation : « L’unique palme remportée par une femme », c’est bien sûr LA LEÇON DE PIANO (1993) de Jane Campion, lauréat de la Palme d’Or du Festival de Cannes 1993. Et de fait Jane Campion est bien la seule cinéaste à avoir remporté cette récompense en 72 éditions du Festival. Dans le même ordre d’idée, quatre réalisatrices seulement ont reçu le Grand Prix du jury, deuxième distinction dans la hiérarchie du palmarès : la hongroise Marta Meszaros a fait figure de pionnière en 1984 avec JOURNAL À MES ENFANTS, puis il a fallu attendre le siècle suivant avec trois femmes récompensées : la japonaise Naomi Kawase pour LA FORÊT DE MOGARI en 2007, l’italienne Alice Rohrwacher pour LES MERVEILLES en 2014 et enfin la franco-sénégalaise Mati Diop pour ATLANTIQUE en 2019. Il semblerait qu’il y ait une petite accélération mais question parité, le bilan cannois n’est pas brillant… Et encore faut-il préciser que Jane Campion n’a pas été la seule lauréate de la Palme 1993, elle l’a partagée avec le chinois Chen Kaige pour son ADIEU MA CONCUBINE. De là à dire que les femmes n’auront glané qu’une demi-palme en 72 festivals de Cannes… En tout cas, ça nous fait rebondir sur les Palmes d’or ex-aequo. Il n’y en a pas eu des wagons, mais le cas n’a pas été non plus exceptionnel. On compte ainsi 9 festivals qui se sont terminés par un partage de la récompense suprême. Pour ceux que ça amuse, voici la liste : 1952 : OTHELLO d’Orson Welles (USA) et DEUX SOUS D’ESPOIR de Renato Castellani (Italie) ; 1961 : UNE AUSSI LONGUE ABSENCE d’Henri Colpi (France) et VIRIDIANA de Luis Bunuel (Espagne) ; 1966 : UN HOMME ET UNE FEMME de Claude Lelouch (France) et CES MESSIEURS DAMES de Pietro Germi (Italie) ; 1972, coup double italien : LA CLASSE OUVRIÈRE VA AU PARADIS d’Elio Petri et L’AFFAIRE MATTEI de Francesco Rosi ; 1973 : LA MÉPRISE d’Alan Bridges (GB) et L’ÉPOUVANTAIL de Jerry Schatzberg (USA) ; 1979 : APOCALYPSE NOW de Francis Ford Coppola (USA) et LE TAMBOUR de Volker Schlöndorff (RFA) ; rebelote en 1980 : KAGEMUSHA d’Akira Kurosawa (Japon) et QUE LE SPECTACLE COMMENCE de Bob Fosse (USA) ; 1982 : MISSING de Costa Gavras (USA) et YOL de Yilmaz Guney (Turquie) ; 1997 : LE GOÛT DE LA CERISE d’Abbas Kiarostami (Iran) et L’ANGUILLE de Shohei Imamura (Japon). Les grands Kiarostami et Imamura resteront dans l’histoire comme les derniers co-palmés de Cannes puisqu’au début des années 2000 (j’ai été incapable de retrouver la date précise), le Festival a décidé de spécifier dans son règlement que l’ex-aequo n’est possible que pour un seul prix du palmarès et en aucun cas pour la Palme d’Or.

 

Aujourd’hui : une autre Palme sur la perte d’un fils.


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Dimanche 21 février

 

Hier, fin N° 46. Encore une Palme d’or donc. Celle du Festival de Cannes 2001 : LA CHAMBRE DU FILS de Nanni Moretti. On voit en plan d’ensemble Nanni Moretti, Laura Morante et Jasmine Trinca marcher, ensemble mais séparés, chacun comme perdu dans ses pensées, sur une plage de Menton, au son de la très belle mélodie de « By this river », chanson de Brian Eno. Épilogue apaisé mais encore douloureux d’un film bouleversant qui raconte, avec une retenue et une intelligence magnifiques, la perte d’un fils, la manière dont elle dynamite l’équilibre d’une famille unie, la fragilité mais finalement la force des liens qui unissent un père, une mère, une fille qui doivent continuer à vivre. Entre Nanni Moretti et le Festival de Cannes, c’est une longue histoire qui a démarré dès ECCE BOMBO, le deuxième long métrage du cinéaste italien, en compétition dans l’édition 1978. Après un entr’acte d’une quinzaine d’années – qui verront les films de Moretti sélectionnés dans d’autres festivals internationaux, notamment LA MESSE EST FINIE couronné d’un Ours d’argent à Berlin 1986) –, Moretti fait son retour dans la sélection officielle cannoise en 1994 avec JOURNAL INTIME, avec lequel il décroche le Prix de la mise en scène. Tous ses films suivants seront présentés en compétition : APRILE en 1997, LA CHAMBRE DU FILS donc en 2001, LE CAÏMAN en 2006, HABEMUS PAPAM en 2011 et MIA MADRE en 2015. Et le film qu’il a achevé l’an dernier, TRE PIANI, sera sans aucun doute présent au Festival de Cannes 2021… s’il a lieu. Par contre, aucune récompense depuis la Palme d’or de LA CHAMBRE DU FILS. Même pas un Prix d’interprétation masculine pour Michel Piccoli dans HABEMUS PAPAM et là, pour le coup, on se demande encore comment le jury a pu lui préférer Jean Dujardin dans THE ARTIST…

 

Aujourd’hui : grosse parodie de western…


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Lundi 22 février

 

Hier, fin N° 47. Qu’est ce que c’est que ce film ? Avec un Kirk Douglas en pantin aussi désarticulé que bondissant, une Ann Margret qui se contente d’en sourire d’un air gourmand et un Arnold Schwarzenegger encore débutant en cow-boy benêt et forcément baraqué… Je ne l’ai jamais vu mais ce ne fut pas trop compliqué de trouver le titre : Douglas et Schwarzenegger n’ont tourné qu’une seule fois ensemble, dans cette pochade intitulée en français CACTUS JACK, THE VILLAIN en version originale, réalisée en 1979 par Hal Needham et apparemment sortie sur les écrans français en juillet 1980. Comme le laissent deviner les trente secondes finales, il s’agit d’une parodie de western délirante et résolument cartoonesque, inspirée en particulier des courts métrages animés de Chuck Jones mettant en scène l’oiseau Bip-Bip et Vil Coyote qui lui court après sans jamais pouvoir l’attraper et se ratatine systématiquement à la fin de chaque poursuite. On se demande bien où Aurore a pu dénicher cette rareté nanardesque, eh bien c’est chez YOYO VIDÉO, le dernier vidéo-club de Bordeaux, situé dans le quartier du Grand Parc, 4 rue des Frères Portmann, centre commercial Counord. YOYO VIDÉO c’est la caverne d’Ali Baba, plus de 20 000 références en DVD ou Blu-ray, et contrairement au plate-formes de streaming, ce n’est pas un algorithme qui vous accueille et vous conseille, c’est un passionné de cinéma en chair, en os et en chaleur humaine. En ces temps de fermeture des salles, YOYO VIDÉO, c’est l’ultime bastion de la cinéphilie bordelaise, qu’on se le dise ! Pour en revenir à CACTUS JACK, son réalisateur Hal Needham (1931-2013) a mené une fructueuse carrière de cascadeur débutée dans les années cinquante avant de passer à la réalisation à la fin des années soixante dix en tant que « yes man » de Burt Reynolds, méga-vedette à l’époque. Ils ont tourné ensemble une bonne demi-douzaine de films purement commerciaux à base de comédie bas de plafond, de baston, de grosses bagnoles et de pin-up, dont les plus connus sont les trois premiers : COURS APRÈS MOI SHÉRIF (1977), LA FUREUR DU DANGER (1978) et TU FAIS PAS LE POIDS SHÉRIF (1980). On ne sait pas pourquoi ni comment CACTUS JACK s’est glissé en douce au deux-tiers de la trilogie…

 

Aujourd’hui : énorme partie de rires…


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Mardi 23 février

 

Hier, fin N° 48. Rien qu’à voir ces trente dernières secondes, on rigole des souvenirs qu’on garde des quatre vingt dix huit minutes qui les précèdent. C’est le génial Peter Sellers dans THE PARTY (1968) de Blake Edwards. Sellers dans le rôle d’un acteur indien répondant au nom de Hrundi V. Bakshi qui, après s’être fait virer pour avoir semé une panique indescriptible sur le tournage d’un film sur la vaillante armée britannique en Inde, se retrouve invité par erreur à un pince-fesses organisé par le producteur du film en question. Il va faire subir à la soirée mondaine le même sort qu’au plateau de tournage : le dynamitage, la destruction par les maladresses et les gaffes en cascade. THE PARTY, c’est l’apogée de la veine purement burlesque de Blake Edwards (1922-2010), un des maîtres de la comédie américaine post-classique, celle des années 60, 70 et 80. Une veine étroitement liée à la personnalité hors-normes de Peter Sellers, avec qui Blake Edwards a créé la saga de l’inspecteur Clouseau et des PANTHÈRE ROSE : six films entre 1963 et 1978 (même s’il faudrait oublier celui réalisé justement en 1978, LA MALÉDICTION DE LA PANTHÈRE ROSE, l’épisode de trop : on décidera donc unilatéralement que la série s’arrête en 1976 avec le désopilant QUAND LA PANTHÈRE ROSE S’EMMÊLE). Blake Edwards a réalisé parallèlement des comédies moins centrées sur le gag, plus écrites, développant des personnages plus fouillés et des situations plus complexes. Parmi ses plus grandes réussites, on n’en citera que deux : DIAMANTS SUR CANAPÉ (1961), avec Audrey Hepburn, et bien sûr le merveilleux VICTOR, VICTORIA (1982), avec son épouse et complice artistique Julie Andrews. Pour l’anecdote, on rappellera enfin qu’Edwards a tourné en 1983 un remake du film de François Truffaut L’HOMME QUI AIMAIT LES FEMMES (1977), titré en français L’HOMME À FEMMES. Avec Burt Reynolds, dont on parlait hier, dans le rôle que jouait Charles Denner. Ce n’était pas une bonne idée.

 

Aujourd’hui : dans une pension de famille en bord de mer.


 

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Mercredi 24 février

Hier, fin N° 49. Le lien avec le film précédent se fait tout naturellement, par le biais du comique burlesque et de la guimbarde pétaradante. Où l’on a le plaisir et l’honneur de faire la connaissance de Hulot, prénom Monsieur, qui pour l’heure part en vacances. Vous avez ainsi dans le désordre le titre de ce film que Jacques Tati a réalisé en 1953, quatre ans après JOUR DE FÊTE. Dédaignant la foule affairée qui s’entasse dans les cars et les trains, Hulot a sorti sa vieille décapotable et s’est lancé hardiment sur la route… semant la panique, suscitant injures et quolibets sur son passage. Mais lui, imperturbable, trace son chemin à travers la tempête. L’hôtel où il prend ses quartiers d’été ressemble à tous les hôtels de la plage du monde. Devant la mer, il y a les baigneurs et les pâtés de sable. Aux mêmes heures, on retrouve autour des mêmes tables les mêmes têtes : la blonde Martine qui fait des ravages parmi les estivants esseulés ; l’homme d’affaire incapable de se séparer de son téléphone pas encore portable ; l’intellectuel aux discours toujours prêts ; le commandant raide comme la justice ; l’Anglaise et son tricot ; le grand garçon et sa maman… L’arrivée de Monsieur Hulot bouleverse la vie de ce petit monde : il provoque les catastrophes comme il respire, ses meilleures intentions dégénèrent en désastres que seul son optimisme flegmatique lui permet de supporter allègrement… C’est donc avec ce film que le génial Tati invente et incarne à l’écran le personnage de Monsieur Hulot, que l’on retrouvera dans ses trois longs métrages suivants : MON ONCLE (1958), PLAYTIME (1967) et TRAFIC (1971). La filmographie se résume en effet à cinq titres, à cause de son perfectionnisme bien sûr, mais aussi à cause du désastre financier qu’a constitué PLAYTIME, son grand œuvre, l’apogée de son art visionnaire, dont l’échec le laissa ruiné, épuisé, désabusé. Après TRAFIC, tourné à l’économie et qui ne pouvait en aucun cas compenser le cataclysme PAYTIME, Tati réalisa en 1974 PARADE, documentaire en forme de spectacle d’adieu dans lequel on le voit jouer plusieurs sketches au sein de la troupe d’une sorte de cirque, dont les spectateurs les plus émerveillés sont des enfants. Puis plus rien jusqu’à sa mort en 1982. Plus rien, ce n’est pas tout à fait vrai puisque Sylvain Chomet nous a offert en 2010 une merveille de film d’animation, L’ILLUSIONNISTE, d’après un scénario écrit mais jamais tourné par Jacques Tati, conservé dans ses archives sous le titre « Film Tati n° 4 ».

Aujourd’hui : Gaspard en vacances à Dinard.


 

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Jeudi 25 février

Hier, fin N° 50. On associe tout de suite Amanda Langlet, la comédienne à l’écran, aux films d’Eric Rohmer. Elle a débuté au cinéma avec lui en 1983 dans PAULINE À LA PLAGE, elle avait 16 ans. Ici elle en a 13 de plus, nous sommes en 1996 dans CONTE D’ÉTÉ. Elle tournera un troisième film avec Rohmer en 2003 : le peu connu TRIPLE AGENT. Le Gaspard en vacances à Dinard, on l’aperçoit, en regardant attentivement, parmi les passagers du bateau de Emeraude Lines : c’est Melvil Poupaud. CONTE D’ÉTÉ est le troisième des « Contes des quatre saisons », réalisés par Rohmer dans les années 90, assez curieusement dans le désordre : CONTE DE PRINTEMPS en 1990, CONTE D’HIVER (pour moi le plus beau) en 1991, CONTE D’ÉTÉ donc en 1996 et CONTE D’AUTOMNE en 1998. Rohmer est un habitué de ces cycles de films qui peuvent évidemment se voir séparément mais qui sont autant de variations autour des mêmes thèmes et qui finissent par constituer un tout. Il a commencé dès le début de sa carrière, dans les années 60, avec les « Six contes moraux » : deux longs courts métrages d’abord, LA BOULANGÈRE DE MONCEAU (1962) et LA CARRIÈRE DE SUZANNE (1963) puis LA COLLECTIONNEUSE (1966) qui en fait était le quatrième conte, réalisé avant le troisième, le très célèbre MA NUIT CHEZ MAUD (1968), et ensuite LE GENOU DE CLAIRE (1970) pour finir par L’AMOUR L’APRÈS-MIDI (1972). Quant aux années 80, elles furent celles des « Comédies et Proverbes », six films qui s’amusent à illustrer un proverbe ou une citation empruntée à la littérature classique ou au bon sens populaire : LA FEMME DE L’AVIATEUR (1981), LE BEAU MARIAGE (1982), PAULINE À LA PLAGE déjà cité, LE RAYON VERT (1986), LES NUITS DE LA PLEINE LUNE (1984), inoubliablement lié à la découverte de l’étoile filante Pascale Ogier et enfin L’AMIE DE MON AMIE (1987).

Aujourd’hui : retour au coeur de l’enfer.


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Vendredi 26 février

 

Hier, fin N° 51. Saisissante. Tout comme l’est la séquence d’ouverture du film, qui montre la jungle s’enflammer sous les bombes au napalm, au son de « The End » des Doors. C’est APOCALYPSE NOW (1979) de Francis Ford Coppola. Qui restera comme l’un des deux chefs d’oeuvre inspirés au cinéma de fiction américain par la guerre du Vietnam, l’autre étant bien évidemment VOYAGE AU BOUT DE L’ENFER (THE DEER HUNTER), réalisé l’année précédente par Michael Cimino. « En 1976, Coppola, réputation au zénith et compte en banque fourni – il a triomphé avec les deux premiers PARRAIN et obtenu une première Palme d’Or à Cannes avec THE CONVERSATION (1974) –, décide d’adapter le roman de Joseph Conrad Au coeur des ténèbres, en le transposant du Congo de 1901 au Vietnam de 1970… Dès l’origine, APOCALYPSE NOW s’est placé sous le signe de la démesure. Du scénario au tournage, dont les chiffres donnent le tournis, tout est dans l’emphase. Coppola est impérial au milieu de l’effervescence. Il croit que le monde est à lui alors que tout prouve le contraire. Le tournage a lieu aux Philippines, dont l’armée utilise le même matériel que celle des Etats Unis. Un jour, les hélicoptères désertent pour s’en aller mitrailler la guérilla anti-gouvernementale réfugiée dans la jungle ! Une autre fois, un typhon détruit les décors… De 12 millions de dollars, le budget passe à 30. La production devient un enfer dont les gazettes se régalent : Brando changé physiquement (il est devenu gros) et qui ne connaît pas son texte, Harvey Keitel renvoyé dans ses foyers et remplacé par Martin Sheen, lequel fête son arrivée par un infarctus au milieu d’une scène. Le tournage traîne, s’embourbe. « Apocalypse when ? », titrent les journaux. Après un an de jungle et des kilomètres de pellicule, le retour à Los Angeles est douloureux. Le prince est devenu mendiant. Le montage coûtera une fortune : la première version durait 6 heures ! « Apocalypse now n’était pas un film sur le Vietnam, c’était le Vietnam », déclarera Coppola. « Comme l’armée américaine, nous étions arrogants, nous avions trop de monde, trop de matériel, trop d’argent et, peu à peu, nous sommes devenus fous ». (Thierry Frémeaux, L’Express) APOCALYPSE NOW a remporté un énorme succès dans sa version initiale qui durait 2h33. Coppola était néanmoins frustré de ce premier montage qui avait sacrifié trop de matériel et proposa donc une version intégrale en 2001 sous le titre APOCALYPSE NOW REDUX, d’une durée de 3h23. Mais considérant que la version REDUX était trop longue, il mit au point en 2019 APOCALYPSE NOW FINAL CUT, ramené à 3h02, qui constitue pour lui « la version parfaite ». Jusqu’à la prochaine ? Aucun problème, on ne s’en lasse pas.

 

Aujourd’hui : ¡ No pasaran !


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Samedi 27 février

 

Hier, fin N° 52. Recueillement et émotion n’empêchent nullement le poing levé. Nous sommes devant l’un des films les plus emblématiques du cinéma de Ken Loach : LAND AND FREEDOM (1995). Pour la première fois, Loach quitte la Grande Bretagne – il venait de tourner trois de ses plus beaux films sur les Anglais d’en bas : RIFF-RAFF (1991), RAINING STONES (1993) et LADYBIRD (1994) – pour planter sa caméra dans l’Espagne de la Guerre civile. Il n’abandonne par pour autant les prolos qu’il a toujours filmés avec une tendresse et une attention uniques puisqu’il nous entraîne sur les pas de David, jeune, chômeur, idéaliste et généreux, qui décide de quitter Liverpool pour se joindre aux brigades internationales qui luttent en Espagne contre Franco et ses sbires. Sur le front, en Aragon, il va se battre aux côtés de Bernard (c’est Frédéric Pierrot, qui à l’époque ne devait même pas imaginer qu’il pourrait devenir célèbre grâce à un rôle de psy dans une série d’Arte…), Lawrence, Coogan et Bianca. Ils sont allemands, américains, français… venus des quatre coins du monde. Portés par l’Espoir, comme aurait dit Malraux, mais bientôt confrontés aux inévitables désillusions que charrient tous les combats, aussi beaux et grands soient-ils… Certains ont reproché à LAND AND FREEDOM de ne pas assez montrer les enjeux de lutte anti-franquiste et la complexité des stratégies politiques qui s’y côtoyaient, voire s’y affrontaient. Mais Loach ne cherche pas à faire œuvre d’historien ; comme dans tous ses films, il s’intéresse à des femmes et des hommes ordinaires qui font face, il filme un groupe humain dans toute sa richesse, dans ce qui le construit comme dans ce qui le détruit, il fait exister avec une vérité sidérante des caractères formidablement attachants. Le public français en tout cas (en particulier celui des salles Utopia – c’était avant Bordeaux) n’a pas fait la fine bouche et a fait un triomphe à ce film exaltant. LAND AND FREEDOM était en compétition au Festival de Cannes 1995 mais est reparti bredouille. Ce n’est qu’un nuage dans le ciel radieusement bleu des relations entre Ken Loach et Cannes puisque le cinéaste anglais fait partie du club très fermé des réalisateurs qui ont remporté deux Palmes d’Or : en 2006 pour LE VENT SE LÈVE et en 2016 pour MOI, DANIEL BLAKE. Il a par ailleurs glané trois Prix du Jury : en 1990 pour HIDDEN AGENDA, en 1993 pour RAINING STONES et en 2012 pour LA PART DES ANGES. Je ne sais pas si un autre réalisateur a fait mieux, on aura peut-être l’occasion d’y revenir…

 

Aujourd’hui : quinze années de luttes à travers le monde.


 

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Dimanche 28 février

 

Hier, fin N° 53. La force conjuguée des images et du commentaire ironique en voix off fait que ces trente dernières secondes vous marquent durablement. Ce sont celles de LE FOND DE L’AIR EST ROUGE (1977), très remarquable film documentaire réalisé et monté par Chris Marker, qui retrace en deux parties, « Les Mains fragiles » et « Les Mains coupées » l’émergence de la nouvelle gauche dans les années soixante et soixante-dix à travers une série d’événements historiques. De la guerre du Vietnam à la mort du Che, de Mai 68 au Printemps de Prague, du Watergate au coup d’Etat du Chili, le cinéaste dépeint les luttes idéologiques, les mouvements de protestation et de répression, les espoirs et les échecs d’une génération politique. Surtout, il critique de manière acide les Pouvoirs et écrit la synthèse désenchantée de nombreuses années de militantisme, sans prétendre aucunement à l’exhaustivité et revendiquant à chaque minute la subjectivité de son essai. Contrairement au JOLI MAI (fin N° 36 de ce quiz), dont les prises de vue avaient été réalisées spécialement pour l’occasion, LE FOND DE L’AIR EST ROUGE est entièrement composé d’images d’archives (« Du bon usage des épluchures » disait avec humour Marker). Le déroulant avant le générique de fin le souligne d’ailleurs clairement : « Les véritables auteurs de ce film, bien que pour la plupart ils n’aient pas été consultés sur l’usage fait ici de leurs documents, sont les innombrables cameramen, preneurs de son, témoins et militants dont le travail s’oppose sans cesse à celui des Pouvoirs, qui nous voudraient sans mémoire. » L’art de Chris Marker, maître inégalé du montage, est de faire naître les correspondances et les contrepoints, les transitions logiques et les virages à angle droit, d’utiliser des motifs qui font lien. La scène de générique de début, extraordinaire, met ainsi en parallèle, en une symphonie de la résistance, des images de luttes, de violence, de poings qui se lèvent, et des extraits du CUIRASSÉ POTEMKINE (1926) d’Eisenstein. Plus tard, plusieurs minutes terribles sur la guerre au Vietnam seront immédiatement suivies par les paroles d’un syndicaliste de Besançon évoquant la naissance de sa conscience politique lors de la guerre d’Indochine. Et voilà que les combats de libération dans la jungle asiatique trouvent leur lien avec ceux des usines franc-comtoises qui développeront des initiatives autogestionnaires…

 

Aujourd’hui, tout autre chose : un conte de fée, cruel et sordide.