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LES HERBES SÈCHES

Nuri Bilge CEYLAN - Turquie 2023 3h18mn VOSTF - avec Deniz Celiloglu, Merve Dizdar, Musab Ekici, Ece Bagci... Scénario de Ebru Ceylan, Akin Aksu et Nuri Bilge Ceylan. Festival de Cannes 2023 : Prix d’interprétation féminine pour Merve Dizdar.

(ATTENTION ! Cette page est une archive !)

LES HERBES SÈCHESC’est un écran presque entièrement blanc qui ouvre le film et nous plonge dans un paysage recouvert de neige, au cœur de l’hiver d’Anatolie orientale. Au centre du plan s’avance Samet, sac de voyage sur le dos, de retour pour une nouvelle année d’enseignement dans le collège d’un petit bourg reculé. Autour de ce professeur venu de la ville et par le récit de ses relations avec son collègue natif du coin Kenan et de leur troublante amie commune Nuray (magnifique personnage féminin, pas si fréquent dans les films de Ceylan), va se déployer – tel un grand roman dostoïevskien, un peu plus de trois heures durant – un film d’une densité absolument prodigieuse. De Uzak à Winter sleep, l’œuvre de Nuri Bilge Ceylan forme à bien des égards une longue suite par ses motifs, par ses interrogations et dans ses procédés. Ceylan est sans conteste un, sinon, le plus grand cinéaste de l’exploration des incertitudes morales, des ambiguïtés fondamentales de l’être. Avec Les Herbes sèches, il repousse encore un peu les limites d’une expérience qui semblait déjà atteindre des sommets dans son précédent film, Le Poirier sauvage.
C’est que Samet, Kenan et Nuray sont des personnages d’une richesse que l’on n’épuisera jamais. En apprenant à les connaître, nous n’allons cesser de changer d’avis sur eux à mesure que le film avance et que l’on perçoit tantôt leur bonté et tantôt leurs fêlures. Jamais Ceylan ne nous pousse à les aimer ou à les condamner : il nous les donne dans leur plus inéluctable entièreté. Si bien qu’à chaque fois que l’on croit saisir le chemin que le film emprunte, notre perception est immédiatement dépassée par un axe, pourtant sous nos yeux, que nous avions complètement sous-estimé. Cet art du contrepoint, que Ceylan manie comme personne, est la clef d’une œuvre magistrale, capable de bouleverser nos convictions les plus intimes et de provoquer en nous le vertige d’avoir été mené au bord du gouffre de complexité qu’est l’humanité.

Samet n’est pas à sa place et aborde la rentrée avec l’espoir de pouvoir obtenir sa mutation à Istanbul à la fin de l’année. Voilà quatre ans qu’il sert dans cette province éloignée où il a appris à tisser des relations avec les habitants du cru. Son retour donne lieu à un tour d’horizon des personnalités locales, de son ami commissaire très frontal à celui qu’il aimerait soulager d’incessants problèmes d’argent. Et puis il y a son collègue Kenan, avec qui il partage le logement de fonction, investi dans la vie locale, convoitant le poste de proviseur qui lui a récemment échappé de peu. Samet a pour lui du respect, plus que pour certains autres confrères dont il souffre d’entendre les mesquineries en salle des professeurs. Alors Samet s’est installé un petit bureau de fortune dans un local technique exigu du collège. C’est le début de l’année et on ne sait pas si Samet a du mal à s’y mettre ou s’il n’est déjà plus vraiment là. Si bien que lorsqu’il rencontre Nuray, une universitaire militante qui a perdu une jambe dans un attentat, il écarte intérieurement la possibilité d’une relation amoureuse et la présente à Kenan. Le trio est formé et le détachement, souvent amer, de Samet va se rompre à l’occasion d’un tout petit phénomène. Un jour, le proviseur et son adjointe débarquent dans sa classe pour fouiller les affaires des élèves avec l’intention de faire respecter le règlement intérieur. L’adjointe trouve une lettre dans le sac de la jeune Sevim, une gamine vive et maligne que Samet apprécie. L’adjointe la lit discrètement et, gênée, n’en dit rien. Samet la récupère : c’est une lettre d’amour écrite par une fille de onze ans et elle va littéralement bouleverser sa vie…

Tel est le point de départ d’un récit-fleuve qui réserve de nombreux méandres au cœur de l’intériorité des personnages. Désormais, chaque relation initiée devient décisive, que ce soit au cours de longues discussions ou dans la contemplation de la nature. Impossible alors d’oublier la logorrhée de Samet, la combativité de Nuray, les silences de Kenan ou le regard de Sevim. À l’image de cette neige qui recouvre tout, les certitudes abritent des affects et des contradictions que le temps finira par révéler. Nul n’en sort amoindri : chacun possède sa propre et irréductible vérité, si âpre et difficile soit-elle à entendre. Chez Nuri Bilge Ceylan, la beauté ne va pas de soi. Elle ne point que lorsqu’elle ne ment pas.