Communiqué de presse des réalisateur et producteur de Marga et des salles Utopia

Acajou films : Ludi Boeken et Pascal Judelewicz - Utopia : Anne-Marie Faucon et Michel Malacarnet

Le film Marga réalisé par Ludi Boeken et produit en France par Pascal Judelewicz et Ludi Boeken sort en salles le 16 Juin, il est programmé, parmi d’autres salles, dans le circuit Utopia. Ce film raconte l’histoire de Justes allemands , de paysans qui au péril de leurs vies ont sauvés une famille juive en Allemagne pendant la guerre. Une histoire vraie, de gens qui ont dit non à l’horreur. A l’annonce de la décision par le circuit Utopia de déprogrammer le film À 5 heures de Paris, financé en partie par de l’argent public israélien, afin de protester contre les récents événements de Gaza, nous avons été extrêmement choqués et nous avons écrits à Utopia afin de retirer notre film de leurs salles. Un simple acte de solidarité.

Dans ce courrier nous leur faisions savoir que nous considérons comme eux les événements de Gaza comme intolérables, mais que la prise en otages des artistes israéliens étaient une erreur et une injustice. L’argent de l'état israélien, fédéré par l’Israeli Film Fund, aide à la production de films qui ne représentent en rien le gouvernement israélien. En effet, hors des films apolitiques, ce fond a aidé à la production des principaux films israéliens de contestation de ces dernières années et notamment Ajami, Valse avec Bachir, Lebanon, etc.

La droite et l'extrême droite israélienne ne font qu’attaquer ce fond afin de réduire au silence les cinéastes qui , en partie grâce à ce fond, luttent contre la politique gouvernementale actuelle en Israël. Boycotter les artistes ne sert à rien, s’engouffrer dans cette voie ne sert que les intérêts des censeurs. De tous temps les artistes ont utilisé l’argent de l’état pour le critiquer. Métaphoriquement ou directement selon les régimes sous lesquels ils vivent, les artistes sont très souvent des combattants de la liberté.

En écrivant ce courrier nous savions que rien de cela n’est étranger aux personnes qui dirigent et animent le circuit Utopia qui défend avec ardeur les cinéastes du monde entier en faisant un travail de programmation passionné et passionnant. Mais alors pourquoi cette décision incompréhensible ? Nous nous sommes donc parlé. Chacun a exposé ses arguments ; et nous avons décidé de continuer à travailler avec eux. Les raisons de cette décision sont expliquées par les responsables d’Utopia ci- après.

Oui nous avons parlé, et ce fut enrichissant, et constructif. Nous avons toujours largement programmé dans nos salles, comme nous programmons toutes sortes de films du monde entier, des films israéliens formidables et tous les films que citent Pascal Judelewicz et Ludi Boeken sont restés longuement à l'affiche à Utopia, accompagnés de débats, de rencontres. De même nous avons programmé plusieurs films réalisés par des Israéliens n'ayant pas bénéficié des mêmes fonds officiels, souvent par le choix de leur réalisateur. Avec le même enthousiasme nous avons choisi de programmer le très beau Marga, qui aborde un aspect peu connu de la résistance au nazisme : on a souvent évoqué le rôle des Français, mais peu savent que des Allemands, dans des conditions particulièrement périlleuses, ont permis à des Juifs de survivre.

La déprogrammation du film A cinq heures de Paris s'est faite dans un contexte très précis, au dernier moment du bouclage de la gazette d'Utopia, alors qu'on apprenait l'attaque violente de l'armée israélienne contre les navires affrétés par des organisations pacifistes, dont le Rachel Corrie. Devant le peu de prise en considération des injonctions de l'ONU et autres organismes internationaux de la part du gouvernement israélien (notamment en ce qui concerne le blocus de Gaza), il nous a semblé,citoyens de base, animateurs d'un cinéma, que le seul moyen pacifiste et visible qui était à notre portée pour attirer l'attention et dire notre désapprobation était la déprogrammation d'un film, là par hasard, produit avec l'aide de l'organe de production officiel d'Israël. Ce que le réalisateur de Marga nous a appris, c'est que la droite et l'extrême droite israélienne s'attaquent à ce fond et contestent la trop grande liberté d'expression des réalisateurs. Il est probable que la connaissance de cet état de fait aurait pu influer sur notre décision...

Néanmoins nous ne regrettons pas cette déprogrammation dans la mesure où, pour la première fois, le message est largement passé et nous ne cessons de recevoir des messages de soutien qui manifestent un désir pacifiste et fort de voir évoluer les choses. Il faut souligner que la situation est particulièrement sensible à Toulouse (jumelée avec Tel Aviv), où les collaborations (notamment militaires) sont continues. Ceci étant dit, il est bien évident que notre intention n'était nullement de boycotter ou de censurer le cinéma israélien et les cinéastes israéliens en général, pas plus que À cinq heures de Paris et son réalisateur en particulier. D'ailleurs, comme nous l'avions dit dans notre texte, nous sommes prêts à programmer le film sur nos prochaines gazettes une fois ce geste symbolique passé. Nous remercions le réalisateur et le producteur de Marga d'avoir écouté et essayé de comprendre notre position. C'est de très grand cœur que nous recevons leur film et prévoyons de programmer une rencontre future, avec eux et d'autres réalisateurs, notamment israéliens, en programmant cette fois A cinq heures de Paris et quelques autres afin de s'interroger sur la production israélienne et sur l'influence du cinéma sur les mentalités et l'évolution de nos sociétés.

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